Carte d'identité de Mars:

| Diamétre | 6794 Km ( soit 0,533 fois la Terre ) |
| Masse | 0,108 fois celle de la Terre |
| Rotation en | 24 h 37 min |
| Tour du Soleil | 686 jours |
| Distance Soleil | 228 000 000 Km ( soit 1,52 UA ) |
| Satellites | 2: Phobos et Deimos |
Présentation:
En séloignant
du Soleil, Mars est la quatrième planète du système
solaire. Presque deux fois plus petite que la Terre (le tableau
1 présente les caractéristiques physiques et orbitales
comparées de ces deux objets), la planète rouge
est un corps solide différencié qui posséderait
une croûte de 50 kilomètres dépaisseur
moyenne, une lithosphère assez épaisse de
150 à 200 kilomètres et un noyau de taille
imprécise de 1 400 à 2 000 kilomètres
de rayon. Aucun champ magnétique na été
décelé par les magnétomètres placés
à bord des sondes orbitales; le noyau contiendrait peu
de nickel et de fer, ou serait animé de mouvements trop
lents pour pouvoir engendrer un effet dynamo.
À linstar de la Terre et de Vénus, Mars possède
une atmosphère, très ténue cependant, composée
essentiellement de dioxyde de carbone CO2 (95,32 p. 100) et de
très peu de vapeur deau (0,03 p. 100).
Mars est situé à une distance moyenne de 1,524 unité
astronomique du Soleil; de ce fait, sa période de révolution
autour de celui-ci est presque le double de celle de la Terre
(une année martienne = 687 jours terrestres). En revanche,
la période de rotation sidérale de Mars (24 h 37
min 23 s) est très proche de celle de notre planète.
Lorbite de Mars est fortement elliptique, et sa forte excentricité
(0,093 contre 0,017 pour la Terre) entraîne dimportantes
différences dans la durée des saisons (le printemps
et lété sont beaucoup plus longs dans lhémisphère
Nord que dans lhémisphère Sud; tabl. 2). Mais
les différences saisonnières de température,
provoquées par linclinaison de 240 de laxe
de rotation de la planète sur le plan de son orbite, varient
inversement. En raison de léloignement de la planète
par rapport au Soleil, les températures de surface sont
beaucoup plus basses que sur la Terre, et varient en moyenne entre
133 0C et + 17 0C. Pendant lété dans
lhémisphère Sud, Mars est plus proche du Soleil
de 20 p. 100 environ que pendant la même saison dans lhémisphère
Nord. Il sensuit une augmentation de linsolation denviron
45 p. 100 qui produit une élévation sensible (30
0C) des températures en été dans lhémisphère
Sud par rapport à celles de lhémisphère
Nord à la même saison. Ces variations des températures
saisonnières ont dimportantes conséquences
sur les échanges entre latmosphère et la surface
martiennes, en particulier au niveau des pôles. Les mouvements
lents de précession de laxe de rotation de la planète
et de laxe de son orbite, ainsi que les variations de lexcentricité
et de linclinaison du plan de lorbite et les oscillations
de laxe de rotation, entraînent à long terme
des modifications dans les régimes climatiques des deux
hémisphères. Ainsi, les mouvements de précession
provoquent tous les 25 000 ans un changement dorientation
des pôles par rapport au Soleil et, par conséquent,
une inversion des régimes climatiques entre les deux hémisphères.
Mars possède deux satellites naturels: Phobos (du grec
«terreur») et Deimos («panique»). Ces
deux corps, très petits, très sombres et très
proches de la planète, sont donc très difficiles
à observer depuis la Terre (ils nont été
découverts quen 1877, par Asaph Hall). Ils tournent
autour de Mars dans le sens direct, sur des orbites circulaires
situées dans le plan équatorial de la planète
(tabl. 3), et sont en rotation synchrone avec celle-ci, cest-à-dire
que leurs périodes de rotation sur eux-mêmes sont
égales à leurs périodes de révolution
autour de la planète; de ce fait, ils présentent
toujours la même face vers Mars, et leur grand axe pointe
vers celui-ci. Ces deux corps de forme irrégulière
ont, en première approximation, la forme dellipsoïdes
(Phobos: 26,8 km Z 22,4 km Z 18,4 km; Deimos: 15,0 km Z 12,2 km
Z 10,4 km).
Les deux différences principales entre latmosphère
de Mars et celle de la Terre sont la très faible masse
de latmosphère martienne, essentiellement constituée
de dioxyde de carbone CO2 (la pression au sol est de 6 hectopascals
environ, pour une valeur terrestre de 1 013 hectopascals) et sa
température moyenne, nettement plus froide ( 50 0C),
due au fait que Mars est plus éloigné du Soleil
que la Terre. La pression est trop faible pour que leau
puisse exister à létat liquide et, le climat
étant dans lensemble froid, la plus grande partie
de la vapeur deau se trouve sous forme de glace dans latmosphère
(cirrus, brumes givrantes) ou le sol (calottes polaires). Durant
lannée martienne, environ 20 p. 100 du dioxyde de
carbone atmosphérique se condense alternativement sur chacun
des pôles, entraînant une variation annuelle sensible
de la pression. La faible masse atmosphérique se traduit
par des fluctuations diurnes de température très
élevées (supérieures à 50 0C). Comme
la Terre, Mars possède une atmosphère transparente
à la plus grande partie du rayonnement solaire; elle est
donc essentiellement chauffée par sa base. Linclinaison
de laxe de rotation de Mars par rapport au plan de son orbite
ainsi que la durée du jour martien étant très
proches des valeurs terrestres, il en résulte le même
type de système global de circulation atmosphérique,
avec des vents alizés dans la zone intertropicale et un
système de hautes et basses pressions aux latitudes moyennes.
Labsence docéans ceux-ci jouant sur
la Terre le rôle de régulateur thermique se
traduit par un plus fort contraste saisonnier de température,
donc de vents. De violentes tempêtes prennent naissance
au printemps en bordure de la calotte polaire sud, soulevant dans
latmosphère de grandes quantités de poussières
qui peuvent sétendre, dans un stade ultime, à
la totalité de la planète. Une partie de ces poussières
est précipitée dans les calottes polaires durant
les périodes de condensation du dioxyde de carbone et de
la vapeur deau. La dynamique de latmosphère
martienne est donc dominée par une forte interaction sol-atmosphère
à travers les cycles du dioxyde de carbone, de leau
et de la poussière. La question de savoir pourquoi latmosphère
martienne a évolué si différemment de latmosphère
terrestre nest pas bien résolue. Lincorporation
progressive de dioxyde de carbone dans le sol sous forme de carbonates
sans recyclage atmosphérique, en labsence dactivité
tectonique notable, et léchappement gravitationnel
de lazote pourraient expliquer la faible valeur actuelle
de la pression. La raréfaction de latmosphère,
entraînant une diminution de la température à
la surface (annihilation de leffet de serre), serait dans
ce cas à lorigine de la disparition de leau
liquide, la plus grande partie de la vapeur deau ayant disparu
par photodissociation et échappement thermique de lhydrogène.
Les analyses déchantillons du sol réalisées
par les sondes datterrissage Viking nont révélé
aucune trace dune activité biologique passée
ou actuelle.
La plaine martienne Chryse Planitia, sur laquelle sest posée
la station Viking-1 en 1976, comporte les embouchures de six systèmes
fluviaux, parmi lesquels Ares Vallis; ce chenal présente
des « îles » en forme de larme dessinées
par lécoulement de grandes quantités deau
contournant danciens cratères dimpact météoritique.
Cest dans Ares Vallis que sest posée, le 4
juillet 1997, quinze ans après que la station Viking-1
a cessé démettre, la petite sonde américaine
Mars Pathfinder; celle-ci est constituée dune station
et dun minivéhicule à six roues, Sojourner,
qui, le 5 juillet 1997, a commencé son périple sur
le sol martien, autour de la station, baptisée Carl Sagan
Memorial Station. Les images ont dévoilé une surface
parsemée de blocs rocheux arrondis et alignés, témoignant
dune ancienne érosion fluviatile très intense.
La surface de Mars est caractérisée, dune
part, par une assez grande diversité de formes de relief
(cratères de météorites, volcans géants,
canyons profonds, immenses réseaux de vallées fluviatiles,
champs de dunes, importants systèmes de failles, calottes
glaciaires aux pôles), dautre part, par une dissymétrie
morphologique et topographique majeure entre les hémisphères
Nord et Sud (fig. 1).
La dissymétrie hémisphérique se manifeste
de part et dautre dun grand cercle incliné
de 350 sur léquateur. Du point de vue morphologique,
cette dissymétrie est marquée par la présence
de nombreux cratères de météorites qui font
ressembler lhémisphère Sud de la planète
aux «terres» lunaires, et par celle de plaines peu
cratérisées au nord. Du point de vue topographique,
cette dissymétrie se manifeste par une différence
daltitude pouvant atteindre de 2 à 3 kilomètres,
les plaines de lhémisphère Nord étant
sensiblement plus basses que les terrains très cratérisés
de lhémisphère Sud. Lorigine de cette
dissymétrie est encore inexpliquée; elle pourrait
correspondre à une limite structurale ou à une limite
dérosion.
Il existe par ailleurs dimportantes différences daltitude,
pouvant atteindre 30 kilomètres. Les altitudes sont définies
par rapport à un niveau de référence (niveau
0) qui, en labsence de mers comme sur la Terre, correspond
à une pression atmosphérique de 6,1 hPa au sol,
déterminée à léquateur à
partir de mesures dans linfrarouge réalisées
en orbite par la sonde Mariner-9. Ces mesures altimétriques
sont complétées par des observations radars depuis
la Terre. La région la plus élevée est celle
du dôme de Tharsis, sur lequel sont situés trois
volcans géants culminant en moyenne à 26 kilomètres
daltitude. Cette région correspond à un bombement
de 6 kilomètres de hauteur environ, et de lordre
de 5 000 kilomètres de diamètre. Comparée
à ce que nous connaissons sur la Terre, cette région
de la planète Mars a la taille dun continent. Une
autre région, Elysium Planitia, domine de 4 à 5
kilomètres les plaines environnantes. Il sagit là
aussi dun large dôme de 1 500 kilomètres de
diamètre supportant également des volcans, moins
importants cependant que ceux de la région de Tharsis.
Au sud de léquateur martien, le système de
canyons de Valles Marineris est constitué par des vallées
profondément encaissées (6 km de profondeur moyenne)
qui sétendent dest en ouest sur plus de 5 000
kilomètres de longueur.
Daprès les observations
qui ont été réalisées par les sondes
spatiales américaines Mariner-9 et Viking, la géologie
martienne semble avoir été marquée par une
importante activité volcanique et tectonique, ainsi que
par la présence dimportantes quantités deau
liquide à sa surface. Cette eau a aujourdhui disparu,
lactivité volcanique semble avoir cessé, et
seule lérosion éolienne continue à
modifier superficiellement laspect de la surface martienne.
En dehors des grands épanchements
volcaniques qui recouvrent la plus grande partie des plaines de
lhémisphère Nord, les deux principales concentrations
volcaniques de la planète se situent dans la région
du dôme de Tharsis et dans celle dElysium Planitia.
Le dôme de Tharsis supporte les édifices volcaniques
parmi les plus importants de Mars, la chaîne des Tharsis
Montes et le volcan géant Olympus Mons. Cette région
est caractérisée par une assez forte corrélation
entre la topographie et la gravité. Il y aurait donc une
bonne compensation isostatique des reliefs volcaniques sous le
dôme de Tharsis, où la croûte pourrait atteindre
130 kilomètres dépaisseur. Les édifices
des Tharsis Montes atteignent à leurs bases des diamètres
de 350 à 400 kilomètres; le volcan Olympus Mons,
situé à 1 600 kilomètres au nord-ouest du
dôme de Tharsis, a un diamètre de 550 kilomètres.
Leur altitude moyenne varie entre 24 et 27 kilomètres et
leurs sommets sont occupés par des caldeiras de grande
taille qui peuvent atteindre de 110 à 220 kilomètres
de diamètre et de 3 à 4 kilomètres de profondeur.
Ces volcans présentent la morphologie caractéristique
des volcans «boucliers», cest-à-dire
de grands cônes à pentes douces, semblables aux volcans
hawaiiens sur la Terre. Ils sont aussi caractérisés
par la relative «jeunesse» (quelques centaines de
millions dannées) de leurs surfaces. En outre, certains
dentre eux montrent des coulées récentes,
émises probablement le long de fractures sur les flancs
des édifices. Ces volcans se seraient dabord formés
par laccumulation de coulées basaltiques. Après
leur édification, les émissions volcaniques se sont
concentrées le long de fractures orientées essentiellement
nord-est sud-ouest, direction correspondant à lalignement
des trois volcans des Tharsis Montes. Dans le cas du volcan Elysium
Mons, il est moins évident quil ait été
construit uniquement à partir de coulées basaltiques;
il pourrait résulter de laccumulation de cendres
et de scories.
Certains de ces volcans sont entourés par un escarpement
basal de plusieurs kilomètres daltitude ayant probablement
une origine structurale, ou par un anneau de failles et de fractures.
Ces structures pourraient résulter de la déformation
de la croûte (flexure) sous leffet de la surcharge
provoquée par le poids du volcan.
En dehors des volcans géants de la région de Tharsis
et dElysium, il existe dans ces deux régions des
volcans de taille beaucoup plus réduite (de 60 à
180 km de diamètre). Ils ont également des formes
de boucliers, mais avec des pentes beaucoup plus prononcées
que celles des volcans géants. Leurs flancs sont souvent
ravinés par des chenaux de quelques centaines de mètres
de largeur dont lorigine a été attribuée
à des processus de nuées ardentes ou déruptions
phréatiques provoquées par linteraction entre
le magma et leau ou la glace présente dans la croûte
martienne. Il existe aussi des formes beaucoup plus anciennes
ou beaucoup plus petites (diamètres inférieurs à
5 km). Les volcans les plus anciens sont surtout situés
dans lhémisphère Sud, et leur morphologie
fortement érodée semble indiquer un matériel
assez friable, semblable à des cendres. Les volcans les
plus petits correspondent surtout à des cônes alignés
sur des grandes failles, et sont situés à la périphérie
des dômes de Tharsis et dElysium. En dépit
de la relative jeunesse de leurs surfaces, les volcans martiens
sont probablement anciens. Lactivité volcanique de
la région de Tharsis pourrait remonter à plus de
3 milliards dannées, et sêtre achevée
il y a 800 millions dannées environ.
Le dôme de Tharsis a
joué un rôle majeur dans lévolution
géologique de Mars. Non seulement il supporte les plus
grands volcans de la planète, mais il est aussi entouré
par un grand système de failles orientées radialement
par rapport à son centre. Ces failles affectent presque
entièrement un hémisphère: certaines dentre
elles sétendent jusquà 4 000 kilomètres
du centre du dôme. Dans lensemble, ces failles sont
de type normal et bordent des grabens. Il sagit donc de
structures résultant de mouvements dextension de
la croûte martienne.
Quelques failles décrochantes et des rides compressives
ont aussi été observées. Les failles décrochantes
sont bien moins nombreuses que les failles normales, et sont surtout
concentrées sur le versant sud-est du dôme de Tharsis.
Les rides sont plus nombreuses, et surtout localisées dans
les terrains cratérisés de lhémisphère
Sud, mais leur origine tectonique nest pas unanimement reconnue.
En effet, ces rides peuvent être comparées dans une
large mesure aux rides lunaires (produites par des mouvements
compressifs de réajustement des fonds de bassins sous la
surcharge des formations volcaniques), ou aux rides de Mercure
engendrées par la rétraction générale
de la planète lors de son refroidissement et par limpact
de gros météorites. Toutefois, les rides martiennes
pourraient avoir dautres origines: tectonique compressive
régionale ou locale, ou effets secondaires dimpacts
météoritiques. Quelle que soit lorigine de
ces rides, même si une large partie dentre elles peut
être considérée comme le résultat de
mouvements tectoniques compressifs, aucune de ces structures ne
peut être assimilée aux grandes structures compressives
terrestres qui résultent de la tectonique des plaques.
Dune manière plus générale, la tectonique
martienne ne présente pas les caractères «morphologiques»
de la tectonique des plaques terrestre, comme les zones douverture
ou de collision. Lépaisseur de la croûte martienne
pourrait être lune des causes principales de labsence
de tectonique des plaques sur cette planète.
Lessentiel de la tectonique martienne semble lié
à lexistence du dôme de Tharsis, dont lévolution
structurale a largement affecté la planète. Cette
évolution structurale se serait déroulée
au cours de quatre grandes phases tectoniques qui sont probablement
contemporaines des différentes grandes périodes
dactivité volcanique. Les trois premières
phases ont produit de grands réseaux de structures extensives
orientées nord-nord-est - sud-sud-ouest, nord-sud et est-ouest.
La dernière phase a réactivé ces structures
et a engendré des systèmes de failles normales concentriques
aux grands volcans. Cest probablement au cours de la troisième
phase que le canyon équatorial, Valles Marineris, sest
formé, par louverture de failles normales orientées
est-ouest.
Différents modèles ont été proposés
pour expliquer le soulèvement du dôme de Tharsis.
Celui-ci serait dû à une anomalie thermique, chimique
ou dynamique de la croûte, ou à la présence
dune cellule convective dans le manteau. Le bombement lithosphérique
résultant aurait entraîné la fracturation
de la croûte suivant un système de grabens et de
failles normales radiales. Cette fracturation aurait été
accompagnée dune importante activité volcanique,
et cest à la fin de cette période dactivité
volcanique que les volcans géants se seraient formés.
Le dôme de Tharsis se serait édifié à
partir daccumulations volcaniques, et la plupart des structures
tectoniques récentes seraient dues à la réponse
élastique de la lithosphère à la surcharge
produite par les formations volcaniques.
Le canyon équatorial
de Mars, Valles Marineris, est une des conséquences les
plus spectaculaires de la tectonique extensive induite par la
formation du dôme de Tharsis. Ce canyon est en réalité
un système complexe, constitué par trois grands
ensembles: la région de Noctis Labyrinthus, à louest,
le canyon proprement dit, au centre, une vaste dépression
encombrée par des chaos gigantesques, à lest.
La région de Noctis Labyrinthus, située presque
au sommet du dôme de Tharsis, est constituée par
un réseau de vallées très encaissées
qui découpent la région en une mosaïque de
petits plateaux polygonaux. Ces vallées se présentent
soit sous la forme de dépressions rectilignes, soit sous
celle dalignements de dépressions circulaires. Dans
les deux cas, elles sont alignées sur un réseau
de failles qui a été agrandi par effondrement ou
sapement des versants. La fonte de la glace contenue dans le sous-sol
ou des processus violents de dégazage de la croûte
(sous leffet du volcanisme régional) pourraient être
à lorigine de lérosion de ces vallées.
Le canyon proprement dit est constitué par plusieurs vallées
parallèles, orientées est-ouest, et sétendant
chacune sur 300 à 1 000 kilomètres de longueur.
Ces vallées, larges de 50 à 100 kilomètres,
sont bordées par des versants assez escarpés, dont
la partie supérieure laisse entrevoir une coupe des séries
volcaniques constituant le plateau entaillé par le canyon,
et dont la partie inférieure est recouverte par de nombreuses
accumulations de matériaux ayant glissé vers le
fond. La morphologie des versants et des pentes du canyon résulte
de plusieurs types de processus dérosions: effondrements
le long de plans de failles ou de fractures, glissements de terrain
lents et progressifs. Ces différents processus semblent
résulter de plusieurs facteurs géologiques (différence
de nature des terrains, teneur en eau ou en glace du sous-sol)
et climatiques (différences dinsolation, variations
de température). Le ruissellement pourrait également
avoir contribué à lérosion des versants,
au déblaiement du fond du canyon et à laccumulation
des débris dans la partie terminale du canyon. Lactivité
volcanique régionale pourrait avoir joué un rôle
déterminant dans cette évolution, en provoquant
soit la fonte de la glace du sous-sol et, par conséquent,
la liquéfaction des matériaux, soit leur dessiccation
par dégazage le long des plans de fracture. Ces processus
ont pu être accentués par des variations climatiques
saisonnières ou cycliques.
Les deux sondes datterrissage
qui se sont posées à la surface de Mars en 1976
(mission Viking de la N.A.S.A.) ont pu observer le paysage, et
analyser grossièrement quelques échantillons du
sol. La nature exacte des roches martiennes na pu être
déterminée. Lobservation de leurs couleurs,
de leurs formes et de leurs textures apparentes semble indiquer
que ces roches pourraient être de nature volcanique. Toutefois,
certaines dentre elles pourraient correspondre à
des brèches produites par des impacts météoritiques.
Les analyses chimiques ont fourni quelques indications sur la
minéralogie possible du sol martien. Les roches martiennes
analysées sont riches en magnésium, en fer et en
calcium, pauvres en potassium, en silicium et en aluminium. De
plus, le sol contient dimportantes quantités de minéraux
magnétiques. Ces analyses pourraient avoir mis en évidence
la présence dargiles riches en fer avec des quantités
mineures de sulfates, de carbonates et doxydes. Une telle
composition serait cohérente avec des processus daltération
des roches volcaniques par leau, dans des conditions climatiques
assez différentes de celles qui règnent actuellement
sur Mars.
Les terrains très cratérisés
situés au sud de la dissymétrie hémisphérique
présentent dimportants réseaux de chenaux.
Ces réseaux sétendent sur plusieurs centaines
de kilomètres de longueur et présentent des similitudes
morphologiques avec les systèmes fluviatiles terrestres.
Lexistence de ces chenaux implique nécessairement
lécoulement dun fluide à la surface
de la planète. Étant donné les similitudes
morphologiques existant entre les chenaux martiens et les systèmes
fluviatiles terrestres, leau paraît être le
fluide le plus plausible. Lorigine de cette eau et ses différents
modes découlement à la surface de Mars demeurent
encore très controversés. Trois principaux types
de processus ont été proposés: le creusement
et lélargissement des chenaux par laction lente
et régulière dune eau courante; lérosion
provoquée par des crues catastrophiques résultant
de la fonte de glaciers, libérant brutalement de grandes
quantités deau; la liquéfaction soudaine de
matériaux gelés, par réchauffement du sol
sous leffet de changements climatiques, de lactivité
volcanique ou de limpact de gros météorites.
Quels que soient les processus invoqués, leau semble
avoir joué un rôle important, tôt dans lhistoire
de la planète. En revanche, labsence actuelle deau
à létat liquide à la surface de Mars
pose le double problème des causes de sa disparition et
de sa localisation actuelle (dans latmosphère, ou
dans le sol, ou dans les calottes glaciaires?).
Latmosphère martienne, composée essentiellement
de dioxyde de carbone (95,32 p. 100), est très pauvre en
vapeur deau (0,03 p. 100). Si les conditions physiques étaient
réunies pour que cette vapeur deau puisse se condenser,
la surface ne serait recouverte que par une mince pellicule deau
de 0,01 mm dépaisseur, ce qui représente une
quantité très insuffisante pour expliquer les réseaux
fluviatiles observés. On estime aujourdhui que la
quantité deau ayant existé à létat
liquide sur Mars correspondrait à une couche de 160 à
200 mètres dépaisseur si elle était
uniformément répartie à la surface de la
planète.
Les calottes glaciaires contiendraient actuellement environ dix
mille fois plus deau que latmosphère. Si ces
calottes fondaient, leau quelles libéreraient
ne recouvrirait uniformément la surface que sur 10 à
13 mètres dépaisseur! Il faut donc admettre
quune grande partie de leau martienne se trouve aujourdhui
concentrée dans le sol, en partie sous forme associée
à des phases minéralogiques hydratées, en
partie à létat deau interstitielle gelée
à quelque profondeur.
Certaines régions de la planète sont encombrées
par dénormes accumulations de gros blocs formant
de gigantesques chaos. Ces chaos pourraient résulter deffondrements
de la surface lors de la fonte de la glace contenue dans le sol.
De même, de nombreuses dépressions circulaires alignées
sur des failles pourraient être dues au même processus
deffondrement, à la faveur du réchauffement
du sol gelé. On observe aussi des réseaux polygonaux
ressemblant aux systèmes de fentes polygonales observées
dans les régions périglaciaires terrestres. Ces
réseaux peuvent atteindre des dimensions de 2 à
20 kilomètres. Sur Mars, de tels réseaux polygonaux
pourraient résulter de cycles climatiques dune période
de cent mille à un million dannées. De nombreuses
formes dérosion (ravinement, effondrements) et daccumulations
(éboulis, glissements en masse) observées sur les
versants des vallées encaissées de Mars, et en particulier
sur ceux du canyon équatorial, Valles Marineris, pourraient
également résulter de la liquéfaction du
sol, par fonte de la glace du sol lors de périodes de réchauffement.
Malgré toutes les incertitudes
et les nombreuses inconnues de la géologie martienne, on
peut établir sommairement un «scénario»
de lhistoire et de lévolution géologiques
de Mars. Mars sest formé par accrétion, il
y a 4,5 milliards dannées, en même temps que
les autres planètes du système solaire. Après
sa formation, lintérieur de la planète sest
différencié pour former un noyau, un manteau et
une croûte. Pendant le premier milliard dannées
de son existence, le flux du bombardement météoritique
a décru progressivement pour atteindre un taux relativement
constant depuis 3,5 milliards dannées. Cest
pendant cette première période que les terrains
fortement cratérisés de lhémisphère
Sud se seraient formés (les terrains les plus anciens auraient
un âge approximatif de 4,2 milliards dannées).
Après la fin du bombardement météoritique
général, vers 3,5 milliards dannées,
le dôme de Tharsis commença à se former, en
créant un premier système de grandes failles radiales.
Cest également à cette époque que se
situerait lérosion «fluviatile» des terrains
anciens de lhémisphère Sud. Une atmosphère
plus dense que latmosphère actuelle, entretenue par
un fort dégazage de la planète, serait à
lorigine des fortes précipitations qui ont entraîné
cette érosion. Par la suite, labaissement progressif
de la température aurait entraîné la formation
de glace, en particulier dans le sol. La fonte brutale et localisée
de cette glace, peut-être sous leffet de lactivité
volcanique, aurait provoqué ultérieurement des inondations
catastrophiques, et la liquéfaction des terrains superficiels,
en particulier sur les bords des vallées et des canyons.
Après cette période, laccroissement de lactivité
volcanique dans les régions de Tharsis et dElysium
produisit dimportants épanchements volcaniques qui
ont recouvert la majeure partie des plaines de lhémisphère
Nord. Le soulèvement continu du dôme de Tharsis entraîna
une nouvelle fracturation de ces terrains et louverture
du système de canyons de Valles Marineris qui seront ensuite
agrandis par lérosion. Finalement (entre 1 et 2 milliards
dannées) sédifient les volcans de la
chaîne des Tharsis Montes et Olympus Mons. Ces volcans ont
probablement eu une activité qui sest poursuivie
jusquà il y a environ huit cents millions dannées.
Depuis lors, il semble que lactivité géologique
martienne ait pratiquement cessé. Seules lactivité
éolienne et les variations climatiques ont contribué
à modifier superficiellement la surface martienne, en remaniant
et en transportant les matériaux les plus fins pour les
accumuler sous forme de dunes dans les régions circumpolaires
nord, et sous forme de dépôts interstratifiés
dans les calottes glaciaires. Aujourdhui, la planète
Mars serait géologiquement inactive: aucune éruption
volcanique na été constatée, mais nous
ignorons sil existe ou non une activité sismique.
À linstar des
corps dépourvus datmosphère et dactivité
géologique, les surfaces de Phobos et Deimos sont saturées
de cratères et couvertes dun régolite. Dans
le cas de Phobos, lépaisseur du régolite pourrait
atteindre 300 mètres environ. Sur Phobos, le cratère
Stickney a près de 10 kilomètres de diamètre;
sur Deimos, le plus gros cratère a 3 kilomètres
de diamètre. Bien quapparemment semblables vues de
loin, les images à haute résolution obtenues par
les sondes spatiales Viking montrent que les surfaces de Phobos
et Deimos sont très différentes. À léchelle
de quelques centaines de mètres, la surface de Phobos est
homogène tandis que celle de Deimos est parsemée
de taches environ 30 p. 100 plus brillantes que lenvironnement.
Contrairement à Deimos, Phobos est parcouru par un système
de longues stries parallèles, interprétées
par certains chercheurs comme étant des fissures produites
par les forces de marées de la planète, par dautres
comme les fractures consécutives à limpact
qui a créé le cratère Stickney.
Les surfaces de Phobos et de Deimos sont très sombres;
leurs pouvoirs réflecteurs sont très faibles: moins
de 6 p. 100 de la lumière visible provenant du Soleil est
réfléchie. La densité de Phobos est de lordre
de 2 (tabl. 3). Celle de Deimos doit être du même
ordre de grandeur. La faible densité de Phobos suggère
quil doit être constitué dun matériau
riche en éléments légers et en eau (?), semblable
à celui qui constitue les météorites de type
C (chondrites carbonées).
La différence spectaculaire de composition chimique des
surfaces de Mars et de ses satellites rend peu probable la formation
de ces derniers en même temps que la planète. Il
semblerait plutôt que Phobos et Deimos se soient formés
dans la partie extérieure de la ceinture des astéroïdes,
puis quils aient été capturés ultérieurement
par Mars. La mission soviétique Phobos (1989), en réalisant
une observation rapprochée du satellite (à 50 m
de distance!) et létude de la composition chimique
de la surface, aurait peut-être permis de confirmer cette
hypothèse. Cette mission na malheureusement pu être
menée à son terme.
Latmosphère de
Mars diffère de latmosphère terrestre tout
dabord par sa composition chimique: le dioxyde de carbone
CO2 en est le constituant majeur (95,32 p. 100). La découverte
de ce dioxyde de carbone par spectroscopie infrarouge, depuis
la Terre, de la lumière solaire réfléchie
par le sol martien remonte à 1947, mais cest en 1964
que fut réalisée par cette méthode la première
estimation quantitative, révélant une pression atmosphérique
faible (moins de 15 hPa à la surface). La mesure du déphasage
du signal radio émis par les sondes américaines
Mariner lors de leurs passages derrière le disque martien
(technique doccultation radio utilisée à partir
de 1965 sur Mariner-4) confirma, en la précisant, la faible
valeur de la pression (6 hPa) et montra, par comparaison avec
les mesures spectroscopiques sur le dioxyde de carbone, que ce
dernier était le constituant essentiel de latmosphère
de Mars. On connaît maintenant les abondances relatives
des autres constituants: 2,7 p. 100 dazote N2, 1,6 p. 100
dargon Ar, 0,13 p. 100 doxygène O2 et 0,07
p. 100 de monoxyde de carbone CO.
La vapeur deau a été mesurée et cartographiée
par spectrométrie infrarouge par les sondes orbitales américaines
Viking en 1976 (fig. 2). La quantité précipitable
est extrêmement variable, atteignant une centaine de micromètres
(soit un rapport de mélange de 0,2 p. 100) au-dessus du
pôle Nord en été, et inférieure à
10 micromètres aux latitudes moyennes. La très faible
concentration de la vapeur deau est liée à
la ténuité de latmosphère martienne.
Le point triple de leau a en effet pour coordonnées
la température 0 0C et la pression 6,1 hPa, soit à
peu près la pression atmosphérique à la surface.
La pression partielle de leau étant inférieure
à 1 hectopascal, leau ne peut exister sur Mars que
sous forme de vapeur ou de glace. Entre 100 0C et
50 0C, dans une gamme de température tout à fait
représentative des conditions moyennes régnant dans
latmosphère de Mars, la pression de vapeur saturante
varie de plusieurs ordres de grandeur (de 103 à 102
micromètres précipitables). Le degré dhumidité
dépend donc fortement de la température. À
70 0C, température moyenne à la surface durant
lautomne, la plus grande partie de la vapeur deau
est sous forme condensée (givre).
Jusquà la mise en évidence, au milieu des
années soixante, de latmosphère ténue
de CO2, on pensait, sur la base danalyses spectroscopiques
et détudes de la polarisation de la lumière
solaire réfléchie par Mars, que la pression était
plus élevée (de 100 à 250 hPa, soit le quart
de la pression terrestre, qui est de 1 013 hPa) et que lazote
N2 était lélément prépondérant.
Les mesures atmosphériques des sondes Mariner à
partir de 1965, ainsi que lobtention de nombreuses photographies
du sol, mirent brutalement fin aux spéculations sur la
possibilité dune forme de vie évoluée
sur Mars.
Contrairement au cas de la Terre, il existe peu dozone O3
dans latmosphère de Mars (moins dune molécule
par million), à cause de la faible abondance de loxygène
O2; lozone ne joue donc pas un rôle prépondérant
dans le bilan thermique de latmosphère martienne.
En revanche, étant aisément détectable, même
en quantité infime, grâce à son continuum
dabsorption par photodissociation dans lultraviolet,
il présente un grand intérêt pour la compréhension
des processus photochimiques, dont linfluence sur la composition
chimique de latmosphère est déterminante.
La présence deau, donc datomes dhydrogène
en nombres impairs (OH, HO2), inhibe en effet la formation de
O3 en détruisant loxygène atomique O, source
de O3. H2O et O3 sexcluent donc mutuellement, lozone
étant détruit au-dessous de 20 kilomètres
daltitude en atmosphère humide, avec formation dune
couche dozone vers 25 ou 30 kilomètres daltitude.
Toutefois, il ne sagit encore que dune hypothèse
et lobservation de lozone martien doit constituer
un des objectifs essentiels des expériences atmosphériques
des prochaines missions vers Mars.
On trouve également de lhydrogène atomique,
provenant de la photodissociation de H2O par le rayonnement ultraviolet
solaire; cet hydrogène atomique séchappe facilement
de latmosphère, du simple fait de sa vitesse thermique
et du faible champ gravitationnel martien. La comparaison des
abondances relatives de lhydrogène et du deutérium
est dun grand intérêt. Latome de deutérium
D est plus lourd et séchappe moins facilement que
latome H, et la mesure du rapport D/H fournit une estimation
de la quantité dhydrogène perdue par latmosphère
depuis sa formation, donc de la quantité deau initialement
présente sur Mars. La détection de HDO dans linfrarouge
depuis la Terre semble indiquer un fort enrichissement en deutérium,
avec la possibilité quil y ait eu par le passé
beaucoup plus deau que maintenant. Dautres traceurs
importants de lévolution de latmosphère
sont les abondances et les rapports isotopiques des gaz rares.
Excepté largon, leurs abondances sont extrêmement
faibles, de lordre dun atome par million (néon,
krypton) ou même inférieure (xénon).
Les mesures de composition chimique, de pression et de température
de latmosphère (fig. 3) ne sont pour linstant
quimparfaitement interprétées. Une caractéristique
essentielle est la faible masse de gaz au-dessus du sol martien.
Latmosphère étant peu dense et extrêmement
sèche, elle est quasi transparente au rayonnement thermique
infrarouge du sol et leffet de serre est faible, la température
à laquelle la planète rayonne lénergie
de la lumière solaire absorbée ( 56 0C) nétant
inférieure à la température moyenne de surface
que de 3 0C. La surface est chauffée directement par le
rayonnement solaire, ce qui se traduit par des variations diurnes
de la température au sol importantes (supérieures
à 50 0C), sensibles jusquà une altitude de
lordre de 1 kilomètre, niveau à partir duquel
la température ne fluctue plus que de 10 0C environ au
cours de la journée. 15 p. 100 du rayonnement thermique
du sol est absorbé et réémis dans la bande
du dioxyde de carbone à 15 micromètres de longueur
donde; ce phénomène détermine la structure
thermique de la basse et moyenne atmosphère, lopacité
due aux poussières, qui chauffent latmosphère
par absorption de la lumière solaire, pouvant également
jouer un rôle important dans le bilan thermique. Une autre
conséquence de la faible masse de gaz est la photodissociation
du dioxyde de carbone en CO et O par le rayonnement ultraviolet
solaire sur toute la hauteur de latmosphère, jusquau
sol aux longueurs donde voisines de 200 nanomètres,
valeur correspondant à lénergie minimale de
dissociation de CO2, O reformant ensuite O2. Les rapports de mélange
de CO et O2 devraient donc évoluer rapidement, à
léchelle de quelques années, vers une valeur
très supérieure à celle qui est observée
(0,1 p. 100). On pense que cette évolution est inhibée
par laction du radical OH sur CO, capable de reformer rapidement
CO2 à condition que la vapeur deau (source de OH)
soit présente en quantité suffisante. Labondance
de la vapeur deau étant extrêmement sensible
à la température, elle-même reliée
à linsolation (donc à la saison et à
la latitude) ainsi quaux abondances du dioxyde de carbone
et de la poussière, la question de la stabilité
de cette atmosphère de dioxyde de carbone ne peut être
résolue que par une meilleure compréhension des
cycles du dioxyde de carbone, de la vapeur deau et de la
poussière.
Lobservation de tempêtes de poussière locales
et à léchelle planétaire, de fluctuations
annuelles de la pression de 30 p. 100 environ liées à
la condensation alternée de dioxyde de carbone sur chacune
des calottes polaires (fig. 4), de brouillards de rayonnement
de terrain matinaux indiquant des dépôts de givre
durant la nuit, ainsi que la possibilité de nappes glaciaires
souterraines aux latitudes supérieures à 450 (équivalent
des pergélisols terrestres) sont autant déléments
qui suggèrent lexistence déchanges intenses
entre le sol et latmosphère. Les mécanismes
régissant ces échanges sont une composante essentielle
de la dynamique de latmosphère martienne.
Bien que le climat de Mars puisse être comparé à
celui de la Terre par certains aspects, par exemple sa circulation
atmosphérique globale avec des vents alizés en régions
intertropicales et un système de cyclones et danticyclones
(hautes et basses pressions) aux latitudes moyennes, les conditions
climatiques martiennes sont très différentes des
conditions terrestres (fig. 5). La relative similitude des systèmes
de vents, caractérisés par le transport méridien
(de léquateur vers les pôles) de lénergie
reçue du Soleil, tient à plusieurs facteurs: valeurs
comparables des inclinaisons des plans équatoriaux sur
les plans orbitaux (240 pour Mars, 23,50 pour la Terre) et des
périodes de rotation, la durée du jour martien nexcédant
que de 40 minutes celle du jour terrestre; transparence des atmosphères
au rayonnement solaire, celles-ci étant donc chauffées
par leur base. Cependant, labsence docéans
sur Mars rend le régime thermique plus contrasté
suivant la saison. Sur la Terre, linertie thermique des
océans limite lexcursion en latitude du point le
plus chaud, qui ne suit que partiellement le point subsolaire
au cours de lannée. La réponse du sol martien
est en revanche très rapide et lintensité
(peut-être même la structure en région intertropicale)
de la circulation générale hautement variable avec
la saison. Il faut noter également la plus grande régularité
du climat martien, avec passage de tempêtes tous les deux
à quatre jours sur les sites datterrissage des stations
automatiques Viking, régularité qui est peut-être
attribuable au fait que le dioxyde de carbone, principal constituant
de latmosphère martienne, absorbe et réémet
le rayonnement thermique du sol contrairement à
lazote terrestre, radiativement inerte , amortissant
ainsi les perturbations de température causées par
les tempêtes.
Une importante source de différence entre les dynamiques
atmosphériques des deux planètes réside dans
lexcentricité relativement élevée de
lorbite martienne (0,09), linsolation au périhélie
(solstice dété sud) dépassant de 45
p. 100 environ linsolation à laphélie
(solstice dété nord), la valeur correspondante
pour la Terre nétant que de 3 p. 100. Ainsi, lété
dans lhémisphère Sud est plus chaud (la planète
se trouvant plus près du Soleil) et plus long de 24 jours
martiens (lannée martienne est de 669 jours martiens,
soit 687 jours terrestres; tabl. 1 et 2) que dans lhémisphère
Nord. Avec larrivée de lautomne dans lhémisphère
Nord, la température au pôle Nord tombe au-dessous
de 123 0C (température de condensation du dioxyde
de carbone), avec formation dune calotte) de glace de dioxyde
de carbone qui atteindra 500 de latitude nord. Lhiver de
lhémisphère Sud, long et froid, se termine
alors, et la calotte sud, qui avait atteint 450 de latitude sud,
régresse rapidement par sublimation de la glace de dioxyde
de carbone. Il est dailleurs possible que la calotte sud
ne se résorbe pas complètement durant lété
certaines années, comme semble lindiquer labsence
quasi totale de vapeur deau dans lhémisphère
Sud durant toute la durée de la mission Viking (fig. 2).
Au contact de la glace de dioxyde de carbone, très froide,
la vapeur deau se condense et gèle, la calotte jouant
donc le rôle de puits de chaleur. Le fort gradient de température
entre le front de glace de la calotte sud en régression
rapide et le sol chauffé par le soleil de printemps induit
des vents violents qui soulèvent de grandes quantités
de poussière. La poussière, absorbant le rayonnement
solaire, chauffe latmosphère et accentue les gradients
thermiques, intensifiant les vents qui, en un temps relativement
court (de lordre de une semaine), conduisent et diffusent
la poussière jusquà léquateur
puis lhémisphère Nord; la planète peut
même être, dans un stade ultime, entièrement
recouverte dun nuage de poussière sélevant
jusquà 50 kilomètres daltitude. Le phénomène
sapaise de lui-même lorsque la quantité de
poussière est suffisante pour faire écran au rayonnement
solaire, avec refroidissement des basses couches de latmosphère.
La condensation du dioxyde de carbone et de la vapeur deau
saccompagne de précipitations de poussière,
notamment sur les calottes polaires. Ces flux entraînent
des variations périodiques des propriétés
optiques de latmosphère, longtemps interprétées
comme la manifestation dune végétation soumise
au rythme des saisons. Les tempêtes globales se produisant
à la fin de lautomne de lhémisphère
Nord, on peut penser que la calotte nord incorpore davantage de
poussière que la calotte sud. Étant plus sombre,
elle absorbe plus dénergie solaire et se sublime
rapidement au début de lété, contrairement
à la calotte sud, contenant moins de poussière,
donc plus claire, et qui pourrait ainsi, au moins certaines années,
ne pas se sublimer entièrement.
La météorologie martienne donne également
lieu à la formation de nuages. En hiver, on observe au-dessus
du pôle Nord un voile de brumes composées de particules
de glace deau et de poussière en forme de coiffe.
Ce phénomène existe aussi, mais à un moindre
degré, au-dessus du pôle Sud. Ces coiffes polaires
peuvent sétendre jusquaux latitudes moyennes
(400 pour la coiffe nord). Dans certaines conditions, lorsque
la température atmosphérique descend au-dessous
de 120 0C, il peut apparaître de la même façon
des brumes de glace de dioxyde de carbone. Lété,
des nuages blancs, se développant principalement au cours
de laprès-midi, recouvrent les régions de
haut relief. Ces nuages très fins, situés à
haute altitude, quelques kilomètres au-dessus des volcans
de la région de Tharsis dont Olympus Mons, culminant
à 27 kilomètres , sont probablement dorigine
orographique: lair chaud, sélevant le long
des pentes des volcans, se refroidit avec condensation de la vapeur
deau quil contient. Le système de nuages martien
est cependant beaucoup moins développé et structuré
que le système terrestre.
Une question essentielle se pose: pourquoi les atmosphères
de Mars et de la Terre sont-elles si différentes? Ces deux
planètes se sont formées à des distances
voisines du centre de la nébuleuse primitive et leurs atmosphères
initiales doivent avoir été comparables, constituées
essentiellement de vapeur deau, de dioxyde de carbone et
dazote. La plus grande partie de leau terrestre est
dans les océans. La faible quantité de dioxyde de
carbone dans latmosphère terrestre sexplique
par laction des pluies, qui favorise son incorporation à
la roche terrestre sous forme de carbonate de calcium se déposant
au fond des océans. Le recyclage du dioxyde de carbone
dans latmosphère est assuré par lactivité
tectonique et volcanique. Mars étant environ deux fois
plus petit que la Terre, soit huit fois moins massif, sa source
de chaleur interne est probablement beaucoup plus faible, ce qui
explique labsence apparente de tectonique des plaques et
un volcanisme peu actif. Le fait que Mars soit plus éloigné
du Soleil que la Terre (donc plus froid car recevant moins dénergie
solaire), couplé à un ralentissement précoce
de lactivité volcanique inhibant le recyclage du
dioxyde de carbone et empêchant le maintien dun effet
de serre durable (+ 33 0C sur la Terre pour à peine + 3
0C sur Mars à lheure actuelle), explique peut-être
la disparition de leau liquide, dont la morphologie du sol
martien établit lexistence indubitable dans un passé
reculé (4 milliards dannées). Une partie de
cette eau aurait disparu, décomposée par le flux
ultraviolet solaire, lhydrogène atomique séchappant
à mesure de latmosphère. Lautre partie
serait actuellement contenue sous forme de glace dans les calottes
et dans un éventuel pergélisol. La raréfaction
progressive du dioxyde de carbone, se transformant en carbonate,
et léchappement de lazote N2 par ionisation
et recombinaison dissociative avec formation de deux atomes dazote
suffisamment énergétiques pour échapper au
faible champ gravitationnel martien expliqueraient la très
faible valeur actuelle de la pression. Si ce «scénario»
est correct, la petite taille de Mars comparée à
celle de la Terre a eu au moins autant dinfluence sur lévolution
très divergente de latmosphère martienne que
sa position à plus grande distance du Soleil.