Nombreuses sont les étoiles doubles liées par la gravitation. Souvent, dans ces "ménages", un partenaire s'empare de la matière de l'autre. Il en résulte de violentes explosions, quand ce n'est pas la disparition totale de l'une des deux étoiles.
Les Arabes ont appelé cette étoile
A1 ghoul: "L'ogre". Plus tard ce nom s'est transformé
en "Algol" et, durant des siècles, les astrologues
l'ont considéré comme un astre maléfique.
Algol apparaît comme une étoile variable avec une
périodicité de 2 jours 20 heures et 49 minutes.
La variation de luminosité est assez forte pour être
constatée à l'oeil nu, et Algol a longtemps été
un objet de scandale pour ceux qui, suivant Aristote, considéraient
les étoiles comme immuables. C'est un adolescent de 17
ans, John Goodricke, né en Hollande mais émigré
en Angleterre, qui perça le premier son secret en 1782.
Curieuse destinée que celle de ce jeune homme, sourdmuet
de naissance et qui mourut à 21 ans.
Algol est l'étoile la plus brillante de la constellation
de Persée, dans l'hémisphère boréal.
Goodricke avait compris qu'il s'agissait d'une étoile double
dont l'un des compagnons, obscur, éclipsait périodiquement
son partenaire lumineux, et que, la Terre se trouvant proche du
plan équatorial de ce système, on pouvait par chance
observer cette occultation. Depuis, on sait que le système
est en fait triple. Algol A, une étoile bleue brillante,
est cinq fois plus massive que le Soleil et de trois fois son
diamètre; Algol Best rouge sombre, de masse et de diamètre
respectivement une fois et 1,5 fois ceux du Soleil; la troisième
étoile gravite loin des deux autres et ne joue qu'un rôle
mineur.
Ce qui est intéressant, c'est que les
deux étoiles principales sont très proches l'une
de l'autre, seulement séparées par dix millions
de kilomètres, quinze fois moins que la distance de la
Terre au Soleil. Dans un tel système binaire, le champ
de gravitation résulte de la somme des attractions exercées
par chacune des deux étoiles. Un mathématicien français
du siècle passé,
Edouard Roche, a étudié ces systèmes. Il
a introduit une notion dite "lobes" de Roche. C'est
un volume en forme de sablier - ou de "8" à deux
dimensions -possédant deux lobes accolés. Chacun
des lobes entoure une étoile et détermine la région
où son champ est prédominant. Les lobes peuvent
être inégaux en taille, variant selon la masse de
l'astre qui s'y trouve. Au point de croisement du 8 - le point
de Lagrange -, la gravité est nulle. En gros, la matière
située à l'intérieur d'un lobe reste attachée
à l'étoile correspondante; mais, si elle dépasse
la limite, elle peut être absorbée par sa voisine.
Dans le système Algol, l'étoile B, qui est une géante
rouge, occupe la totalité de son lobe de Roche et, par
le point de Lagrange, perd régulièrement une partie
de son atmosphère au profit de l'étoile bleue. A
l'origine, B était bien plus massive que A; c'est pourquoi,
selon le schéma d'évolution des étoiles,
elle a atteint plus rapidement le stade de géante rouge.
A présent, Algol A est environ cinq fois plus lourde qu'Algol
B.
L'évolution d'un système binaire peut s'avérer
plus complexe. Dans le cas de l'étoile double Bêta
de la Lyre, c'est l'étoile bleue qui occupe maintenant
la totalité de son lobe de Roche, et qui expédie
sa matière, à raison de trois masses terrestres
par an, vers sa compagne plus lourde mais peu brillante. Cette
dernière, enveloppée par ces gaz, est devenue totalement
invisible.
D'autres cas peuvent se présenter, comme l'étoile
W de la Grande Ourse; les deux coeurs stellaires partagent une
atmosphère en grande partie commune. La situation fait
penser à un neuf contenant deux "jaunes". A terme,
un tel état est instable. Une grande déperdition
d'énergie est inévitable et doit conduire à
la fusion des deux étoiles. Alors, le mouvement de rotation
orbital sera communiqué à l'étoile unique
qui tournera très rapidement sur elle-même. La force
centrifuge sera telle que des gaz seront éjectés
dans le plan équatorial.
Un cas "dramatique" survient quand l'une des deux étoiles
est parvenue au stade final de naine blanche ou d'étoile
àneutrons. Elle peut absorber en masse l'hydrogène
de sa voisine. Lorsqu'une telle étoile se dote d'une couche
d'hydrogène de quelques mètres d'épaisseur
seulement, une gigantesque réaction thermonucléaire
se développe. Apparaît alors une nova extrêmement
lumineuse. U'explosion ne détruit pas l'étoile;
un nouveau cycle peut recommencer. On connaît ainsi plusieurs
cas de novae récurrentes, comme RS Opiuchi, dans la constellation
du Serpent, qui est passée par le stade nova en 1898, 1933
et 1958. A chaque explosion, la luminosité absolue croit
pour atteindre de dix mille à un million de fois celle
du Soleil. L'étoile redevient normale en quelques mois;
et on observe une couronne de gaz, résidu de l'explosion
s'enfuyant à des centaines de km/sec.
L'intérêt de ces novae réside dans le fait
qu'il s'agit d'un phénomène superficiel, facile
à observer. Dans la pellicule externe d'hydrogaz, qui parfois
ne dépasse pas un mètre d'épaisseur, le champ
de gravitation énorme de l'étoile à neutrons
entretient une pression et une température très
élevées. C'est la forte densité qui permet
l'amorce d'une réaction thermonucléaire; la fusion
de l'hydrogène produit de l'hélium, puis d'autres
éléments légers comme le carbone, le tout
étant accompagné d'un flash extrêmement violent
de rayons X.
On pourrait penser que les couples d'étoiles constituent une curiosité. Tel n'est pas le cas, la plupart des étoiles étant doubles, voire triples. Le plus souvent, la distance entre les composantes est respectable, et la cohabitation se déroule sans problème. Mais, dès lors que l'un des partenaires est en mesure de s'approprier la matière de l'autre, la situation s'aggrave. On a vu que c'est le cas d'une étoile naine, ou à neutrons, qui brûle l'hydrogène de sa voisine en explosions successives.
Mais il y a encore mieux. On connaissait déjà plusieurs
centaines de pulsars, des objets célestes émettant
régulièrement un rayonnement dont la période
varie d'une vingtaine de millisecondes àquelques secondes;
en 1982, on a découvert un pulsar "ultra rapide"
qui effectue sur lui-même plus de six cents tours par seconde.
On en connaît maintenant plusieurs dizaines. A l'encontre
des pulsars "normaux", qui ralentissent progressivement
pour s'arrêter au bout de un à cinq millions d'années,
le pulsar ultra rapide semble devoir tourner durant une centaine
de millions d'années au moins.
Les pulsars sont des étoiles à neutrons, résultant
de l'effondrement gravitationnel d'étoiles plus massives
ayant épuisé leur réserve d'énergie
et subi le stade supernova. Lors de l'effondrement, le flux du
champ magnétique de l'étoile-mère se conserve:
le pulsar est pourvu d'un champ magnétique fantastique,
dépassant mille milliards de fois le champ terrestre. Lorsque
l'axe magnétique ne coïncide pas avec l'axe de rotation
de l'étoile, il tourne rapidement en émettant, tel
un phare, un faisceau d'ondes électromagnétiques
qui balaye l'espace. C'est la détection de ce faisceau
pulsé qui est à l'origine du nom de pulsar. La perte
d'énergie rayonnée conduit au ralentissement du
pulsar qui, petit à petit, devient invisible: c'est la
descente au tombeau. Preuve indubitable d'une grande jeunesse:
le pulsar de la nébuleuse du Crabe - issu de la supernova
observée par les Chinois en 1054, donc âgé
d'à peine plus de neuf cents ans - a été
jusqu'en 1982 le recordman de la vitesse avec une période
de 33 millisecondes.
Pourquoi les pulsars ultra rapides posent-ils un problème?
D'abord, à cause de leur vitesse de
rotation élevée. Celle-ci découle de la vitesse
initiale de l'étoile qui leur a donné naissance.
Au moment de l'effondrement, la "toupie" se met à
tourner plus vite, tel un patineur qui ramène les bras
le long de son corps. Or, aucune étoile originelle n'aurait
pu tourner assez vite pour expliquer la folle rotation de ces
nouveaux pulsars, dont l'équateur se meut à une
vitesse supérieure au dixième de celle de la lumière.
Sous l'action de la gigantesque force centrifuge, le pulsar est
proche de la rupture.
Ensuite, on se demande pourquoi un pulsar ultra rapide qui rayonne
autant d'énergie électromagnétique n'est
pas fortement ralenti. La réponse la plus simple est d'imaginer
qu'une étoile voisine "entretient" sa vitesse.
Effectivement, nombre de ces pulsars ont été identifiés
à des systèmes binaires. Selon toute vraisemblance,
ils aspirent la matière de leur voisine - en général
obscure - d'une manière telle que le mouvement orbital
des deux astres est transformé en mouvement de rotation
du pulsar anémié. Voilà comment, avec deux
vieilles étoiles, l'Univers, qui ne semble jamais à
court d'imagination, parvient à réactiver un système
moribond. Il s'agit d'une véritable résurrection,
accompagnée d'un cannibalisme sans pitié. Le pulsar
PSR 1957+20 en est un exemple convaincant. Il tourne àraison
de 622 tours par seconde. La matière à l'équateur
se meut à la vitesse de 30 000 km/sec, ce qui est fantastique
quand on sait que sa densité est de milliards de tonnes
par centimètre cube. Quant à la pauvre voisine,
celle qui alimente ce carrousel, ce n'est plus qu'un astre falot,
pesant vingt fois moins que la planète Jupiter.
On peut se demander comment une étoile devenue un corps
inerte peut céder de la matière à son insatiable
compagnon. La réponse est venue de l'observation des signaux
du pulsar. Il se trouve que l'inclinaison de l'orbite des deux
compagnes permet d'observer, depuis la Terre, l'occultation du
pulsar par la petite étoile. Or, cette occultation commence
et se termine bien avant l'alignement. On en déduit que
la petite compagne est entourée d'un nuage de gaz qui agrandit,
artificiellement, son contour géométrique. Bien
sûr, elle est trop froide pour émettre ellemême
cette enveloppe gazeuse; aussi en est-on arrivé à
la conclusion que c'est le pulsar lui-même, à l'aide
des puissants rayons X qu'il émet, qui réchauffe
sa voisine et la volatilise... avant de l'avaler. N'est-ce pas
le comble du raffinement?