Jupiter, la plus grosse et la plus massive des planètes,
constitue le centre dun vaste système de satellites
et danneaux étudié de près par plusieurs
sondes spatiales: Pioneer-10 en décembre 1973, Pioneer-11
en décembre 1974, Voyager-1 en mars 1979, Voyager-2 en
juillet 1979, Ulysses en février 1992, Galileo à
partir de décembre 1995.
À la différence des planètes telluriques
et à linstar des trois autres planètes géantes,
Jupiter ne possède pas de surface solide: il sagit
dune boule de gaz essentiellement de lhydrogène
et de lhélium qui entoure un noyau probablement
composé de fer et de silicates, auxquels sajoutent
probablement des «glaces deau», dammoniac
et de méthane.
Jupiter possède un champ magnétique, une magnétosphère
et une ionosphère, et est caractérisé par
dintenses émissions radioélectriques. Comme
sur la Terre, les aurores polaires se développent dans
les zones de latitudes élevées.
Jupiter, comme dailleurs les autres planètes géantes
du système solaire, est un objet profondément différent
des planètes telluriques: Mercure, Vénus, la Terre
et Mars sont caractérisés par une surface solide
de quelques milliers de kilomètres de diamètre,
quentoure une atmosphère peu épaisse, voire
très ténue dans le cas de Mercure. Au contraire,
Jupiter est une énorme boule de gaz, composée essentiellement,
comme le Soleil et les autres étoiles, dhydrogène
et dhélium. Les images fastueuses que nous observons
au télescope ou qui ont été transmises par
les sondes spatiales sont celles des couches extérieures
des nuages. Ces nuages dissimulent la structure profonde de la
planète, mais les techniques modernes de mesures des rayonnements
électromagnétiques réfléchis ou émis
par la planète, le repérage précis des trajectoires
des sondes spatiales passant à sa proximité et lapplication
des lois de la physique permettent de se faire une idée
étonnamment précise de lintérieur de
la planète.
Lanalyse du rayonnement planétaire dans lultraviolet,
le visible, linfrarouge et le domaine radioélectrique,
tant à partir des observatoires terrestres quà
laide des appareils embarqués à bord des sondes
spatiales, a permis de déterminer la température
et la composition chimique des couches extérieures de Jupiter
sur une épaisseur denviron 2 000 kilomètres,
ce qui est évidemment minime comparé aux quelque
70 000 kilomètres du rayon de Jupiter. Que verrait donc
un observateur descendant dans Jupiter, armé des moyens
dinvestigation nécessaires... et indestructible?
Venant de lespace interplanétaire et se dirigeant
vers le centre de la planète, notre voyageur rencontre
dabord une haute atmosphère extrêmement ténue,
constituée essentiellement dhydrogène, et
où la température est de lordre de 1 500 kelvins.
Il aborde ensuite, à des niveaux où la pression
est de lordre de 1 millionième de la pression de
latmosphère terrestre au sol, une zone au-dessous
de laquelle la turbulence est assez forte pour que les divers
composants atmosphériques se mélangent à
tout moment. La température à cet endroit nest
plus que denviron 370 kelvins; elle continue à décroître
à mesure que lon descend. À partir de ce moment,
latmosphère est composée denviron 90
p. 100 dhydrogène moléculaire (H2) et de près
de 10 p. 100 dhélium. Sy ajoutent une petite
quantité de méthane (CH4) de lordre
de 0,1 p. 100 et des quantités encore plus faibles
dacétylène (C2H2) et déthane
(C2H6); ces deux derniers gaz sont produits dans la haute atmosphère
par le rayonnement ultraviolet solaire, qui casse les molécules
de méthane en morceaux qui se recombinent ultérieurement
en molécules plus compliquées, les hydrocarbures.
Lacétylène et léthane sont les
seuls hydrocarbures qui ont été détectés
de manière sûre, mais il est probable que dautres
existent en quantités très faibles. Daprès
des analyses des données des sondes, léthylène
(C2H4), le benzène (C6H6) et le méthylacétylène
(C3H4) seraient aussi présents.
Descendant encore, le voyageur détecte, à des niveaux
où la pression est de lordre de quelques millièmes
datmosphère, de lammoniac (NH3) en quantité
infime mais néanmoins suffisante pour pouvoir être
détectée à partir de satellites dobservation
astronomique circumterrestres. Il commence aussi à découvrir
une brume peu épaisse composée de petites particules
de diamètre inférieur au micromètre et dont
la nature est encore inconnue (il pourrait sagir de petits
cristaux dammoniac ou bien de particules dhydrocarbures
à létat solide ou liquide). Arrivé
à un niveau voisin dun dixième datmosphère,
le voyageur se trouve alors à des températures de
lordre de 120 kelvins, dans une région appelée
tropopause, à partir de laquelle la température
va recommencer à croître continûment jusquau
centre de la planète. À ce niveau, la quantité
dammoniac croît extrêmement rapidement, jusquà
atteindre quelques dix-millièmes vers 0,6 atmosphère.
Apparaît également un gaz appelé phosphine
(PH3) qui, bien quen quantité modeste (moins de 1
millionième), absorbe énormément le rayonnement
infrarouge, comme dailleurs lammoniac. Vers 0,3-0,5
atmosphère de pression, le voyageur découvre une
couche de nuages blancs comme les cirrus dans latmosphère
terrestre, composés de cristaux dammoniac dont les
dimensions pourraient atteindre 100 micromètres. Cette
couche nuageuse est peu opaque dans le domaine visible, de sorte
quelle nempêche pas de voir à partir
de la Terre les nuages colorés situés plus profondément,
vraisemblablement vers 2 ou 3 atmosphères de pression.
En revanche, les «cirrus» dammoniac absorbent
fortement le rayonnement infrarouge, bloquant ainsi le rayonnement
des couches plus chaudes situées à plus grande profondeur.
La couche dammoniac nest cependant pas homogène
et, à divers endroits de Jupiter, notamment dans la zone
équatoriale, elle est peu dense, ou inexistante, permettant
ainsi au rayonnement infrarouge à 5 micromètres
de nous parvenir. Les nuages colorés sont en revanche opaques
à linfrarouge comme au visible. Leur nature est encore
inconnue: sagit-il de sulfure dacide (NH4SH), de composés
phosphorés, voire de composés organiques complexes?
La réponse à cette question doit attendre lanalyse
des résultats obtenus lors de la descente dune sonde
dans latmosphère de Jupiter (mission Galileo).
Vers 3 ou 4 atmosphères, le voyageur commence à
détecter dautres composants atmosphériques,
comme la vapeur deau, le germane (GeH4), loxyde de
carbone (CO). Dautres composants mineurs, non encore détectés,
sont sans doute présents en très petites quantités.
À partir de 4 ou 5 atmosphères, vers 270 kelvins,
les rayonnements visible ou infrarouge ne peuvent plus fournir
dinformation, mais le rayonnement radioélectrique
émis par ces couches peut encore être détecté
du sol à laide de grands radiotélescopes.
Au-delà denviron 40 atmosphères de pression,
vers 320 kelvins, nous ne disposons plus dinformation directe.
On entre dans le domaine de la structure interne, qui fait lobjet
de théories complexes dont il convient de dire quelques
mots avant de pénétrer plus profondément
dans le mystère jovien.
Trois sortes dinformation fournissent des contraintes pour
les théories sur la structure interne de Jupiter. Il sagit
en premier lieu des proportions respectives des deux constituants
majeurs de Jupiter, lhydrogène et lhélium;
ces proportions ont été mesurées avec précision
par les sondes Voyager dans latmosphère extérieure.
En deuxième lieu, les mesures dans linfrarouge ont
montré que Jupiter émettait 1,7 fois plus dénergie
quil nen recevait du Soleil; en dautres termes,
il existe au centre de Jupiter une source dénergie
qui produit une quantité dénergie de lordre
de 70 p. 100 de celle que la planète reçoit du Soleil;
la présence de cette source interne impose la valeur de
la température centrale. Enfin, comme tout corps massif,
la planète rayonne autour delle un champ gravitationnel;
ce champ nest pas symétrique et ses variations perturbent
les trajectoires des sondes spatiales; les écarts à
la symétrie du champ gravitationnel ainsi déduits
donnent des informations sur la répartition des masses
à lintérieur de la planète.
Revenons donc à notre voyageur imaginaire. Senfonçant
au-dessous des nuages visibles de Jupiter, il trouve sans doute
des nuages plus complexes. Par ailleurs, la température
croissant de plus en plus, il commence à trouver
toujours en très petite quantité par rapport à
lhydrogène et lhélium, qui demeurent
uniformément mélangés divers composés
qui deviennent volatils (composés du carbone, de lazote,
du silicium, du magnésium, du soufre, etc.). Par ailleurs,
la pression devient de plus en plus forte, atteignant des valeurs
situées bien au-delà de celles qui sont réalisables
sur Terre en laboratoire. Néanmoins, les composants demeurent
fluides et non solides à cause des températures
relativement élevées. Vers 2 millions datmosphères
et 10 000 kelvins, un changement radical apparaît cependant:
lhydrogène devient monoatomique et métallique,
cest-à-dire que sa densité et sa conductivité
deviennent tout à coup beaucoup plus importantes. Par conséquent,
la densité locale croît brutalement. On croit que,
contrairement à ce qui se passe dans Saturne, lhélium
reste mélangé à lhydrogène métallique
par suite des hautes températures existant dans cette région
de Jupiter. Pour les mêmes raisons, lhydrogène
métallique se trouve sous forme liquide et non solide.
Continuant sa descente, le voyageur atteint le niveau fantastique
de 45 millions datmosphères et de 20 000 kelvins
à une distance denviron 57 000 kilomètres
au-dessous des nuages visibles de Jupiter. On pense que cest
à cet endroit que devrait se situer la limite supérieure
du noyau solide de la planète, constitué à
lorigine par accrétion des grains et des poussières
immergés dans la nébuleuse primitive. Ce noyau serait
composé de silicates, de métaux et peut-être
de glaces (deau, dammoniac, voire de méthane).
Au moment de laccrétion, ce noyau sest considérablement
échauffé. Cest le reliquat de cette chaleur
primordiale qui serait à lorigine de la source dénergie
interne de Jupiter que lon observe.
Létude de la composition de Jupiter est importante
à plus dun titre. En effet, les molécules
gazeuses des atmosphères planétaires tendent à
sen échapper par suite de leur agitation propre
le mouvement brownien , et cela dautant plus que la
température atmosphérique est plus élevée;
en revanche, lattraction gravitationnelle de la planète
tend à sopposer à cette évasion. Dans
le cas de Jupiter, la gravité est forte (environ trois
fois celle de la Terre) et la température des couches externes
est beaucoup plus faible que dans les planètes telluriques,
de sorte que même les molécules les plus légères
ne peuvent séchapper de latmosphère.
Il sensuit que la composition de latmosphère
de Jupiter doit être encore maintenant la même quau
moment de la formation de la planète, il y a 4,5 milliards
dannées environ. En dautres termes, on peut,
en déterminant la composition actuelle de Jupiter, avoir
accès à celle de la nébuleuse primitive dont
est issu, pense-t-on, le système solaire tout entier. On
peut connaître ainsi la composition du milieu interstellaire
à cet endroit de notre Galaxie, et il y a 4,5 milliards
dannées.
Parmi les éléments qui composent le milieu interstellaire,
deux dentre eux, mesurables dans Jupiter, présentent
un intérêt particulier du point de vue de la cosmologie:
il sagit de lhélium et du deutérium.
En effet, la théorie du big bang prédit que ces
deux gaz ont été fabriqués pour lessentiel
durant les trois premières minutes de lexistence
de notre Univers. Ultérieurement, de lhélium
est en outre produit à lintérieur des étoiles
au cours de leur évolution. Certaines de ces étoiles
terminent cette évolution en explosant: ce sont les supernovae.
Ce faisant, elles enrichissent le milieu interstellaire en matériaux
quelles avaient fabriqués, et notamment en hélium.
La proportion dhélium dans le milieu interstellaire
croît donc constamment avec le temps. La mesure de labondance
de lhélium dans Jupiter fournit donc une valeur supérieure
de labondance de lhélium primordial. Cette
valeur supérieure, déterminée par la mission
Voyager, est de lordre de 24 p. 100 en masse, ce qui est
en bon accord avec les limites supérieures déduites
de lobservation de très vieilles galaxies.
Plus importante encore est la mesure du deutérium dans
Jupiter. Cet élément, lui aussi formé essentiellement
lors du big bang, est détruit dans les étoiles.
Les explosions de supernovae enrichissent donc le milieu interstellaire
en tous les éléments, sauf en deutérium.
Il sensuit que la proportion relative du deutérium
par exemple par rapport à lhydrogène
décroît continuellement avec le temps. Or,
pour le moment, le deutérium interstellaire ne peut être
mesuré que dans notre Galaxie, cest-à-dire
quon ne peut avoir en fait accès quà
la valeur de la quantité de deutérium à lépoque
actuelle. La mesure dans Jupiter est donc très précieuse,
puisquelle fournit un second point, situé il y a
4,5 milliards dannées, sur la courbe dévolution
et une valeur inférieure de labondance primordiale.
Les mesures dabondance du deutérium obtenues par
la mission Voyager semblent confirmer que le rapport deutérium/hydrogène
a décru légèrement depuis la naissance du
système solaire, conformément à lallure
du modèle dévolution de labondance du
deutérium en fonction du temps.
En utilisant un tel modèle, on peut également remonter
à labondance du deutérium tel quil fut
produit lors du big bang. Le modèle théorique de
cette explosion primordiale nous permet alors de déduire
la densité des protons et des neutrons (ce que lon
appelle les nucléons ou les baryons) de lUnivers.
De cette valeur de la densité, les modèles cosmologiques
tirent des conséquences fondamentales sur la structure
de lUnivers, qui serait ouvert, cest-à-dire
quil poursuivrait à jamais son expansion. Ce résultat
serait cependant remis en question si les expériences en
cours dans les grands accélérateurs de particules
permettaient de prouver comme certaines expériences
déjà réalisées le suggèrent
que la particule élémentaire appelée
neutrino a une masse. Comme les neutrinos sont beaucoup plus abondants
que les protons et les neutrons, la densité totale de lUnivers
serait beaucoup plus grande. LUnivers pourrait être
alors fermé, cest-à-dire quaprès
avoir poursuivi son expansion actuelle pendant encore un certain
temps il se contracterait de nouveau, jusquà revenir
à sa dimension initiale.
Deux scénarios de formation de Jupiter sont pour le moment
envisagés. Dans le premier scénario, on suppose
que, dans la région de Jupiter et des autres planètes
géantes, des fragments assez importants (de lordre
de plusieurs milliers de fois le rayon actuel de Jupiter) de la
nébuleuse primitive se sont condensés et ont formé
des protoplanètes gazeuses géantes. Ultérieurement,
un noyau se serait formé à partir de grains de fer
et de silicates se trouvant déjà dans la nébuleuse
et tombant vers le centre de la protoplanète. Dans ce scénario,
la composition atmosphérique des planètes géantes
devrait être similaire à celle du Soleil, si lon
admet que la nébuleuse primitive avait la même composition
en son centre et à sa périphérie. En particulier,
le carbone, lazote et loxygène qui sont
les composants les plus abondants dans lUnivers après
lhydrogène et lhélium devraient
être dans les mêmes proportions par rapport à
lhydrogène dans latmosphère de Jupiter
et dans le Soleil. Ce nest pas ce quon observe; le
rapport carbone/hydrogène dans toutes les planètes
géantes et, semble-t-il, le rapport azote/hydrogène
dans Jupiter et Saturne sont plus élevés que dans
le Soleil.
Un autre scénario considère que les planètes
géantes se sont formées en deux temps. Dans une
première phase, un noyau sest formé par concentration
de grains flottant dans la nébuleuse primitive. Ces grains
étaient composés de fer et de silicates, mais aussi,
à cause des basses températures existant dans la
nébuleuse à sa périphérie, de glaces
deau, dammoniac et de méthane. Le noyau crût
jusquà atteindre une certaine masse critique, de
lordre de dix fois la masse de la Terre. La chaleur dégagée
durant ce processus pourrait avoir partiellement revaporisé
les glaces. Lorsque le noyau atteignit la masse critique, il attira
les matériaux environnants de la nébuleuse primitive
constitués essentiellement dhydrogène et dhélium
qui nont pu se condenser parce que cela exigerait des températures
extrêmement basses. Ainsi se seraient constituées,
dans cette deuxième phase, les atmosphères de Jupiter
et des autres planètes géantes, dans lesquelles
le carbone, lazote et loxygène pourraient,
à la suite de la revaporisation des glaces dans latmosphère,
être enrichis par rapport au Soleil.
Les missions dexploration approfondie des planètes
géantes, en premier lieu la mission Galileo vers Jupiter,
sont conçues pour expédier des sondes à lintérieur
de ces atmosphères. Descendant lentement suspendues à
des parachutes, ces sondes devraient fournir des mesures très
précises de la composition atmosphérique jusquà
des pressions de 15 ou 20 atmosphères, permettant certainement
de préciser considérablement le scénario
exact de formation de ces planètes.
Les formes et contours qui, dans le visible, se dessinent sur
le disque de Jupiter correspondent à de forts contrastes
de brillance; ceux-ci sont dus à la distribution particulière
de couches de nuages plus ou moins opaques se formant à
différentes altitudes.
Lextrême singularité du spectacle de Jupiter
et de celui de Saturne réside avant tout
dans une forte symétrie axiale: une dizaine de bandes brillantes
et de bandes plus sombres alternent le long de lignes parallèles
à léquateur. Facilement discernable depuis
les observatoires terrestres, cette répartition géographique,
régulière, de contours traduit la permanence dune
dynamique atmosphérique conduisant à des vents zonaux
alternativement dest et douest; elle a abouti à
ladoption dune nomenclature qui établit une
distinction entre deux types de bande: les bandes brillantes correspondent
à ce quil est convenu dappeler des zones et
les bandes sombres à des ceintures .

Lautre particularité du spectacle que procure lobservation
dans le visible du disque de Jupiter est la très grande
variété des couleurs. Les renseignements obtenus
sur la composition chimique de latmosphère et sur
sa structure cela a été souligné précédemment
ne permettent denvisager lexistence que dun
petit nombre de substances susceptibles de constituer la masse
des aérosols des nuages de Jupiter. Parmi ces substances,
les meilleurs candidats sont des particules solides, des cristaux
dammoniac et de sulfure acide dammonium. Ces substances
sont incolores et leur présence ne peut rendre compte que
des bandes parallèles blanches et dautres contrastes
tels que les panaches blancs observés au-dessus des régions
équatoriales. Ce sont par conséquent des constituants
mineurs qui doivent être à lorigine de la coloration
des nuages, vraisemblablement à la faveur de changements
locaux de léquilibre chimique. Lidentification
de ces constituants chromogènes nest pas aisée,
compte tenu justement de la variété des couleurs.
Outre la couleur blanche, on observe grosso modo quatre teintes:
rouge, roux, marron et gris-bleu. Par ailleurs, lanalyse
des images infrarouges a révélé que chaque
couleur doit plus ou moins intervenir à un niveau daltitude
donné. Par exemple, les taches de couleur bleue sont associées
aux régions pour lesquelles lémission infrarouge
est la plus forte, ce qui montre que, pour ces régions,
les couches atmosphériques les plus chaudes, donc les plus
profondes, émettent sans que des nuages en altitude viennent
atténuer le rayonnement infrarouge. Si lon arrive
à apercevoir dans le visible ces taches bleues caractéristiques
des nuages en profondeur, cest parce quil existe des
«fenêtres» dans la couverture que constituent
les nuages supérieurs. La couleur de ces derniers varie
avec laltitude: ils sont dabord marron, puis dun
jaune tirant sur le roux, puis nettement blancs à haute
altitude. Cest en raison de la variabilité géographique
de lopacité des couches supérieures quil
est possible, en observant dans le visible, dapercevoir
localement des zones plus ou moins importantes des nuages sous-jacents.
Les spéculations concernant la nature des constituants
chromogènes ne manquent pas; on peut penser quà
lorigine des colorations marron et jaunes il y a différentes
formes polymérisées du soufre. La présence
du soufre élémentaire Sn parmi les constituants
gazeux de la basse atmosphère est très vraisemblable;
en se condensant, ce constituant peut se transformer en un grand
nombre de formes allotropiques qui sont autant dagents colorants
potentiels. Le soufre élémentaire se créerait
à la suite dune photodissociation de lhydrogène
sulfuré (H2S) sous laction du rayonnement solaire
ultraviolet et jusquà des altitudes relativement
faibles. Bien quil nait pas été formellement
identifié, lhydrogène sulfuré est,
avec lammoniac et leau, un constituant qui intervient
dans tous les modèles de latmosphère inférieure
de Jupiter.
La couleur de la Grande Tache rouge est une énigme car,
compte tenu du niveau de latmosphère où elle
est située, elle doit être associée aux nuages
blancs. Ceux-ci ressemblent aux cirrus terrestres; constitués
de cristaux dammoniac formés à 150 kelvins,
ils sont dune pureté qui témoigne de labsence
dagents colorants. Or la Tache rouge est indiscutablement,
daprès les mesures infrarouges, un phénomène
de latmosphère supérieure très froide,
au-dessus même des nuages blancs.
Il est en tout cas clair que lassociation couleur-stratification
a un fondement physique et que lanalyse de la morphologie
des nuages, selon leur couleur, nest pas arbitraire. Cest
ainsi que lon sest attaché à classer
les marques visibles en différents groupes. Un premier
groupe concerne les nuages bleus, un deuxième les taches
rouges, un troisième les nuages bruns ou noirs de forme
allongée et un quatrième les marques de couleur
gris-bleu. Alors que la structure en bandes parallèles
et la Grande Tache rouge sont nettement discernables depuis les
observatoires terrestres, ce sont les images transmises en 1974
et en 1975 par les sondes Pioneer-10 et Pioneer-11, respectivement,
qui ont réellement révélé les autres
marques caractéristiques des nuages joviens. Par la suite,
les sondes Voyager ont fourni des informations encore plus précises.
La séparation entre zones claires et ceintures sombres
est apparue beaucoup moins tranchée quon ne lavait
imaginé. En ce qui concerne par exemple les nuages blancs,
limpression qui prévaut est plutôt que la planète
est entièrement recouverte dun «manteau»
supérieur de cirrus plus ou moins uniforme. Quant aux panaches
blancs, ils auraient pour origine des mouvements atmosphériques
verticaux transportant un gaz saturé en vapeur dammoniac
vers les altitudes élevées, où se produirait
la condensation en cristaux blancs caractéristiques. La
forme étirée des panaches doit être alors
la conséquence de la présence de vents horizontaux
en altitude. Quant à lautre catégorie de nuages
blancs, des ovales de grande dimension, tels que ceux qui dans
lhémisphère Sud accompagnent la Grande Tache
rouge, il ne fait pas de doute quils ont comme leur compagnon
les caractéristiques des formations orageuses de type anticyclone.
La Grande Tache rouge, qui appartient au deuxième groupe
de nuages, est en effet généralement interprétée
comme la conséquence dun phénomène
météorologique de latmosphère supérieure.
Elle sinscrit distinctement à lintérieur
de la zone tropicale de lhémisphère Sud. De
forme ovale, sa largeur na guère changé depuis
lépoque de sa découverte, il y a trois siècles
environ. En revanche, son étendue de lordre
de 20 000 kilomètres en longueur et de 12 000 kilomètres
en largeur et sa couleur subissent de faibles variations.
Cest également à lintérieur des
zones brillantes que sinscrivent dautres taches de
plus faibles dimensions et dont la couleur correspond aussi à
un mélange de rouge et dorange. Probablement dues
au même phénomène cyclonique que la Grande
Tache rouge, elles nont pas son caractère permanent.
À titre dexemple, on a identifié, dans la
zone tropicale de lhémisphère Nord, une sorte
de réplique à la Grande Tache rouge. Après
que Pioneer-10 leut photographiée en 1973, on avait
estimé que sa soudaine apparition avait dû se produire
dix-huit mois auparavant; un an après, lorsque Pioneer-11
scruta la même région, elle avait disparu. Dans lautre
hémisphère, dans la zone tropicale sud, où
se trouve immergée la Grande Tache rouge, on avait identifié,
depuis 1919, une longue tache foncée extrêmement
variable; appelée grande perturbation australe , elle na
pas été observée depuis 1939.
Lobservation des ovales bruns, qui sont classés dans
le troisième groupe, a également une longue histoire.
De caractère semi-permanent, une grande tache brune allongée
sur près de 10 000 kilomètres a été
souvent localisée entre la ceinture équatoriale
nord et la zone tropicale nord. Les caméras des sondes
Voyager lont photographiée à quatre mois dintervalle,
ainsi dailleurs que dautres ovales bruns situés
toujours dans la même région, proche de la ceinture
équatoriale nord. Lobservation permet de confirmer
que ces formes ovales sont discernables parce quil existe
des fenêtres dans la couche nuageuse intermédiaire
colorée tirant vers le roux, cette dernière se situant
elle-même sous les nuages blancs. Il est cependant curieux
de constater que les fenêtres pratiquées à
lintérieur de la couverture de nuages roux correspondent
toujours plusieurs décennies dobservation
lont montré à la latitude 130 nord;
on ne les observe jamais dans les régions équatoriales.
Et là encore se pose la question de lagent colorant
des ovales bruns que lon entraperçoit à
la faveur des fenêtres et des trous, dautant quil
est prouvé que des taches de couleur brune ne sont jamais
observées dans les régions équatoriales.
De couleur beaucoup moins nettement définie, le quatrième
groupe de nuages est sans conteste la manifestation de phénomènes
se produisant très profondément dans latmosphère
jovienne. Certains ont même avancé lidée
que les taches gris-bleu observées seraient dues uniquement
à la diffusion Rayleigh des gaz de latmosphère
très denses. Elles traduiraient donc le fait quil
existe par endroits des régions où latmosphère
serait dépourvue de nuages, même à des altitudes
très faibles.
Les formations nuageuses les plus marquées dans latmosphère
jovienne ont été utilisées comme traceurs
de la circulation générale pour démontrer
sa très forte symétrie axiale. De même, on
a pu suivre le mouvement récurrent, avec une période
de 6 à 10 jours, des petites taches qui apparaissent dans
lenvironnement de la Grande Tache rouge. Cela démontre
la permanence de vents soufflant toujours dans le sens opposé
à celui des aiguilles dune montre, autour de la Tache
rouge. Bien que ne montrant que de manière approximative
le mouvement réel des masses dair, cette méthode
sest révélée suffisante pour établir
les grands traits de la circulation générale et
des mouvements de latmosphère.
À la différence de latmosphère de la
Terre, où lon observe seulement deux courants généraux
le courant-jet des latitudes moyennes, soufflant vers lest,
et un courant général faible dest en ouest
pour les latitudes proches de léquateur , latmosphère
de Jupiter est parcourue par plusieurs courants-jets. La vitesse
qui leur est attribuée est une vitesse relative par rapport
au mouvement de rotation de la planète, dont la période
est déterminée par les mesures de son champ magnétique
(9 h 55 min). Létroite corrélation entre,
dune part, des vents soufflant en direction de lest
succédant aux vents vers louest, dautre part,
lalternance des zones et des ceintures est bien démontrée.
Mais cest principalement la permanence temporelle de la
structure méridionale des vents qui est le fait surprenant.
Une relative stabilité a été mise en évidence
à laide de 80 années dobservation; les
vitesses atteignent 130 mètres par seconde au sud de la
zone équatoriale.
Afin dêtre en accord avec lobservation, les
modèles de la circulation atmosphérique de Jupiter
doivent aboutir à lalternance des vents dest
et douest et démontrer la permanence du phénomène;
ils doivent de plus tenir compte de deux particularités
de latmosphère jovienne, si on la compare par exemple
avec latmosphère de la Terre. En premier lieu, latmosphère
de Jupiter reçoit un flux de chaleur dont près de
la moitié provient de lintérieur de la planète;
lexistence dune source interne dénergie
thermique a été démontrée par les
mesures radiométriques dans linfrarouge. En second
lieu, la température de latmosphère supérieure
change très peu entre les régions équatoriales
et les régions polaires; la différence atteint au
maximum 3 degrés.
Sans chercher à être exhaustif, on peut néanmoins
énoncer les principes sur lesquels sont fondés au
moins deux types de modèles de circulation générale.
Le premier est dû en particulier à Gareth P. Williams,
de luniversité de Princeton; ses études sinscrivent
dans la recherche dune uniformisation des paramètres
qui régissent la circulation des atmosphères des
planètes principales; malgré les particularités
mentionnées plus haut, Williams prend comme type de modèle
unifié son modèle à trois dimensions élaboré
pour latmosphère de la Terre. Il est évident
que, sagissant de Jupiter, le paramètre prépondérant
est la vitesse de rotation de la planète, ce qui peut expliquer
lextrême stabilité des traits généraux
de la circulation. Dans latmosphère de la Terre,
les ondes baroclines, qui prennent naissance aux latitudes moyennes
à cause des forts gradients thermiques existant entre léquateur
et les pôles, ont un effet destructeur sur une circulation
cellulaire de type Hadley. Dans latmosphère de Jupiter,
la vitesse de rotation très élevée de la
planète a pour conséquence damortir complètement
ces effets des ondes baroclines. Les résultats de la simulation
informatique appliquée à Jupiter conduisent effectivement
à un profil alterné des vents dest et douest.
Une des critiques qui peuvent être faites au modèle
de Williams est quil admet que latmosphère
située au-dessous des couches supérieures qui absorbent
la lumière solaire a des effets négligeables sur
la circulation générale. La grande profondeur de
lintérieur fluide dune planète comme
Jupiter est un paramètre qui a incité dautres
météorologistes à suggérer un type
de modèle entièrement différent. De leur
modèle, énoncé par Friedrich H. Busse de
luniversité de Californie à Los Angeles, il
ressort que les zones et les ceintures seraient la manifestation
en surface dun faisceau de cellules de convection prenant
leurs racines très profondément dans latmosphère.
Plusieurs considérations théoriques et expérimentales
ont montré que la convection à lintérieur
dune sphère en rotation se répartit en colonnes
plus ou moins longues, emboîtées les unes dans les
autres, avec leur axe parallèle à laxe de
rotation. Les deux extrémités dune même
colonne émergent à la surface visible en des zones
de latitude opposée, du côté de chaque hémisphère.
Pour que ce mécanisme puisse sappliquer à
Jupiter, il faut supposer que les couches fluides à lintérieur
de la planète soient soumises à un gradient de température
adiabatique. On manque de résultats expérimentaux
concernant la physique des couches situées sous le sommet
des nuages et en particulier sur la vitesse des vents. Le modèle
présente néanmoins lavantage dexpliquer
la permanence des courants-jets. Une durée de vie du phénomène
de lordre de 80 années impose un fort déséquilibre
entre, dune part, une masse fluide très importante
impliquée dans le mouvement des jets, dautre part,
une beaucoup plus faible masse impliquée dans les ovales,
panaches et tourbillons qui sont les autres caractéristiques
de la dynamique de latmosphère jovienne. De la sorte,
leffet des tourbillons et autres instabilités baroclines
confinés au niveau de pression 5 bars nont quune
influence négligeable sur les mouvements organisés
liés aux courants-jets, sétendant jusquaux
pressions de 1 000 bars.
Quel que soit le modèle adopté, celui-ci doit également
permettre de comprendre la nature et la dynamique des phénomènes
qui sont à lorigine non seulement de la Grande Tache
rouge, mais aussi des autres ovales de longue durée de
vie. Par exemple, les trois ovales blancs qui bordent la Tache
rouge sont apparus en 1938. Ils sont, eux aussi, inscrits à
lintérieur dune circulation atmosphérique
qui seffectue dans le sens opposé à celui
des aiguilles dune montre, ce qui indique quils sont,
comme la Grande Tache rouge, des centres de haute pression. De
couleur blanche, les ovales doivent être constitués
de nuages de cristaux dammoniac, et cela montre que leur
altitude est élevée. En fait, ils se forment à
un niveau qui les place juste au-dessous de la Grande Tache rouge,
qui est la formation la plus élevée au-dessus de
la couche supérieure moyenne des nuages. Si lon considère
maintenant la structure horizontale des marques, on observe que
la Grande Tache rouge se déplace très lentement,
à quelques mètres par seconde vers louest,
alors quelle se trouve dans un environnement où la
circulation zonale se maintient à la vitesse de 100 mètres
par seconde. La dérive des ovales blancs est plus grande
mais leur déplacement reste nettement moins rapide que
les vents zonaux. En outre, chaque ovale est animé dun
mouvement de rotation propre; la matière constituant la
Tache rouge prise dans le cisaillement des vents dest et
douest effectue par exemple une rotation avec une période
de 6 jours.
Là encore, les modèles ne sont pas toujours satisfaisants
quand il faut faire la théorie à la fois de la naissance
et de la permanence de ces courants tourbillonnaires. Considérés
comme des formations météorologiques, ils ont bien
les propriétés dun système cyclonique;
vu le sens de leur rotation, la Tache rouge et les ovales blancs
de lhémisphère Sud sont des formations anticycloniques.
Injectée dans le modèle de circulation générale
de Williams, cette hypothèse, qui consiste à voir
une perturbation locale à lorigine de la Tache rouge,
permet de retracer en gros les propriétés du phénomène:
rotation anticyclonique, sillage stable et vorticité associée.
Néanmoins, cela suppose la présence dune couche
intermédiaire «matérialisant» linterface
couches de nuages-gaz très denses. Une singularité
«topographique» directement en dessous de la région
où se produit le phénomène expliquerait alors
la permanence de la Tache rouge; mais comment envisager lanomalie
de la structure interne ainsi suggérée par la théorie?
Une autre hypothèse a été établie
à partir de la position très particulière
quoccupe la Tache rouge entre les deux courants de sens
contraires qui la bordent. La permanence de sa forme et la morphologie
de son interaction avec la circulation atmosphérique sont
des caractéristiques que lon retrouve parmi les propriétés
de propagation dun type dondes particulières,
les solitons . Les spécialistes en mécanique des
fluides ont ainsi baptisé ces ondes de translation qui
présentent un seul bord, sans crêtes ni vagues, et
qui se déplacent sans se déformer. Elles peuvent
naître de perturbations initiales arbitraires et sont susceptibles
dinteraction mutuelle sans changement de leur structure.
Lanalogie est assez extraordinaire quand on fait lhypothèse
que la Tache rouge est un soliton entretenu par les cisaillements
horizontaux observés dans la circulation atmosphérique
de la zone tropicale sud. Néanmoins, cela ne permet pas
dexpliquer comment sont nés les tourbillons.
Cest en 1955, quand les radiotélescopes permirent
de découvrir que Jupiter était une source extrêmement
puissante dondes radio, quon eut pour la première
fois la preuve quune planète autre que la Terre possédait
un champ magnétique. Les caractéristiques de ce
champ, et celles de la magnétosphère qui en est
une conséquence, sont aujourdhui assez bien connues
grâce, dune part, aux observations radioastronomiques
menées depuis la Terre, dautre part, aux mesures
effectuées dans lenvironnement de la planète
géante par les sondes Pioneer, Voyager et Ulysses [cf.
MAGNÉTOSPHÈRES].
Le champ magnétique de Jupiter est en première approximation
celui dun dipôle dont laxe est incliné
de 11 degrés sur laxe de rotation, et légèrement
excentré (il passe à 0,1 rayon jovien du centre
de la planète). Il en résulte que lintensité
du champ magnétique à la surface est loin dêtre
uniforme et, en particulier, nest pas la même dans
lhémisphère Nord et dans lhémisphère
Sud, et que léquateur magnétique ne coïncide
pas avec le plan équatorial de Jupiter. Le moment de ce
dipôle est cent cinquante fois plus intense que celui du
dipôle terrestre; le rayon de Jupiter étant douze
fois supérieur au rayon de la Terre, lintensité
moyenne du champ dans les régions équatoriales proches
de la planète est de lordre de 4 . 10-4 tesla, nettement
supérieure donc au champ qui règne à la surface
de notre planète.
Bien que les champs magnétiques terrestre et jovien soient
tous deux des champs dipolaires, la magnétosphère
de Jupiter est assez différente de celle de la Terre. Tout
dabord, le champ magnétique de Jupiter est beaucoup
plus intense que celui de la Terre; par ailleurs, la densité
donc la pression du vent solaire est environ vingt-cinq
fois plus faible au niveau de lorbite de Jupiter quau
niveau de lorbite de la Terre. Il en résulte que
la magnétosphère jovienne est environ cent fois
plus étendue que la magnétosphère terrestre:
si sa surface était lumineuse, elle serait vue de la Terre
comme un astre de dimension supérieure à la Lune
ou au Soleil et présentant une queue beaucoup plus longue
que celle des plus belles comètes. Les limites de cette
magnétosphère varient considérablement avec
les fluctuations de pression du vent solaire, tandis que lextension
de la queue nest pas connue: certaines observations indiquent
quelle sétendrait au moins jusquà
lorbite de Saturne, ce qui lui donnerait une longueur de
plus de 600 millions de kilomètres.
La magnétosphère de Jupiter diffère aussi
beaucoup de celle de la Terre dans sa partie interne. La planète
géante tournant sur elle-même deux fois et demie
plus vite que notre planète et son rayon étant douze
fois plus grand, les particules de la magnétosphère
interne subissent une force centrifuge très importante.
Si elles sont électriquement chargées, elles seront
conduites, dune part, à suivre les lignes de force
du champ magnétique, dautre part, à séloigner
de la planète sous leffet de cette force centrifuge;
elles auront donc tendance à se concentrer au voisinage
du plan équatorial magnétique, où elles formeront
un grand disque de plasma parcouru par des courants électriques
intenses qui eux-mêmes réagiront sur le champ magnétique.
Ce disque de courant, qui est pratiquement inexistant dans le
cas de la Terre, nest pas parfaitement plat. Près
de la planète, là où les forces magnétiques
dominent les forces centrifuges, il est situé dans le plan
de léquateur magnétique. En revanche, au-delà
de cinq ou six rayons joviens, les forces centrifuges deviennent
prédominantes et le disque sinfléchit pour
devenir parallèle au plan équatorial jovien.
Une autre différence très importante entre la magnétosphère
jovienne et la magnétosphère terrestre est la présence
dune source de particules chargées dans la partie
interne de la première. Alors que la magnétosphère
terrestre est peuplée essentiellement de particules dorigine
solaire, ou de particules accélérées sous
leffet de lactivité solaire, Jupiter possède
avec Io et son tore de plasma une source très importante
dions et délectrons. Io est le premier satellite
connu sur lequel on a observé une activité éruptive.
Les fontaines éruptives éjectent dans latmosphère
de Io une grande quantité de gaz et de poussières
(en particulier des composés soufrés) qui sont ionisés
par le rayonnement ultraviolet du Soleil, puis se répartissent
en un énorme tore de plasma entourant tout Jupiter au niveau
de lorbite de Io. Des systèmes complexes de courants
électriques existent certainement entre le tore de Io et
lionosphère de Jupiter, qui font de la magnétosphère
jovienne un immense accélérateur de particules.
Ces particules électrons et ions de grande
énergie sont observées partout à lintérieur
de la magnétosphère, et même souvent à
lextérieur: on sest aperçu que Jupiter
est une des principales sources de rayons cosmiques de moyenne
énergie observés dans le milieu interplanétaire
jusquau voisinage de la Terre.
Jupiter est connu pour être un émetteur radio très
puissant dans plusieurs domaines de longueur donde. Les
sources de ces émissions se trouvent toutes dans la magnétosphère
interne, et leur étude fournit des informations précieuses
sur la dynamique des électrons énergétiques
dans ces régions.
Dans les domaines millimétrique et centimétrique,
cest le rayonnement thermique de la couche nuageuse qui
domine. Lémission décimétrique a été
attribuée, peu après sa découverte en 1955,
à lémission synchrotron délectrons
dits relativistes de très grande énergie
piégés dans le champ magnétique de Jupiter
près de la planète, comme le sont les particules
des zones de Van Allen autour de la Terre. Cette hypothèse
fut confirmée quand on obtint des «images»
radio à très haute résolution. Une autre
émission, sur ondes décamétriques et hectométriques,
présente son maximum dans le domaine décamétrique.
Elle a été très étudiée à
partir de la Terre et par les sondes Voyager. Il sagit dune
émission très irrégulière, constituée
de sursauts de durées très variées
de quelques millisecondes à plusieurs minutes , se
manifestant sous forme dorages durant quelques heures. Lapparition
de ces orages dépend à la fois de la rotation de
Jupiter et de la position de Io sur son orbite. Aucune émission
na jamais été observée à des
fréquences supérieures à 40 mégahertz;
en revanche, le spectre sétend très loin vers
les basses fréquences, dans le domaine des ondes kilométriques.
Lémission décamétrique est due à
des jets délectrons qui se déplacent le long
des lignes de force du champ magnétique jovien et excitent
en chaque point une émission à la fréquence
gyromagnétique. Le processus par lequel les électrons
rayonnent nest pas encore bien compris mais il est certainement
très efficace puisque Jupiter est, à ces longueurs
donde, une source beaucoup plus intense que le Soleil. Enfin,
deux autres types démission ont été
découverts par les sondes Voyager dans le domaine kilométrique.
Lun proviendrait dune source située dans les
régions de hautes latitudes près de la planète,
lautre de la face extérieure du tore de plasma de
Io.
Létude des différentes émissions radio
a permis de déterminer la structure du champ magnétique
de Jupiter; elle a été également utilisée
pour préciser la période de rotation de la planète
sur elle-même. En effet, lobservation du mouvement
des détails visibles à la surface de Jupiter ne
donne que la période de rotation des nuages, période
qui varie avec la latitude. En revanche, la période de
variation des émissions radio décimétriques
et décamétriques correspond à celle du champ
magnétique. Cette période, égale à
9 heures 55 minutes 23,70 secondes, correspond à la véritable
période de rotation de la planète, celle de son
intérieur, où prend naissance le champ magnétique.
Les anneaux de Jupiter ont été découverts
le 4 mars 1979 par les caméras de la sonde Voyager-1; la
densité de ces anneaux paraît environ un milliard
de fois plus faible que celle des anneaux de Saturne, ce qui explique
que, situés très près du disque brillant
de la planète, ils naient jamais été
observés auparavant depuis la Terre: leur détection
est aussi difficile que le repérage à grande distance
dune faible bougie située à côté
dun puissant phare marin. Si lon effectue des observations
dans linfrarouge à une longueur donde de 2,2
micromètres (le méthane, abondant dans latmosphère
de Jupiter, est alors quasi opaque), le rapport luminosité
des anneaux sur luminosité de la planète est fortement
augmenté et les anneaux peuvent être détectés
depuis la Terre, ce qui a été accompli cinq jours
après leur découverte par Voyager-1. Cette découverte
a permis dexpliquer pourquoi, lors de son survol de Jupiter
cinq ans auparavant, Pioneer-11 avait observé à
certaines distances de la planète des variations brusques
dans le nombre de particules chargées en orbite autour
de Jupiter; certains scientifiques avaient alors émis lhypothèse
que Jupiter possédait des satellites non encore découverts
ou des anneaux aux endroits où le nombre de particules
de haute énergie décroissait; cinq ans plus tard,
cette hypothèse était vérifiée!
La découverte des anneaux de Jupiter, survenant deux ans
après celle des anneaux dUranus, montrait que lexistence
danneaux autour des planètes géantes était
naturelle. Comme ceux de Saturne et dUranus, les anneaux
de Jupiter possèdent des bords nets et des satellites proches;
cependant, ils sont beaucoup plus ténus et bien différents.
Pour linstant, on ne connaît évidemment ni
la taille ni la nature des particules de cet anneau : situées
à lintérieur de la magnétosphère
de Jupiter, elles sont probablement chargées. On peut distinguer
quatre composantes: un anneau brillant denviron 6 000 kilomètres
de largeur est prolongé vers lextérieur par
un bord très brillant denviron 800 kilomètres
de largeur. Vers lintérieur, du matériau plus
dispersé sétend jusquau sommet des nuages
de Jupiter; un halo très ténu enveloppe le tout.
Jupiter possède seize satellites, que lon peut
regrouper en trois catégories :
quatre petits satellites (diamètres ou dimensions
voisins de 50 km) sont situés sur des orbites circulaires
équatoriales très proches de la planète (demi-grands
axes compris entre 1,79 et 3,11 rayons joviens);
quatre «gros» satellites (diamètres
voisins de 4 000 km), appelés satellites galiléens,
gravitent également sur des orbites circulaires et équatoriales;
de Jupiter vers lextérieur, ce sont Io, Europe, Ganymède
et Callisto ; les trois premiers ont des périodes de révolution
résonantes (la période sidérale de Ganymède
est double de celle dEurope et quadruple de celle de Io);
les demi-grands axes des orbites sont compris entre 5,90 et 26,33
rayons joviens;
huit petits satellites externes (diamètres voisins
de 20 km) possèdent des orbites fortement excentriques
(excentricités comprises entre 0,15 et 0,4), directes ou
rétrogrades, inclinées par rapport au plan équatorial
de la planète (inclinaisons comprises entre 250 et 1650),
et situées très loin de Jupiter (demi-grands axes
compris entre 155 et 332 rayons joviens).
Tous ces satellites ont une période de révolution
synchronisée avec leur période de rotation; ils
présentent donc toujours la même face vers Jupiter.
Les missions Voyager ont permis de survoler un petit satellite
interne (Amalthée) et les quatre satellites galiléens.
Les autres satellites ne sont connus que par des observations
lointaines, depuis la Terre ou les sondes Voyager.
Les petits satellites internes sont de forme non sphérique
et de couleur rouge. Parmi ces quatre satellites, un seul est
connu avec une certaine précision: il sagit dAmalthée,
dont la résolution des images acquises par les sondes Voyager
est voisine de 8 kilomètres. Ce corps irrégulier
présente une surface très cratérisée.
La couleur comme le spectre démission dAmalthée
(et des autres petits satellites internes) sont très différents
de ceux des satellites externes et des astéroïdes.
On pense que cette couleur et ces spectres seraient dus à
la contamination de leur surface par les poussières et
les gaz volcaniques issus de Io.
Des huit satellites extérieurs, on ne connaît que
les paramètres orbitaux, les diamètres approximatifs
et les «couleurs» superficielles. Ils ont des diamètres
voisins de 20 kilomètres et ils sont très sombres
(albédos de 0,05); leurs spectres de réflexion sont
semblables à ceux des astéroïdes. Ces propriétés
spectrales et leurs caractéristiques orbitales indiquent
que ce sont vraisemblablement des astéroïdes capturés.
Ces satellites ont des tailles comparables à celles
de la Lune et de Mercure. Pour le géologue, ce sont des
«planètes» à part entière, qui
circulent sur des orbites équatoriales et circulaires,
de périodes commensurables pour les trois premières:
la période sidérale de Io est de 1,77 jour, celle
dEurope de 1,77 Z 2 jours, celle de Ganymède de 1,77
Z 4 jours. Ces satellites ne sont vus que comme des taches lumineuses
dans les meilleurs télescopes. Ils constituaient un des
objectifs majeurs des missions Voyager et sont lun des buts
principaux de la mission Galileo. Les trajectoires des deux sondes
Voyager étaient programmées pour que chacun des
quatre satellites soit survolé «de près»;
la résolution maximale des images fut excellente: 4 kilomètres
pour Europe, 2 pour Callisto et 1 pour Ganymède et Io .
Aucun de ces satellites ne possède datmosphère
dense; les températures de surface sont voisines de -150°C.
On ne possède aucune donnée directe sur la structure
interne ou sur la composition de ces quatre satellites, mais trois
sources dinformations différentes nous apportent
des renseignements sur la composition chimique globale:
les températures daccrétion de ces
corps peuvent être déduites des modèles de
formation du système solaire;
la composition chimique de surface est connue grâce
aux études de couleur, dalbédo et de spectre
de réflexion effectuées depuis la Terre;
la densité globale est connue avec précision
grâce à létude des trajectoires des
sondes Voyager.
Dans cette région du système solaire, les modèles
de formation des planètes et des satellites indiquent que
les poussières qui sont à lorigine des corps
importants étaient principalement constituées de
silicates, de glace deau et dune très faible
fraction de glaces dautres corps volatils (ammoniac NH3,
méthane CH4, etc.).
Lobservation des couleurs de surface, des albédos
et des spectres indique que:
la surface de Callisto est constituée de 30 p. 100
de silicates et de 70 p. 100 de glace deau;
celle de Ganymède est constituée de 10 p.
100 de silicates et de 90 p. 100 de glace deau;
celle dEurope est constituée de glace deau
presque pure;
celle de Io est dominée par des composés
soufrés.
Ces satellites ont des densités différentes: 1,83
pour Callisto, 1,93 pour Ganymède, 3,04 pour Europe, 3,55
pour Io, alors que la densité moyenne des silicates des
météorites est de 3,2.
De toutes ces données, on peut conclure que Callisto et
Ganymède sont constitués dun mélange
de glace deau et de silicates en proportions voisines, quEurope
est constituée en majorité de silicates, recouverts
dune mince couche de glace, et que Io est quasi entièrement
composée de silicates, dune faible quantité
de composés soufrés et, éventuellement, dune
petite quantité de fer.
La connaissance de la structure interne de ces quatre satellites
est exclusivement déduite de modèles, aucune étude
géophysique nayant pu être effectuée.
Io serait (presque?) entièrement constituée de silicates
et serait donc chimiquement homogène (avec éventuellement
un tout petit noyau ferreux). Europe serait constituée
dun noyau silicaté de 1 500 kilomètres de
rayon environ, recouvert dune croûte de glace (un
«océan» gelé) denviron 70 kilomètres
dépaisseur. Les structures de Callisto et de Ganymède
sont beaucoup plus incertaines et peuvent être comprises
entre deux types extrêmes:
les satellites sont différenciés, et glace
et silicates sont séparés; on aurait alors un noyau
silicaté (rayon de 1 100 km pour Callisto, de 1 800 km
pour Ganymède), recouvert dune croûte de glace
(épaisseur de 1 300 km pour Callisto, de 800 km pour Ganymède);
les satellites ne sont pas différenciés,
et glace et silicates sont restés intimement mélangés;
ces deux satellites sont alors chimiquement homogènes.
Les premiers modèles élaborés au moment des
missions Voyager faisaient état de corps complètement
différenciés. Les déterminations récentes
(en laboratoire) de paramètres physiques des glaces indiqueraient
plutôt des corps très peu différenciés:
lessentiel du volume des satellites serait constitué
dun mélange de glace et de silicates, avec au centre
un tout petit noyau rocheux et une mince croûte de glace
impure en surface. Il est impossible de trancher formellement
entre tous ces modèles tant quon ne connaîtra
pas avec précision le moment dinertie de ces satellites,
ou tant que lon naura pas mené détudes
sismologiques.
La surface de Callisto est lune des plus «monotones»
du système solaire. Elle est relativement sombre et complètement
saturée de cratères dimpact. La morphologie
des cratères de Callisto est «classique» pour
un satellite de glace: cratères en forme de bol pour les
plus petits, cratères à fond plat et piton (ou puits)
central pour les plus grands. Ces cratères ont une morphologie
très amortie et un diamètre maximal de 100 kilomètres,
ce qui indique une importante relaxation visqueuse du relief.
Les cratères de plus grande taille qui ont dû exister
dans les premiers temps de lhistoire de Callisto ont disparu,
ce qui attesterait que la surface de Callisto a été
dans un état de trop faible viscosité pour conserver
les cratères précoces de grande taille qui ont été
formés il y a plus de 4,1 milliards dannées.
En plus des cratères «normaux», Callisto montre
huit structures à anneaux multiples, dont la plus importante,
Valhalla, a un diamètre de 600 kilomètres. Valhalla
est, en fait, constitué dune zone centrale claire
de glace presque pure, entourée dune trentaine de
fossés ou descarpements concentriques. Ces structures
sont maintenant interprétées comme le résultat
dimpacts géants «tardifs» (vers 3,8 milliards
dannées), qui ont complètement perforé
la lithosphère. La zone claire centrale résulterait
dun «magmatisme» deau (la fusion de la
glace étant une conséquence de limpact), et
les structures concentriques externes de mouvement asthénosphériques
venus combler la cavité provoquée par limpact.
À part ces structures vraisemblablement dues à des
impacts géants, Callisto ne présente pas dautres
manifestations dactivité géologique, à
lexception dune «grille» très peu
perceptible, due au ralentissement de la vitesse de rotation du
satellite sur lui-même lors de la synchronisation entre
rotation et révolution.
La géologie de Ganymède est lune des plus
complexes et énigmatiques du système solaire. Ganymède
possède deux types de terrains fondamentaux: des terrains
sombres, riches en cratères, cest-à-dire antérieurs
à la fin du bombardement de queue daccrétion,
et des terrains clairs, moins cratérisés, cest-à-dire
postérieurs à la fin de ce bombardement. Les terrains
sombres forment de vastes surfaces grossièrement polygonales,
appelées regio , séparées les unes des autres
par les terrains clairs, souvent en forme de bandes appelées
sulcus .
La morphologie des terrains sombres ressemble à celle de
Callisto, avec de nombreux cratères possédant les
mêmes caractéristiques, en particulier labsence
de cratère de diamètre très important. Certains
de ces cratères, appelés «palimpsestes»,
ont une morphologie complètement relaxée et napparaissent
que comme des taches claires circulaires. Tout cela témoigne,
comme sur Callisto, dune surface primitive ayant eu une
très faible viscosité. Daprès le nombre
de cratères, lâge de ces surfaces est estimé
à 4 milliards dannées.
Les plus importants des polygones de terrains sombres sont découpés
par des structures allongées et parallèles, en forme
de fossés, et limitées par des failles normales.
Ces structures, appelées furrows par les chercheurs américains,
sont interprétées comme des structures extensives.
Aucune structure compressive na pu être découverte.
Lorigine de ces furrows est loin dêtre comprise.
Les premières interprétations les comparaient aux
structures entourant Valhalla sur Callisto. Il sagirait
donc des «restes» de structures périphériques
concentriques à des impacts géants dont les centres
auraient disparu. Des difficultés géométriques
certaines ont conduit à une seconde famille dinterprétations,
qui fait appel à une extension généralisée
de Ganymède. Une faible différenciation de Ganymède
aurait entraîné la formation dun petit noyau,
des changements de phase dans les glaces profondes et une très
faible augmentation du rayon (inférieure à 0,5 p.
100). Les furrows seraient lexpression superficielle de
cette extension. Ils auraient réutilisé une grille
de fracturation datant de la synchronisation entre rotation et
révolution. Mais ni la seconde ni, a fortiori, la première
famille dhypothèses nexpliquent complètement
la morphologie et la géométrie des furrows.
Les terrains clairs , souvent en forme de bande, sont constitués
de glace presque pure et recouvrent les terrains sombres. Ils
sont âgés de 3,5 milliards dannées environ.
En général, ces terrains clairs ne sont pas lisses,
mais au contraire constitués de la juxtaposition de sillons
(les grooves ) séparés par des crêtes. Chaque
sillon a environ 10 kilomètres de largeur, 400 mètres
de profondeur et peut être long de plusieurs centaines de
kilomètres. Toutes les configurations de sillon existent:
parallèles, flexueuses, entrecroisées... Les limites
entre sillons semblent être des failles dextension.
Le matériel clair est vraisemblablement dorigine
«magmatique»: la chaleur dégagée par
la radioactivité naturelle aurait produit une fusion partielle
de la profondeur glacée de Ganymède, ce qui aurait
créé de la «lave» (eau légèrement
ammoniaquée), qui se serait épanchée en surface
en recouvrant les terrains sombres. Lorigine de la morphologie,
aussi bien à petite échelle (des bandes souvent
parallèles semblant découper les polygones de terrains
sombres) quà grande échelle (sillons et crêtes
parallèles ou flexueuses), est pour linstant incomprise.
Tout ce que lon peut dire, cest quon retrouve
des morphologies (apparemment?) identiques sur Encelade (un satellite
de Saturne) et Miranda (un satellite dUranus), ce qui montre
que la formation de grooves nest pas un phénomène
exceptionnel sur les satellites de glace.
Europe est un corps particulièrement brillant et lisse.
Cette surface lisse et claire est constituée de glace presque
pure, parcourue dun réseau de lignes sombres, en
général relativement rectilignes, parfois courbes.
Ces lignes sombres ont une dizaine de kilomètres de largeur
et peuvent atteindre 3 000 kilomètres de longueur. Il nexiste
presque pas de trace dimpact à la surface dEurope,
ce qui indique que la surface est jeune. Le problème posé
par cette surface est double: quelle est lorigine de sa
jeunesse et quelle est lorigine du réseau de lignes
sombres? Pour expliquer la jeunesse de la surface, on a proposé
des apports deau provenant de la base de la mince croûte
de glace, cette base de la croûte étant partiellement
fondue par la chaleur dégagée par le noyau silicaté
(du fait de la radioactivité naturelle et, éventuellement,
de leffet des marées). Les fluides ainsi formés
remonteraient en surface par les lignes sombres, qui auraient
alors la signification de fractures. Arrivée à la
surface, cette eau la recouvrirait, doù la couleur
et laspect très lisse de cette dernière. Lorigine
de la géométrie si particulière des fractures
nest pas complètement élucidée, bien
quil soit probable que les marées jouent un rôle
important.
Io est le plus actif des corps solides du système solaire.
La surface de ce satellite est entièrement constituée
de terrains volcaniques très jeunes (moins de 10 millions
dannées). La sonde Voyager-1 a photographié
dix fontaines éruptives. Ces éruptions sont colossales:
environ 10 000 tonnes de matériaux sont émis par
seconde et par volcan, et forment des panaches sélevant
jusquà 200 kilomètres daltitude. Les
produits émis retombent et recouvrent la surface de Io
dun dépôt de 10 mètres dépaisseur
environ par million dannées. Les mesures infrarouges
de la surface ont permis de détecter des zones «chaudes»,
dune température voisine de 20 0C, alors que la température
extérieure est de _ 150 0C. Outre les éruptions,
lactivité volcanique se traduit par dinnombrables
et spectaculaires édifices: cratères, caldéras,
coulées, fissures... Lensemble des coulées
recouvre aussi progressivement la surface dun dépôt
de 100 mètres dépaisseur environ par million
dannées.
La composition chimique des laves et des projections nest
pas connue avec certitude. Ce qui est certain, cest que
ces produits sont extrêmement riches en soufre sous forme
de vapeur et en dioxyde de soufre SO2. Les zones chaudes correspondent
à des points démission de vapeurs ou à
la surface à peine refroidie de lacs de soufre fondu. Mais
on ne possède aucune donnée permettant de savoir
si la majorité des produits émis est constituée
de composés soufrés purs ou de produits silicatés
riches en soufre.
Cette émission de gaz volcaniques produit une atmosphère
très ténue autour de Io; la pression atmosphérique
est de lordre de 10-3 hectopascal à léquateur.
Une partie de cette atmosphère séchappe de
Io et forme un tore de composés soufrés ionisés
entourant Jupiter au niveau de lorbite de Io.
Lorigine de lénergie qui engendre un tel volcanisme
doit être recherchée dans les phénomènes
de marées. Comme tous les satellites, Io dirige toujours
la même face vers Jupiter, et le bourrelet des marées
est fixe par rapport à Io. Mais les périodes orbitales
de Io, dEurope et de Ganymède sont commensurables:
quand Io accomplit quatre révolutions autour de Jupiter,
Europe en fait deux et Ganymède une. Les forces attractives
dEurope et de Ganymède sajoutent donc régulièrement,
orbite après orbite, et finissent par «forcer»
Io à osciller de part et dautre de sa trajectoire
théoriquement circulaire et à accélérer
ou à ralentir périodiquement. Ces mouvements forcés
de Io entraînent une variation damplitude du bourrelet
des marées, ainsi quun mouvement relatif entre Io
et le bourrelet. Ces mouvements de bourrelet sont source de frictions
internes et dégagent donc de la chaleur. Les calculs théoriques
effectués quelques jours avant le survol de Io par la sonde
Voyager-1 indiquaient que ce dégagement de chaleur dorigine
«astronomique» était cent fois supérieur
au dégagement dû à la radioactivité
naturelle. Cest cette énergie qui maintient probablement
tout lintérieur de Io à létat
liquide, qui fond la base de la croûte et qui est responsable
du volcanisme dont les dépôts reconstituent la croûte
par le haut.