Ces étoiles minuscules, composantes essentielles de la galaxie, sont responsables de phénomènes spectaculaires, comme les novae ou certaines super-nova. Mais les naines blanches se sont aussi révélées un fantastique outil pour la physique du XXème siècle, fournissant des confirmations éclatantes de deux grandes théories: la relativité générale et la mécanique quantique.
"D'étranges objets qui persistent
à montrer un spectre totalement contradictoire avec leur
luminosité peuvent en définitive nous apprendre
beaucoup plus de choses que tous les astres qui rayonnent selon
les règles. " Tel était le diagnostic réaliste,
mais quelque peu désabusé, que porter l'astronome
anglais Arthur Eddington en 1922, peu après la découverte
des premières naines blanches. La nouvelle classe d'étoiles
n'entrait en effet d'un aucune catégorie connue. Ces astres
violaient toutes les règles qu'Eddington venait justement
d'établir pour expliquer la diversité stellaire
et qu'il allait bientôt publier dans un ouvrage magistral,
la constitution interne des étoiles. Ils présentaient
la faible luminosité des plus petites étoiles naines
mais jointe à une haute température qui les faisait
apparaître d'une éclatante couleur bleu - blanc.
Ces "naines blanches " allaient une plus formidables
énigmes du début de ce siècle.
Nous savons à présent que les naines blanches sont
des micro-étoiles tout à fait extraordinaires, ayant
la taille d'une planète et la masse d'un soleil ! Elles
renferment une matière sous un état très
particulier et inconnu sur Terre, avec une densité de une
tonne pour chaque centimètre cube, soit 1 million de fois
plus élevée que celle de la matière ordinaire
- il faudrait un train de marchandises entier pour transporter
un seul litre de cette matière. Ces astres exotiques ne
sont pas pour autant des raretés. Il s'agit au contraire
d'une des espèces les plus répandues dans la galaxie.
Une étoile sur dix est aujourd'hui une naine blanche et
nous sommes nous-mêmes environnés de ces astres à
la luminosité discrète. Dans un rayon de moins de
vingt années lumière autour de la Terre, on en compte
huit parmi lesquels Sirius B et Procyon B, les compagnons de deux
étoiles très brillantes. Il en naît environ
160 par millénaire et leur nombre, actuellement de 8 à
10 milliards , ne cesse d'augmenter. Notre soleil lui-même
deviendra une naine blanche dans quelques 5 milliards d'années.
Et dans le futur bien plus lointain - 1000 milliards d'années
-, elles auront colonisé toute la galaxie et représenteront
90 % de sa masse, bien que certaines de ces naines blanches soient
alors si peu lumineuses que l'on pourra les considérer
comme des "naines vint noires ".
Leur découverte remonte à plus d'un siècle
mais il a fallu près de soixante-dix ans de débats
passionnés pour comprendre enfin leur message. Le premier
indice fut fournit par Friedrich Bessel. Ce mathématicien
s'intéressait également à l'astronomie, et
plus particulièrement en mouvement sur le ciel des étoiles
Sirius et Procyon. Il fut le premier à s'apercevoir que
ce mouvement était très irrégulier et, en
1844, il en arriva à la conclusion que ces irrégularités
étaient dues à l'attraction d'une deuxième
étoile " invisible ". Stupéfait de sa
conclusion, il confia dans une lettre à Alexander Humboldt:
"j'adhère a la conviction que Procyon et Sirius forment
de vrai systèmes doubles consistant d'une étoile
visible et d'une étoile invisible. Il n'y a aucune raison
de penser que la luminosité soit une qualité essentielle
des corps célestes. Et la visibilité d'innombrables
étoiles n'est pas un argument contre l'invisibilité
d'innombrables autres. " Il venait d'inventer le concept
de matière " noire ". Au passage, l'amplitude
des perturbations lui permettait de conclure que ces astres compagnons
avaient une masse assez proche de celle du Soleil. Moins de vingt
ans plus tard, le 1 janvier 1862, à la mise en service
de la première grande lunette moderne construite par la
famille Clark près de Boston, le compagnon "invisible"
de Sirius fut aperçu pour la première fois. Il s'agissait
d'une étoile incroyablement peu lumineuse, 10000 fois plus
faible que Sirius, et qui fut dès lors cataloguée
comme étoile naine.
Le problème se compliqua en revanche lorsque, après
de multiples efforts, l'astronome Walter Adams parvint enfin à
obtenir en 1914, grâce au télescope du mont Wilson,
une première indication sur la couleur et la température
du compagnon de Sirius , baptisé Sirius B. Contrairement
à toutes les prédictions, la petite étoile
n'avait pas la couleur rouge caractéristique des étoiles
naines. Elle apparaissait avec presque la même couleur blanche
que son éclatant compagnon, trahissant ainsi une température
très élevée. L'énigme des " de
naines blanches " commençait.
Avec une telle température, chaque centimètre
carré de la surface de l'étoile devrait dégager
une énergie colossale. Comment dès lors expliquer
son très faible éclat ? Eddington arrivera le premier
à l'incroyable conclusion. La surface de l'étoile
devait ridiculeusement petite. Avec la température et la
luminosité évaluées à l'époque,
il calcula un rayon de tout juste 20000 Km et annonça :
''[avec Sirius B ] nous avons une étoile de masse égale
à celle du Soleil et de rayon beaucoup plus petit que celui
de la planète Uranus !''. La nouvelle fit l'effet d'un
séisme et Sirius B la une des journaux. Même un profane
pouvait calculer l'incroyable densité d'une telle étoile
: plusieurs centaines de tonnes par litre, des milliers de fois
plus que tout ce qui existait sur Terre. Et Eddington de conclure
: ''Adams à confirmé nos soupçons qu'une
matière deux mille fois plus dense que le platine est non
seulement possible mais existe dans l'Univers.''
Rien, dans la physique classique, n'empêchait Eddington
d'envisager de telles densités. La matière ordinaire
est en effet pleine de ''vides'' imposés par la distance
entre les atomes, et comprimer ces vides revenait à augmenter
la densité sans pour autant violer les lois de la physique.
En revanche, le destin de cette matière devenait problématique
et Eddington pointa un paradoxe. En effet, tant que l'étoile
possédait une certaine énergie, par exemple sous
forme de chaleur emmagasinée, celle-ci pouvait s'opposer
à la gravité et maintenir un équilibre. Mais
lorsque cette chaleur diminuait, comment conserver cet équilibre
? Selon Eddington, la seule forme stable de matière sans
réelle source d'énergie était la matière
ordinaire. L'étoile se devait donc de revenir aux densités
ordinaires bien qu'aucun mécanisme ne semblât en
mesure de réaliser cet effort contre la gravité.
Là résidait le paradoxe de la physique d'Eddington
en 1926.
Mais, à cette époque, le monde changeait de façon
radicale. De nouveaux talents tournaient le dos aux concepts classiques
en explorant les conséquences d'une toute nouvelle vision
statistique de la physique: la mécanique quantique. Déjà
Enrico Fermi et Paul Dirac avaient établi le comportement
d'un gaz en tenant compte des propriétés "quantiques
" des électrons établies par Wolfgang Pauli.
Celui-ci avait démontré l'existence d'un principe
d'exclusion empêchant les électrons de se rapprocher
indéfiniment. C'est à l'aide de ce nouveau principe
que l'astronome de Cambridge Ralph Fowler leva enfin le paradoxe
d'Eddington dans un article intitulé " au sujet des
étoiles denses " , publié le 10 décembre
1926.
Le secret des naines blanches était
quantique. Elles pouvaient subsister indéfiniment parce
que les électrons refusaient de se rapprocher et maintenaient
une pression d'autant plus grande qu'on les comprimait, même
sans aucune source d'énergie. Cette pression inconnu en
physique classique n'apparaît que dans l'état particulier
très dense de la matière, et les physiciens pour
cette raison la désignent sous le nom de '' pression dégénérée
des électrons''. Un indien de Madras acheva à l'âge
de démythifier les étoiles quantiques calculant,
durant les dix-huit jours de bateau qui le menaient en juillet
1930 à Cambridge, la structure exacte d'une naine blanche
avec, au passage, la masse maximale que pouvaient supporter de
telles étoiles. Ce jeune prodige, Subrahmanyan Chandrasekhar
, dut mener une incroyable bataille contre Eddington des années
durant pour faire accepter ses idées il ne reçut
le prix Nobel qu'en 1983. L'existence même des naines blanches
était depuis longtemps établie comme une des plus
éclatantes confirmations de la nouvelle physique quantique.
Les naines blanches n'apparaissent pas comme
par miracle dans l'univers. Elles sont la fin de vie inévitable
de la majorité des étoiles de la galaxie et leur
origine est parfaitement élucidée. Le meilleur
exemple nous est donné par le soleil. Après avoir
brûlé en son centre tout son hydrogène en
hélium, celui-ci va lentement gonfler, évoluant
vers l'état de géante rouge. D'après les
dernières estimations, dans quelque 7,6 milliards d'années,
il engloutira Mercure et entrera alors dans des oscillations répétées
au cours desquelles il perdra une partie importante de sa masse.
L'hélium de son coeur se transformant en oxygène
, il deviendra 1000 fois plus lumineux et le sommet de son atmosphère
atteindra la Terre. Puis, 300 millions d'années plus tard,
une fois son hélium épuisé, le soleil s'effondrera
brutalement. La source d'énergie sera tarie et plus rien
ne pourra pour le moment s'opposer à la gravité.
Le soleil se dégonflera comme un ballon crevé.
Sa masse ne sera plus que de 50 à 70 % de la masse de départ.
Composé presque exclusivement de carbone et d'oxygène,
il ne possèdera plus aucune source d'énergie mais
la chaleur dégagée par la contraction sera-t-elle
que la température dépassera le million de degrés
, illuminant la matière environnante. Vu de l'extérieur,
le système solaire sera devenu une nébuleuse planétaire
avec, en son centre , un astres minuscule et très chaud.
De géante rouge, le soleil passera naine blanche, de la
taille de la Terre.
À ce stade, la matière comprimée
subira d'importantes transformations. Il n'y aura désormais
plus de chimie possible car les atomes seront si proches que leurs
cortèges d'électrons s'interpénétreront,
forme un gaz uniforme environnant les noyaux. C'est ce gaz d'électrons
qui contient le secret quantique des naines blanches. Selon le
principe d'exclusion de Pauli, les électrons ne peuvent
pas se rapprocher indéfiniment. Chacun a en quelque sorte
sa propre sphère d'influence, et une petite cellule interdite
aux autres. Lorsque la matière est comprimée et
que cette cellule se rétrécit, l'électron
réagit en venant rebondire de plus en plus fort contre
les parois, comme la balle de squash dans une salle dont les murs
se rapprocheraient de plus en plus. À eux seuls, les électrons
exercent une fantastique pression. Cette résistance à
l'écrasement suffit à contrer l'effet de la gravité,
à condition que la masse ne dépasse pas la fameuse
" limite de Chandrasekhar " . A la différence
de la pression habituelle des gaz, liée à l'agitation
thermique et donc à la température, cette pression
"dégénérée" existe par la
seule nature " quantique "des électrons, et est
indépendante de la température. D'où une
des particularités étonnantes des naines blanches:
leur structure et leur taille sont établies une fois pour
toutes dès que l'équilibre est trouvé. À
la différence des autres étoiles, le rayon d'une
naine blanche ne se réajusteras pas en fonction de la température
et de l'énergie émise. Il n'évoluera plus,
alors que l'astre va constamment se refroidir. Résultat:
une fois formée, la naine blanche sera une étoile
stable du durée de vie quasi illimitée.
Les naines blanches possèdent une structure
tout à fait unique. Lorsque l'une d'elles vient de se former
au centre d'une nébuleuse planétaire, sa température
peut atteindre une température de plusieurs dizaines millions
de degrés. À l'intérieur, les électrons
dégénérés forment comme une mer qui
environne les noyaux et, comme dans un métal ,ils transportent
très efficacement la chaleur. La naine blanche évoque
alors un gigantesque morceau de métal fluide où
la température est en tous points égale. Elle va
ensuite progressivement se refroidir pendant des milliards d'années.
La température va diminuer jusque au moment où les
noyaux vont commencer à se lier entre eux pour former un
réseau cristallin. La naine blanche est alors un gigantesque
cristal, un parfait bijou cosmique. Certaines d'entre elles pouvant
être constituées presque exclusivement de carbone,
ce sont de véritables diamants célestes qui scintilleront
parfaitement pendant des milliards d'années. Des bijoux
qui reste dans leur écrin car le noyau de matière
dégénérée est toujours entourée
d'une mince couche de gaz, une atmosphère très similaire
à celle des planètes comme la Terre, son épaisseur
dépassant pas quelques kilomètres. Composée
d'hydrogène ou d'hélium, cette atmosphère
joue comme sur Terre un rôle d'effet de serre, isolant le
coeur chaud du froid intersidéral. Elle régule ainsi
la déperdition de chaleur. Vue de l'extérieur, la
température à la surface de l'atmosphère
peut varier de 100.000°C 4.000°, mais comme la surface
de l'étoile est petite, l'énergie rayonnée
est toujours assez faible - de 100 à 20000 fois moindre
que celle dispensée par le soleil. C'est la raison pour
laquelle les naines blanches, dans
majorité, sont invisibles.Dans certains cas pourtant, les
naines blanches sont responsables de phénomènes
spectaculaires - par exemple quand elles sont associée
à un autre astre. Derrière leur taille de planète,
se cache la puissance d'une étoile. La gravité et
à la surface d'une naine blanche est phénoménale:
plus de 100 000 fois celle à la surface de la Terre !
C'est assez pour déformer l'astre compagnon et capturer
sa matière. Cette matière, qui tombe sur l'atmosphère
de la naine blanche, s'accumule en même temps qu'elle est
comprimée par à la gravité. La température
s'élève alors progressivement à la base de
l'atmosphère jusqu'au moment où elle devient suffisante
pour rapprocher deux noyaux d'hydrogène et les faire fusionner.
Une réaction thermonucléaire démarre, similaire
à celle qui se produit au coeur des étoiles ordinaires
- mais en surface. La gravité s'oppose un temps à
l'expansion du gaz les réactions nucléaires s'accélèrent
et l'explosion survient, éjectant une partie l'atmosphère
à plus seconde de 5.000 km/s. L'étoile est devenue
une nova, une nouvelle étoile qui va briller durant plusieurs
mois avant de décliner. Ces novas surviennent régulièrement
dans la galaxie. L'une des plus récentes, Nova Cygni 1999,
est apparue le 19 février 1992 dans la constellation du
Cygne.Cet échange de matière est fatale à
certaines naines blanches qui, à l'instar de la grenouille
de la fable , en grossissant démesurément finissent
pas éclater. La matière du compagnon peut en effet
s'accumuler lentement sans déclencher d'explosion. Dans
ce cas, la masse de la naine augmente jusqu'à atteindre
la limite de Chandrasekhar où les électrons ne peuvent
plus la soutenir. L'effondrement qui suit déclenche alors
la fusion explosive du carbone de la naine et celle-ci est vole
en éclats. Cette autodestruction libère en un bref
instant une énergie égale à celle que produit
le soleil pendant des milliards d'années. Il s'agit d'une
des plus spectaculaires explosions d'étoiles, désignée
sous le nom de supernovae de type I.
La mort des naines blanches est néanmoins un fait rarissime
et la plupart vont poursuivre leur vie indéfiniment. Leur
structure immuable permet de les utiliser comme chronomètre
cosmique. Formées avec un capital d'énergie fixé
au départ, elles se contentent de le dispenser parcimonieusement
en raison de leur petite surface et de leur atmosphère
isolante. Leur refroidissement dure donc des milliards d'années
au bout desquels leur température va tellement décroître
que leur rayonnement sera devenu imperceptible. La naine initialement
blanche sera une naine noire.
Comme le sable dans le sablier, l'écoulement de l'énergie des naines blanches est donc une mesure précise du temps. C'est ainsi que l'étude des cinquante naines blanches les moins lumineuses a permis d'évaluer l'âge minimal de notre galaxie environ 9,5 milliards d'années. Aucune des naines blanches de la Galaxie n'a encore eu le temps de devenir naine noire. En revanche, on peut s'interroger sur le destin ultime de ces étoiles indestructibles. Elles pourraient devenir les reines absolues d'un Univers futur. En effet, lorsque toutes les étoiles auront cessé de briller, elles seront les seules rescapées, avec les étoiles à neutrons, les trous noirs et les étoiles avortées que sont les naines brunes. Dans dix mille milliards d'années, elles représenteront alors 55 % de tous les astres morts mais 88 % de la masse de notre galaxie. Pour les voir disparaître, il faudra considérer l'instabilité possible du proton. L'énergie de destruction du proton permettra à la naine de rayonner tout juste 400 W, soit l'équivalent de quelques ampoules électriques et d'atteindre la température de 0,06 degré au?dessus du zéro absolu dans quelque 103' années. Tous les spectateurs auront disparu et plus rien ne viendra éclairer ce ciel noir constellé de pâles diamants.