La cosmologie - l'études de la structure globale et de l'évolution de l'univers - est un sujet qui, par sa nature, fascine. Mais il facile se perdre dans son dédale de concepts et de théories, du big-bang au big-crunch en passant par l'expansion où la philosophie du temps ! Voici en dix questions clés un tour d'horizon de la plus fondamentale des branches de l'astronomie.
Pourquoi dit-on de " voir loin dans l'espace, c'est voir loin dans le passé " ?
Comme toute l'astronomie, la cosmologie repose d'abord et avant
tout sur l'étude de la lumière qui nous parvient
des objets célestes. Le spectre de cette lumière
s'étend bien au-delà des couleurs de la lumière
visible , allant des rayons X aux ondes radio. La lumière
voyage dans le vide à la vitesse de 300.000 km par seconde,
ce qui correspond à 7 fois le tour de la Terre en une seconde.
Mais si la vitesse de la lumière est vertigineuse, elle
n'est pas infinie, et ce fait revêt une importance capitale
pour les astronomes, en particulier pour les cosmologistes. Car
ainsi, ils observent l'univers avec retard qui grandit à
mesure qu'ils regardent de plus en plus loin. Pour la Lune, le
délai vaut à peu près une seconde. Pour le
Soleil , 8 minutes. Pour Sirius, l'étoile la plus brillante
du ciel nocturne, 9 ans , ce qui fait qu'en l'observant aujourd'hui,
non la voyons telle qu'elle était en 1990 !à cause
de ce délai de transmission, qui sait si certaines grosses
étoiles qui nous semblent tranquilles n'ont pas déjà
explosé en supernovae ? En revanche, puisque les étoiles
ont des cycles de vie qui se mesurent en millions et en milliards
d'années, on peut quand même considérer que
ce que l'on voit avec quelques années de retard n'est pas
trop différent dans l'ensemble de ce qui existe réellement
en ce moment.
Appliqué aux galaxies lointaines, celles situées
à des milliards d'années lumière, le délai
de transmission de la lumière prend des proportions considérables.
La lumière de ces galaxies ayant mis des milliards d'années
à nous parvenir, on ne peut plus affirmer qu'elles ressemblent
encore aujourd'hui à ce que nous en voyons. La seule région
du cosmos où le problème ne se pose pas en termes
cruciaux, c'est notre voisinage immédiat - une sphère
de quelques millions d'années lumière de rayon.
Mais quoi qu'il en soit, une chose et sûre: à cause
de ce délai de transmission, il est tout simplement impossible
aux cosmologistes de savoir à quoi ressemble l'Univers
dans son ensemble en ce moment précis. En revanche, pour
ceux qui travaillent plus particulièrement sur l'évolution
des galaxies, ce délai de transmission constitue une manne
incroyable. Puisqu'ils n'ont aucune raison de penser que la nature
des galaxies diffère d'une région à l'autre
, ils peuvent reconstituer leur évolution globale en choisissent
des échantillons à diverses distances. Et ainsi
se faire une bonne idée de l'évolution de l'ensemble
des galaxies, à défaut de celle d'une galaxies en
particulier.
Qu'est-ce que le big-bang ?
C'est justement un étudiant les galaxies que les astronomes
se sont rendus quant qu'elles avaient tendance à se fuir
mutuellement. Cette observation fut interprétée
comme l'indice que l'univers tout entier était lancé
dans un gigantesque mouvement d'expansion. Or si les galaxies
s'éloignaient ainsi les unes des autres , cela signifie
que, dans le passé elles étaient plus proches. Et
dans un passé lointain, encore plus proches, et ainsi de
suite, jusqu'au moment où la matière existant dans
l'Univers formait une substance plus concentrée que n'importe
quel matériau existant aujourd'hui, plus concentrée
même que le noyau de l'atome. Le big-bang, c'est cette théorie
selon laquelle l'Univers aurait connu, voilà 12 à
15 milliards d'années, un état hyperdense et hyperchaud,
dans l'univers actuel constituerait les restes extrêmement
dilués par l'expansion.
Si l'univers est en expansion, dans quoi s'étend-il ?
Cette question en apparence banale nous fait basculer en pleine
métaphysique. En effet, par définition, l'univers
comprend tout ce qui existe. Mais alors, comment peut-il être
expansion ? Et par rapport à quoi ? Pour résoudre
ce paradoxe, il faut refuser à tout prix de s'imaginer
que l'on observe l'univers depuis un point extérieur a
lui-même: un tel point n'existe pas, puisque tout fait partie
de l'univers. De même, on ne peut pas dire que l'Univers
s'étend dans un espace pré-exsitant. L'univers est
en expansion par rapport à lui-même et il faut donc
toujours envisager cette expansion cosmique du point de vue d'un
observateur situé de à l'intérieur de l'Univers.
De ce point de vue , l'expansion ressemble beaucoup à celle
de la pâte à pain qui lève. Reprenons une
célèbre image , celle du pain aux raisins, où
les raisins représentent les galaxies. À mesure
que la pâte lève, la distance entre les raisins augmente,
comme la distance entre les galaxies de l'univers. Pour que l'analogie
soit parfaite, il ne faut bien sûr pas observer la scène
de l'extérieur: il faut plonger dans la pâte avec
les raisins et oublier qu'il existe quelque chose à l'extérieur
du pain, car ce pain est devenu l'univers ! Une autre façon
de se représenter les choses est de considérer la
membrane d'un ballon en caoutchouc sur laquelle est auraient été
dessinés de points - les galaxies. Lorsque le ballon gonfle
, l'espace entre les points augmente , tout comme l'espace entre
les galaxies de l'univers. Là encore, il ne faut pas observer
le ballon de l'extérieur, mais s'imaginer soit même
comme une créature à deux dimensions prisonnière
de la membrane. Cette membrane est la totalité de l'univers,
et l'espace à l'intérieur et à l'extérieur
du ballon n'existe tout simplement pas ! Si l'on fait cela, certaines
questions que l'on se pose d'ordinaire ont tendance à se
résoudre d'elles mêmes, dont la plus troublante:
Où a eu lieu le big-bang ?
La tentation d'observer l'univers de l'extérieur est grande.
Preuve en est avec l'image si souvent utilisée pour parler
du big-bang et qu'il faudrait bannir à tout jamais: celle
du " grand boum ", d'une explosion primordiale qui aurai
disséminé des fragments aux quatre coins du cosmos.
Car, par définition, une explosion et bornée par
une de choc en expansion qui délimite un intérieur
et un extérieur. Qui plus est, une explosion possède
un centre bien défini. Lorsqu'on voit le big-bang comme
une explosion, il est donc tout naturel de se demander à
quel endroit il a eu lieu. En revanche, sur la membrane du ballon
qui gonfle, aucun des points dessinés n'est davantage au
centre que les autres. Tous sont absolument équivalents,
et tous étaient " en germe dans le big-bang"
à l'origine: le centre de l'expansion - est partout et
nulle part à la fois.
Y a-t-il des preuves de la théorie du big-bang ?
L'expansion constitue la première preuve du big-bang. Mais
si les galaxies se fuient mutuellement, on les voit pas littéralement
bouger, car une vie humaine est bien trop court pour que l'augmentation
de la distance entre deux galaxies données soit directement
observable. Il faut donc se baser sur des observations indirectes,
notamment celle du décalage vers le rouge de la lumière
des galaxies. Cet effet - l'effet Doppler - nous est plus familier
lorsqu'une ambulance nous dépasse: à mesure qu'elle
s'éloigne, sa sirène nous paraît plus grave
parce que son signal sonore est décalé vers les
basses fréquences (ou les grandes longueurs d'ondes, c'est
pareil ). De même, les astronomes ont constaté que
le signal lumineux en provenance des galaxies était décalé
vers les grandes longueurs d'onde - vers le côté
rouge du spectre. L'explication la plus simple à ce phénomène
est qu'elles s'éloignent de nous sous le coup de l'expansion
de l'univers. Certes, on peut toujours imaginer que le décalage
vers le rouge est produit par autre chose que par l'éloignement
de la source et remettre ainsi en cause la nécessité
d'un big-bang. Mais il n'est pas la seule conséquence observable
de la théorie...
Comme on la vu, qui dit big-bang dit forcément que l'univers
évolue, qu'il a été dans le passé
plus jeune, plus dense, plus chaud qu'aujourd'hui. C'est effectivement
ce que l'on constate, grâce au délai de transmission,
pour peu qu'on regarde à assez grande distance. Au fur
et à mesure que l'on pénètre dans les profondeurs
cosmiques, les propriétés moyennes des galaxies
changent. Leurs noyaux se font plus actifs, plus turbulents, ce
qui est interprété comme un signe de jeunesse. Les
étoiles bleues en leur sein se font plus nombreuses: c'est
là encore un signe de jeunesse puisque les grosses étoiles
bleues vivent moins longtemps que les petites étoiles rouges.
Bref, plus on regarde loin, plus l'univers rajeunit sous nos yeux
! par ailleurs, les astronomes savent que la plus grande partie
de l'hélium présent actuellement dans l'univers
n'a pas été fabriqué au coeur des étoiles.
Cet hélium n'a pu être formé que dans les
premiers instants d'un univers très chaud, très
dense et en expansion.
Mais la preuve ultime de l'évolution cosmique était
connue dès 1965 , l'année où on a détecté
un rayonnement diffus venant de toutes les directions du ciel,
le rayonnement de fond cosmologique. Cette " lumière
fossile " nous arrive de régions de l'univers si lointaines
que, compte tenu du délai de transmission, nous les voyons
telles qu'elles étaient environ 300.000 ans après
le big-bang. Juste avant cela, l'univers n'étaient qu'une
soupe chaude et quasiment homogène de noyaux atomiques,
d'électrons et de particules de lumière. À
ce moment-là, cette lumière à réussi
à se libérer de la matière, pour suivre son
propre destin. Le rayonnement de fond cosmologique est le vestige
de cette première lumière, aujourd'hui diluée
et refroidie. Son observation est pratiquement impossible à
expliquer autrement que par la théorie du big-bang.
Verra-t-on un jour tout l'Univers ?
L'observation du rayonnement de fond cosmologique a confirmé
de façon spectaculaire l'hypothèse du big-bang.
En revanche, elle a anéanti à jamais nos espoirs
de répondre à une des questions les plus cruciales:
verra-t-on un jour tout l'univers ? En effet, puisque l'univers
juste avant l'émission de cette "première lumière
"était opaque, on ne peut pas voir plus loin: le rayonnement
de fond cosmologique est un " mur de brume " impénétrable.
Il marque l'horizon de ce que l'on appelle l'univers observable,
soit l'ensemble des régions de dont la lumière a
eu le temps de nous parvenir depuis le début de l'univers.
Certes, la position de ce mur de brume recul à mesure que
l'univers vieillit, mais c'est au même rythme. Une vie humaine
n'ajoutera guère plus que quelques dizaines d'années
lumière aux milliards d'années lumière qui
se trouvent. déjà dans l'univers observable. Qu'y
a-t-il au- delà aujourd'hui ? Un univers qui ressemble
à l'univers observable jusqu'à l'infini ? C'est
ce que pensent un grand nombre de cosmologistes. En effet, ils
n'ont jamais observé de différences significatives
entre les diverses régions de l'univers observable. Si
on tient compte du délai de transmission de la lumière,
l'univers observable semble parfaitement uniforme. Or il n'y a
aucune raison de supposer qu'il y ait une borne quelque part.
Mais il ne s'agit là que d'une extrapolation qui vient
combler l'impossibilité d'observer au-delà du mur
de brume. Toutefois, il existe un moyen indirect de répondre
à la question:
L'Univers est-il fini ou infini ?
La cosmologie moderne s'est inscrit dans le cadre de la relativité
générale d'Einstein. D'après cette théorie,
l'univers peut avoir une géométrie globale ouverte
ou une géométrie globale fermée. Dans l'hypothèse
de l'univers ouvert, l'espace est infini dans toutes tes directions
et l'univers contient un nombre infini de galaxies. En revanche,
dans l'hypothèse de l'univers fermé, l'univers possède
une courbure globale de l'espace. Cette courbure fait en sorte
que l'espace à trois dimensions de l'univers se replie
sur lui-même et se ferme: le volume de cet univers est limité
et le nombre de galaxies qu'il contient et fini. Il est impossible
au cerveau humain de se représenter un espace à
trois dimensions et courbe, que les géomètres appellent
une hypersphère. Seule analogie possible: la surface de
la terre qui est aussi un espace courbe mais à deux dimensions
seulement. Dans un univers fermé comme à la surface
de la Terre, un voyageur peut se déplacer toujours en ligne
droite, mais il repasse fatalement par des régions qu'il
a déjà traversées.
Pour choisir le bon modèle d'univers, il faut imaginer
des expériences mettant en évidence la courbure
globale de l'univers. Comme cette courbure - si elle existe- ne
se manifeste que sur des échelles de plusieurs milliards
d'années lumière, ces observations sont assez difficile
à effectuer. Le principe de base consiste à faire
un recensement de la " densité de population"
des galaxies en se basant sur des "chandelles standards cosmiques
" (des objets repères dont la luminosité moyenne
ne varie pas d'un bout à l'autre de l'univers), comme les
supernovae. En calculs les effets subtils de la courbure de l'espace
sur la densité apparente de ces objets , on espère
pouvoir mesurer directement la courbure globale de l'univers.
On peut aussi espérer résoudre le problème
en s'attaquant à une question en apparence fort différente
mais qui, d'après la théorie de la relativité
générale d'Einstein, est inséparable de la
question de la courbure de l'univers:
Quel est l'avenir de l'univers
?
La relativité générale relie la géométrie et le destin de l'univers. En effet, c'est la gravité mutuelle de la matière que contient l'univers qui est responsable de la courbure de l'espace. Si l'univers et fermé, c'est que la matière de l'univers est assez ont centrée pour que sa gravité puisse un jour arrêter et inverser le mouvement d'expansion de l'univers. Ainsi, un univers fermé dans l'espace l'est aussi dans le temps, et il est condamné à finir ses jours par un big-crunch, l'inverse du big-bang. En revanche, si l'univers est ouvert et si l'espace de l'univers s'étend jusqu'à l'infini , c'est que la matière de l'univers n'est pas assez concentrée pour pouvoir un jour arrêter expansion. L'univers ouvert l'est à la fois dans l'espace et dans le temps. Fini ou infini ? Fermé ou ouvert ? Tout dépend de la quantité totale de matière que renferme l'univers - quantité que les cosmologistes ne connaissent toujours pas précisément parce qu'il existe de la matière visible, qui brille, et de la matière qui manifestement ne brille pas. C'est pourtant cette quantité totale qui détermine le seuil au-delà duquel vont se jouer deux destins divergents: une expansion éternelle ou une recontraction. Si elle est inférieure à une certaine valeur critique, l'expansion se poursuivra pour toujours. En revanche, si elle est supérieure à cette valeur critique, les forces de gravité réussiront a contre balancer l'expansion et il y aura une recontraction vers un big-crunch ultime. Le temps, alors, aura peut être un fin, comme il a un début... Un début, avez-vous dit ? On arrive ainsi à la prochaine question que tout cosmologiste se voit poser un nombre incalculable de fois:
Qu'y avait-il avant le big-bang ?
Cette question nécessite le même genre d'approche
que celle que nous avons développée pour visualiser
l'expansion de l'univers. Tout comme on ne doit pas s'imaginer
en dehors de l'espace de l'univers, on doit pas si imaginer en
dehors du temps de l'univers. Celui-ci contient tout l'espace
et tout le temps: il n'existe pas de temps en dehors. Dans cette
perspective, le big-bang est le premier instant pour lequel le
temps à un sens. Il n'y a pas eu d'avant, car il n'y avait
pas de temps avant le big-bang. Cette réponse aurait plus
au philosophe chrétien saint Augustin, qui dès le
IVe siècle expliquait qu'il ne fallait pas se demander
ce que dieu faisait avant de créer le monde: dieu à
créer le temps en même temps que le monde, et il
n'y a tout simplement pas eu d'avant. De même, d'après
les cosmologistes modernes, se demander ce qu'il y avait avant
le big-bang est aussi dénué de sens que se demander
ce qui se trouve plus au sud que le pôle sud de la Terre.
Mais n'est-ce pas un peu tricher avec la définition du
terme univers ? Quand un cosmologiste affirme que l'univers contient
tout par définition, il veut parler de tout ce qui est
de la même nature que l'espace, le temps et la matière
telle que nous les connaissons dans notre petit recoin que l'on
appelle l'univers observable. Mais qui sommes-nous pour limiter
ainsi les possibilités de l'existence ? Ceci nous amène
à une dernière question qui fait passer le débat
a un tout autre niveau.
Y a-t-il d'autres univers ?
Même si on arrivait un jour à une théorie complète et parfaite expliquant dans les moindres détails le comportement et l'évolution de l'univers dans son ensemble, du big-bang au big-crunch, sans jamais avoir besoin de sortir de l'espace et du temps de l'univers, qu'est-ce qui nous empêcherait de croire à l'existence d'autres univers ? Rien, bien sûr, tant que ces univers n'interagissent pas avec le notre et qu'ils n'ont aucune influence sur ce que l'on peut observer. Un petit nombre de théoriciens travaillent d'ailleurs à imaginer des super-univers , où le notre ne serait qu'une bulle parmi une multitude d'autres... Du coup , ne sort-on pas pour de bon du domaine de la science pour entrer dans celui de la métaphysique ? À la limite, on peut imaginer que tous les univers logiquement possibles existent, dont le nôtre, en équilibre quelque part entre le néant et l'absolu.
Article paru dans Ciel et Espace n°339 d'Août 1998.