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Gravitant à environ 4,5 milliards de kilomètres
du Soleil sur une orbite quasi circulaire, Neptune met cent soixante-cinq
ans pour accomplir une révolution. Son plan équatorial
est incliné de près de 30 degrés par rapport
au plan de son orbite. Bien que trois fois plus petit que Jupiter,
Neptune est une planète géante qui est composée
à 99 p. 100 dhydrogène et dhélium.
Avec un diamètre de 49 520 kilomètres, Neptune est
à peine plus petit quUranus. Cependant, sa masse
est légèrement supérieure, de lordre
de 17,2 fois celle de la Terre (contre 14,5 fois pour Uranus),
ce qui lui confère la masse volumique moyenne la plus élevée
des planètes géantes (1,76 g/cm3). Comme Neptune
est notablement moins massif que Jupiter ou Saturne, donc moins
«comprimé» par la gravité, il contient
une plus grande proportion déléments plus
lourds que lhydrogène et lhélium.
La découverte de Neptune eut un très grand retentissement
au XIXe siècle. Elle fait date dans lhistoire des
sciences car elle marque le triomphe de la mécanique céleste:
le calcul permettait de découvrir un corps céleste
situé à plus de 4 milliards de kilomètres
de la Terre! Dès la fin du XVIIIe siècle, les astronomes
eurent de la peine à accorder les observations dUranus
avec ses positions calculées. Alexis Bouvard, astronome
à lObservatoire de Paris, fut un des premiers à
remarquer les «irrégularités» du mouvement
dUranus. Grâce en particulier à François
Arago, lidée quun corps inconnu perturbait
son orbite se fit alors jour, et, indépendamment, lAnglais
John Couch Adams en 1843 et Urbain Jean Joseph Le Verrier en 1846
calculèrent la position et la masse de ce corps avec une
précision suffisante pour permettre sa découverte
dans la constellation du Verseau. La prédiction dAdams
fut peu exploitée: luniversité de Cambridge
ne possédait pas de cartes à jour de la constellation
du Verseau, et les collègues dAdams naidèrent
pas beaucoup ce nouveau chercheur, quils considéraient
comme trop jeune pour pouvoir faire une telle prédiction.
En revanche, le 23 septembre 1846, le jour même de la réception
dune lettre de Le Verrier, Johann Gottfried Galle découvrait
la nouvelle planète à lobservatoire de Berlin,
à moins de 1 degré de la position prédite.
Par un curieux hasard de lhistoire, deux cent trente-trois
ans auparavant, Neptune était angulairement proche de Jupiter
pendant lhiver de 1612 à 1613, et Galilée,
observant Jupiter le 28 décembre 1612 et le 22 janvier
1613, avait fait figurer Neptune sur ses croquis, pensant quil
sagissait dune étoile.
Objet de huitième magnitude, donc invisible à lil
nu, Neptune se présente au télescope comme un disque
bleu-vert dun diamètre apparent de lordre de
2 secondes dangle; on discerne très difficilement
quelques marques dans son atmosphère.

Avant lère spatiale, deux satellites seulement étaient
connus: Triton et Néréide. Par ailleurs, en observant
des occultations détoiles par Neptune à partir
dobservatoires différents, des chercheurs français
et américains avaient, dès 1984 et 1985, simultanément
détecté au moins deux «arcs» de matière
autour de la planète.
Mais lessentiel de nos connaissances sur Neptune, son environnement,
ses satellites et ses anneaux proviennent des observations effectuées
par la sonde Voyager-2 en 1989. Initialement conçue pour
explorer Jupiter et Saturne, cette sonde avait été
améliorée et réparée à distance
afin daller étudier Uranus et Neptune. La découverte
du monde de Neptune savérait toutefois très
délicate pour deux raisons: les anneaux ainsi que les satellites
sont intrinsèquement très sombres, et lintensité
du rayonnement solaire est neuf cents fois plus faible au niveau
de lorbite neptunienne que près de la Terre. Il nétait
donc pas a priori évident de prendre des images à
partir dune sonde qui, de surcroît, devait survoler
le système de Neptune, les 25 et 26 août, à
plus de 27 kilomètres par seconde. Les ingénieurs
ont cependant réussi à programmer les mouvements
de Voyager-2 de manière à compenser leffet
de bougé pendant les prises de vue. En quelques jours,
la sonde a recueilli plusieurs milliers dimages et de spectres
ainsi que des millions de mesures radio, magnétiques, de
flux de particules, etc. Elle a mis en évidence six nouveaux
satellites, un système danneaux complets et a révélé
la complexité de latmosphère neptunienne,
beaucoup plus animée quil nétait prévu
pour un corps aussi froid. La plus grande surprise a certainement
été provoquée par les images de Triton, qui
ont montré un satellite à lhistoire géologique
complexe et présentant encore des traces dactivité.
Lexistence de vents violents, la persistance de grandes
structures ovales, sortes dimmenses tourbillons, ainsi que
la grande variabilité de marques plus petites étaient
totalement inattendues pour une atmosphère qui reçoit
du Soleil vingt fois moins dénergie que Jupiter,
ou encore trois cent cinquante fois moins dénergie
que la Terre. Les grandes structures proches de léquateur
se déplacent à une vitesse de 325 mètres
par seconde par rapport à lintérieur de Neptune
tandis que de petites structures se meuvent deux fois plus vite.
Avec Saturne, Neptune est la planète qui connaît
les vents les plus rapides du système solaire. Comme dans
le cas dUranus et contrairement à Jupiter et à
Saturne, latmosphère de Neptune tourne moins vite
dans les zones équatoriales quaux latitudes élevées.
La haute atmosphère présente des nuages blancs et
brillants de glace de méthane au sein dune atmosphère
très claire qui surplombe une couche nuageuse contenant
des glaces dammoniac et de sulfure dhydrogène.
Pendant les six mois dapproche de la sonde, de nombreuses
structures nuageuses apparurent et disparurent en quelques heures.
Toutefois, trois dentre elles sont restées stables:
la Grande Tache sombre, la Petite Tache sombre et une troisième
tache plus claire surnommée le Scooter.
Les métamorphoses extrêmement rapides des nuages
brillants (parfois en moins de 40 minutes) ont beaucoup intrigué
les astronomes; certains ont imaginé quils seraient
en fait le sommet de cellules de convection verticales; en montant,
le gaz se condenserait en cristaux solides dans les zones froides
de latmosphère. Dautres pensent quils
correspondent aux crêtes dondes atmosphériques;
ces crêtes seraient assez élevées et froides
pour que le méthane se solidifie.
Lenvoi par Voyager-2 dondes radio à travers
latmosphère a permis de sonder cette dernière
et de compléter les observations effectuées dans
le visible, lultraviolet et linfrarouge.
Comme Uranus, Neptune possède une atmosphère réductrice,
riche en hydrogène (contrairement à la Terre, qui
possède une atmosphère oxydante, riche en oxygène);
elle contient environ 25 p. 100 dhélium et au moins
1 p. 100 de méthane. La couleur bleue de cette planète
est en grande partie due à labsorption de la lumière
rouge par le méthane. Dans la haute atmosphère,
à une pression de lordre de quelques hectopascals,
les molécules de méthane (CH4), dissociées
par le rayonnement solaire, se recombinent pour former des hydrocarbures
tels que léthane (C2H4) et lacétylène
(C2H2), qui ont été détectés par Voyager-2.
Plus bas, à un niveau de lordre de 1 300 hectopascals,
le méthane se condense en cristaux de glace. Encore plus
bas, à 3 000 hectopascals, la présence dune
couche opaque de sulfure dhydrogène (H2S) est suspectée.
Il nest pas impossible que de lammoniac (NH3) soit
aussi présent à ce niveau. Les détecteurs
infrarouges de Voyager-2 ont mesuré une température
moyenne de 214 0C (59 K). Les régions équatoriales
et polaires ont approximativement la même température;
les zones intermédiaires sont plus froides de quelques
degrés. Là où léclairement du
Soleil est maximal actuellement, cest-à-dire à
ces latitudes intermédiaires, le gaz monte et se refroidit,
comme sur Uranus. Vers léquateur et les pôles,
il redescend, est compressé et réchauffé.
Quand on fait le bilan de lénergie renvoyée
par Neptune dans lespace, on constate que la planète
émet 2,7 fois plus dénergie quelle nen
reçoit du Soleil. Lorigine de ce surplus dénergie
nest pas encore élucidée.
Huit jours avant le survol de Neptune, Voyager-2 a détecté
à intervalles réguliers des «bouffées»
dondes radio, premières manifestations du champ magnétique
de la planète. Comme celui-ci est engendré par des
courants électriques se déplaçant à
grande profondeur, les scientifiques en ont déduit une
période de rotation interne égale à lintervalle
entre deux bouffées (16 h 7 min). Neptune est légèrement
aplati du fait de sa rotation. Mesuré à un niveau
de pression de 1 000 hectopascals (la pression au niveau de la
mer sur Terre), le rayon polaire est légèrement
inférieur au rayon équatorial: 24 340 et 24 764
kilomètres, respectivement.
Neptune possède une magnétosphère. Laxe
du dipôle magnétique est incliné de 47 degrés
par rapport à laxe de rotation; de plus, il est décalé:
la source du champ magnétique nest pas localisée
dans le noyau, mais à mi-chemin entre le centre et lextérieur
de la planète. Quand Voyager-2 a survolé Neptune,
le pôle magnétique pointait à moins de 20
degrés de la direction du Soleil, et la sonde a pénétré
dans la magnétosphère de Neptune par le cornet polaire,
là où les particules du vent solaire peuvent senfoncer
profondément avant dêtre repoussées.
Cétait la première fois, à lexception
de la Terre, quune telle région polaire magnétique
était explorée par une sonde spatiale. Ces observations
sont très importantes pour mieux connaître les magnétosphères
des planètes. Celle de Neptune est la plus «vide»
du système solaire: le long de léquateur magnétique,
là où les particules chargées sont le plus
concentrées, Voyager-2 na trouvé que 1,4 proton
ou particule plus lourde par centimètre cube, soit trois
fois moins quautour dUranus et trois mille fois moins
quautour de Jupiter.
Linstrument ultraviolet a détecté une aurore
(beaucoup plus faible que celles qui ont été observées
autour des autres planètes géantes) et une légère
luminescence diffuse du côté nuit de Neptune.
Comme les autres planètes géantes,
Neptune possède des anneaux, mais ceux-ci sont très
particuliers: ils présentent en effet des arcs de matière.
La découverte de ces arcs depuis la Terre grâce à
lobservation doccultations détoiles en
1984 et 1985 a conduit à modifier le programme de Voyager-2
afin de mieux étudier lenvironnement de Neptune.
La sonde a ainsi révélé que la planète
était entourée dun système complet
danneaux ténus sertis darcs brillants .
Les astronomes se sont longtemps demandé pourquoi Saturne
semblait être la seule planète entourée danneaux.
La mise en évidence, en une décennie, danneaux
autour de Jupiter, dUranus et de Neptune a montré
que ce phénomène était naturel autour des
planètes géantes. Cependant, ces quatre systèmes
danneaux sont bien différents les uns des autres:
quil sagisse danneaux, de satellites ou de planètes,
le système solaire présente une stupéfiante
diversité daspects!
Lhistoire de la découverte des arcs de Neptune mérite
dêtre contée. Certains astronomes ont longtemps
pensé que des anneaux ne pouvaient pas exister autour de
cette planète du fait des perturbations gravitationnelles
qui sont engendrées par les deux satellites irréguliers
Triton et Néréide. Toutefois, la présence
de ces satellites «anormaux» semblait au moins indiquer
que lenvironnement de Neptune était inhabituel. Mais
il était hors de question de discerner et de photographier
depuis la Terre déventuels anneaux, tout matériau
sombre situé au voisinage immédiat dune planète
étant noyé dans la lumière de celle-ci diffusée
par un télescope. Seule lobservation doccultations
détoiles permet de détecter ce matériau
depuis le sol: lorsquune planète passe entre une
étoile et la Terre, le rayonnement stellaire est réfracté
puis absorbé par la haute atmosphère de la planète.
La variation de lindice de réfraction permet ainsi
de mesurer la température de latmosphère à
différentes profondeurs. De plus, si la planète
possède des anneaux, le rayonnement lumineux de létoile
saffaiblit juste avant et juste après loccultation
par la planète, lorsquil est masqué par de
la matière. Cest ainsi que les anneaux dUranus
ont été mis en évidence. Dans le cas de Neptune,
ce type dobservation est plus délicat car cette planète,
plus éloignée de la Terre quUranus, balaie
lentement sur la voûte céleste une surface deux fois
plus petite quUranus. Les occultations stellaires par Neptune
sont donc plus rares. Par ailleurs, les anneaux dUranus
sont actuellement vus presque de face, tandis que ceux de Neptune
sont vus pratiquement par la tranche. Toutefois, grâce à
son atmosphère riche en méthane, Neptune (comme
Uranus) est très sombre dans linfrarouge, à
2,2 micromètres de longueur donde, et ne «pollue»
pas beaucoup le signal de létoile qui disparaît
derrière les anneaux. Loccultation dune étoile,
même peu lumineuse, peut donc être facilement observée
à cette longueur donde. À titre dexemple,
une étoile typique cent fois moins lumineuse que Neptune
dans le domaine bleu du spectre est cent fois plus lumineuse à
2,2 micromètres. Dans le premier cas, un affaiblissement
de la lumière de létoile est quasi imperceptible;
dans le second cas, il est détectable. Mais tout affaiblissement
ne correspond pas forcément à la présence
danneaux: des variations rapides de labsorption de
latmosphère terrestre (présence de turbulences,
de vents, etc.), des erreurs de guidage du télescope, de
brèves fluctuations de lalimentation électrique
ou encore le passage de nuages, doiseaux ou davions
ont le même effet. On peut cependant repérer ces
interruptions parasites car elles se produisent à toutes
les longueurs donde et ne sont observées, à
un moment donné, que par un seul télescope. Il est
donc nécessaire dobserver une occultation à
différentes longueurs donde avec plusieurs télescopes.
Par ailleurs, létoile pouvant être considérée
à linfini, lespacement entre deux télescopes
correspond à un espacement identique au niveau de Neptune.
À chaque télescope correspond un trajet apparent
différent de létoile par rapport à
la planète. Plusieurs observations permettent donc de balayer
lenvironnement de la planète. Jusquà
une époque récente, on considérait quun
anneau était détecté sil existait deux
interruptions de signal correspondant aux deux intersections du
trajet apparent de létoile et de lanneau de
chaque côté de la planète. On considère
maintenant que toute détection, même unique, est
significative si elle a été perçue par au
moins deux télescopes, cela afin déliminer
les parasites.
Une occultation stellaire par Neptune est observée pour
la première fois le 7 avril 1968, depuis lAustralie.
Dix ans plus tard, après la découverte des anneaux
dUranus, certains astronomes prétendent avoir vu
létoile s«éteindre» juste
avant loccultation par la planète. Malheureusement,
ce fait navait pas été signalé à
lépoque de loccultation et les données
originales nont jamais été retrouvées.
La première campagne dobservation systématique
des parages de Neptune débute le 10 mai 1981. Le 24 mai,
deux observateurs proclament avoir détecté une occultation
secondaire avec deux télescopes distants de 6 kilomètres
en Arizona. On réalisera plus tard que, par un hasard étonnant,
ils ont en fait observé loccultation de létoile
par le satellite de Neptune Larissa (1989 N2). La plus importante
campagne dobservation est organisée le 15 juin 1983
dans tout le bassin du Pacifique. Mais, dHawaii à
lAustralie, de la Chine à la Californie, personne
nobserve la moindre occultation secondaire. Après
cet échec, seuls quelques astronomes décident de
continuer leur recherche.
Deux équipes observent loccultation du 22 juillet
1984: une équipe française animée par André
Brahic et Bruno Sicardy, à lObservatoire européen
austral, avec deux télescopes, et une équipe américaine
animée par William B. Hubbard, 100 kilomètres plus
au sud dans la cordillère des Andes, au Cerro Tololo Inter-American
Observatory. Elles détectent toutes deux une diminution
du signal de létoile de 35 p. 100 environ pendant
1,2 seconde, enregistrée avec 0,1 seconde décart
entre les télescopes des deux sites. Cette occultation
correspond à un objet de lordre de 10 kilomètres
de largeur et dau moins 100 kilomètres de longueur,
situé à moins de trois rayons neptuniens du centre
de la planète, dans son plan équatorial; mais il
ne peut sagir dun anneau continu, car létoile
na pas été occultée de lautre
côté de Neptune. Le même type dobservation
est effectué un an plus tard, le 20 août 1985, par
les mêmes astronomes. À lobservatoire Canada-France-Hawaii,
André Brahic et Bruno Sicardy observent une occultation
secondaire, confirmée par un autre télescope voisin
appartenant à la N.A.S.A. Mais, dans la cordillère
des Andes, William B. Hubbard ne perçoit aucune occultation
secondaire. Cette interruption de signal dun seul côté
de la planète conduit les astronomes à conclure
que lanneau de Neptune est fragmenté et quun
ou des «arcs» de matière gravitent autour de
la planète.
Un peu auparavant, le 7 juin 1985, létoile occultée
était en fait double et les observateurs avaient détecté
une occultation secondaire (et non deux!) sans pouvoir dire laquelle
des deux étoiles avait été occultée.
Entre 1981 et 1989, près dune centaine doccultations
stellaires par Neptune ont été observées.
Sept dentre elles ont montré la présence de
matériau autour de Neptune. Pour éviter une collision
éventuelle entre Voyager-2 et ce matériau, le Jet
Propulsion Laboratory décide daugmenter légèrement
la distance de survol de Neptune par Voyager-2. Et les images
prises par la sonde du 11 au 26 août 1989 mettent en évidence
les anneaux de Neptune! Cette découverte constitue une
magnifique illustration de ce que peut apporter une collaboration
entre des observatoires et des chercheurs de toute nationalité;
elle souligne de plus la complémentarité des recherches
spatiales et des observations depuis le sol.
Au moins quatre anneaux ténus entourent Neptune. Le plus
externe contient trois arcs de matière plus dense sétendant
en longitude sur 4 degrés, 4 degrés et 10 degrés;
ce sont eux qui sont responsables des occultations secondaires
observées depuis la Terre. Les noms L, E et F ont alors
été proposés pour ces arcs (pour Liberté,
Égalité et Fraternité en cette année
du bicentenaire de la Révolution française). Les
anneaux sont si ténus quils ne peuvent être
observés depuis la Terre; les caméras de la sonde
nont pu en obtenir des images que grâce aux poses
les plus longues tentées au cours de cette mission (jusquà
600 s, sans effet de bougé, au lieu dune fraction
de seconde pour les observations des systèmes de Jupiter
et de Saturne).
Il reste à comprendre comment le matériau autour
de Neptune est confiné non seulement radialement (comme
les anneaux minces de Saturne et dUranus), mais aussi azimutalement
dans les arcs, qui semblent stables. Lexplication réside
probablement dans linteraction de satellites proches avec
ces arcs. Les satellites connus à ce jour ne suffisent
cependant pas pour expliquer cette stabilité, mais les
théoriciens étudient dautres hypothèses.
Il est nécessaire de poursuivre lobservation doccultations
stellaires depuis la Terre pour surveiller lévolution
des arcs... et, avec un peu de patience, on verra se former un
magnifique anneau supplémentaire, quand Triton se brisera
en une multitude de petits cailloux en pénétrant
dans la limite de Roche de Neptune, dans un peu moins de 100 millions
dannées!
Avant le survol de Neptune par la sonde Voyager-2,
seuls deux satellites, Triton et Néréide, étaient
connus. Ils sont dits irréguliers car leurs orbites sont
insolites: Triton a un mouvement rétrograde sur une orbite
très inclinée par rapport au plan équatorial
de Neptune, et Néréide gravite sur une orbite fortement
excentrique. En 1989, les images prises par Voyager-2 ont révélé
six nouveaux satellites qui forment un système régulier
tournant dans le sens direct sur des orbites circulaires et peu
inclinées (tabl. 7).
Triton a été découvert le 10 octobre 1846
par William Lassel, dix-sept jours seulement après la découverte
de la planète elle-même. Avec un diamètre
de 2 705 kilomètres, cest lun des plus gros
satellites du système solaire. À cause des effets
de marée avec Neptune (analogues à ceux qui existent
entre la Terre et la Lune) et de son mouvement orbital rétrograde,
Triton se rapproche inexorablement de la planète. Dans
moins de 100 millions dannées, quand il ne sera plus
quà 1 000 ou 2 000 kilomètres de Neptune,
il pénétrera dans la limite de Roche de la planète
et se brisera en fragments de quelques centaines de kilomètres
qui subiront des collisions mutuelles: certains iront enrichir
et embellir les anneaux, dautres sécraseront
sur la planète.
Triton se présente comme un corps brillant dont la surface
est géologiquement très jeune; il possède
des cratères volcaniques relativement récents et
une atmosphère dazote, comme la Terre et Titan. La
taille, la masse, latmosphère ténue et beaucoup
dautres caractéristiques de Triton rappellent fortement
la seule planète qui na pas encore été
visitée par une sonde, Pluton. Pour plusieurs décennies,
Triton nous offrira probablement la meilleure «vision»
de Pluton que nous puissions avoir!
Lorbite de Triton suggère que celui-ci a été
capturé il y a bien longtemps par Neptune, par exemple
en entrant en collision avec un satellite de Neptune quil
a détruit au passage, ou en étant freiné
par le nuage de gaz et de poussière qui entourait probablement
la planète au moment de sa formation. Triton aurait ensuite
gravité sur une orbite excentrique autour de Neptune. Les
effets de marée auraient alors freiné son mouvement
et rendu son orbite circulaire au bout de 1 milliard dannées
environ. Dans ce processus déchange dénergie,
Triton aurait été chauffé et différencié:
les éléments les plus lourds seraient tombés
au centre, formant un noyau rocheux, tandis que les constituants
plus légers et plus volatils se seraient condensés
dans le manteau et la croûte.
Les images transmises par Voyager-2 dans la nuit du 24 au 25 août
1989 ont révélé que Triton, le corps le plus
froid du système solaire ( 235 0C, soit 38 K), est
beaucoup plus actif quon ne le soupçonnait. De la
taille de la Lune, Triton est loin dêtre un astre
mort: comme la Terre et Io, il possède des volcans actifs.
Au moins quatre éruptions de type geyser (mais dune
échelle beaucoup plus grande que sur la Terre) ont été
détectées sur les images prises par Voyager-2. Des
colonnes de matériau sombre de quelques dizaines de mètres
à 1 kilomètre de diamètre sélèvent
verticalement jusquà 8 kilomètres daltitude,
où elles forment des nuages sombres entraînés
par les vents sur plus de 100 kilomètres. La cause de ces
éruptions nest pas encore comprise. Toutefois, leur
localisation à proximité du point subsolaire suggère
que la source dénergie de ce phénomène
est dorigine solaire. Un modèle fait intervenir un
effet de serre sous la surface de Triton, en admettant que celle-ci
a une conductivité très faible: juste sous la surface
transparente, le Soleil chaufferait la glace dazote qui,
sublimée et comprimée, exploserait en entraînant
des glaces et des particules sombres dans latmosphère.
Une différence de température de 4 kelvins suffirait
pour que le matériau soit éjecté à
une altitude de 8 kilomètres. Chaque seconde, une dizaine
de kilogrammes de poussière et quelques centaines de kilogrammes
dazote seraient ainsi projetés dans latmosphère.
Une éruption pourrait durer au moins une année,
par sublimation denviron un dixième de kilomètre
cube de glace. Dautres hypothèses ont été
proposées: certains scientifiques font intervenir un chauffage
dorigine interne pour expliquer la source dénergie
de ces geysers; dautres se demandent si ces phénomènes
ne seraient pas en fait purement atmosphériques, analogues
aux «poussières du diable» (dust devil ) qui
apparaissent sur la Terre sous des cieux clairs, là où
des conditions dinstabilité conduisent à la
formation de tourbillons spectaculaires: dans les zones désertiques
terrestres, vers midi, quand la température du sol est
supérieure à celle de lair, des poussières
peuvent en effet être entraînées par des tourbillons
de vent. Cependant, il semble bien que les geysers de Triton soient
de type éruptif. Ils sont toutefois fondamentalement différents
de ceux qui ont été détectés sur Io.
La surface jeune et active de Triton, possédant peu de
cratères dimpact, a été récemment
soumise à des phases de fusion des glaces: de larges plaines
et des caldeiras semblent en effet avoir été inondées
par des «laves» deau, dammoniac et de
méthane. La croûte de Triton contiendrait beaucoup
de glace deau qui, à 38 kelvins, se comporte comme
une roche dure.
Mesurée à partir des perturbations de la trajectoire
de Voyager-2, la masse de Triton est de lordre de 1,3 Z
1023 kilogrammes; sa densité est de lordre de 2.
La pression atmosphérique à la surface est très
faible, de lordre de 0,016 hectopascal, cest-à-dire
environ cent mille fois moins élevée quà
la surface de la Terre. Triton posséderait une tropopause
à une altitude de lordre de 25 à 50 kilomètres.
Des molécules dazote sont transportées du
pôle Sud, actuellement éclairé par le Soleil,
au pôle Nord, plongé dans lobscurité.
Il a fallu attendre plus dun siècle pour connaître
le deuxième satellite de Neptune, Néréide,
découvert en 1949 par Gerard P. Kuiper, et sur lequel on
possède, encore aujourdhui, peu dinformations
car Voyager-2 est passé à 4,7 millions de kilomètres
de celui-ci et na pu en fournir quune image à
basse résolution.
Des six petits satellites découverts par la sonde, seuls
Proteus et Despina ont pu être photographiés de manière
à distinguer quelques détails de leur surface: ils
semblent de forme irrégulière et couverts de cratères.
À lexception de Triton, tous les satellites de Neptune
possèdent une surface très sombre: Néréide
ne renvoie dans lespace que 14 p. 100 du rayonnement lumineux
solaire, et les petits satellites environ 6 p. 100. Certains des
satellites de Neptune, notamment les plus petits, pourraient représenter
les fragments dun satellite primitif de plus grande taille,
brisé lors dune collision.