Même au voisinage de son périhélie,
Pluton a un diamètre apparent de lordre de 0,2 seconde
dangle, inférieur à la limite de résolution
des télescopes terrestres. Sur la plupart des plaques photographiques,
il apparaît donc comme un point faiblement lumineux noyé
parmi les vingt millions détoiles qui, sur la voûte
céleste, sont au moins aussi brillantes que lui. Seul son
mouvement révèle Pluton: quand on compare deux photographies
du même champ détoiles prises, par exemple,
à 24 heures dintervalle, on constate quun point
lumineux sest déplacé par rapport aux étoiles
du champ (au moment de lopposition, le mouvement peut atteindre
1 seconde dangle par jour). Cest en utilisant cette
méthode de comparaison que Clyde William Tombaugh identifia
Pluton.
Encouragés par le succès dUrbain Jean Joseph
Le Verrier et de John Couch Adams dans la prédiction et
la découverte de Neptune, de nombreux astronomes avaient
commencé, dès la fin du XIXe siècle, à
chercher une neuvième planète en analysant les perturbations
non encore expliquées de lorbite dUranus (lorbite
de Neptune nétait alors pas connue avec suffisamment
de précision pour être utilisable). En particulier,
Percival Lowell et William Pickering avaient prédit au
début du XXe siècle lexistence dune
planète transneptunienne. À partir de 1905, une
recherche photographique fut alors entreprise, sans succès,
aux observatoires Lowell (Flagstaff, Arizona) et du mont Wilson
(Californie). Percival Lowell mit en place, dans son observatoire,
les moyens pour entreprendre une recherche photographique intensive,
mais ce ne fut quen 1930, quatorze ans après sa mort,
quune neuvième planète fut découverte
après une très longue et systématique recherche
photographique qui couvrit une grande partie du ciel. Le 18 février
1930, Tombaugh, grâce à une nouvelle lunette à
grand champ spécialement construite dans ce but, découvrait,
après une année dexamen minutieux de centaines
de plaques photographiques, à environ 5 degrés de
la position prédite, un petit objet de magnitude 15. Comme
les autres planètes, cette neuvième planète
reçut un nom provenant de la mythologie grecque: Pluton
(les deux premières lettres commémorent la mémoire
de Percival Lowell). On pensa que lhistoire de la découverte
de Neptune venait de se répéter. Des déterminations
récentes de la masse de Pluton ont conduit à abandonner
cette idée: cette masse est beaucoup trop faible pour perturber
de façon notable les mouvements dUranus et de Neptune.
Par ailleurs, il semble que des erreurs dobservation aient
conduit à une surestimation de ces perturbations. La découverte
de Pluton na donc pas été le résultat
dune prédiction mathématique précise,
mais plutôt le fruit dune recherche systématique.
En dautres termes, les calculs ont bien conduit à
la découverte, mais ils étaient faux!
La dernière planète découverte dans le système
solaire est encore bien mystérieuse, bien que les premières
images montrant quelques détails de sa surface aient été
publiées en 1994 et en 1995.
Cependant, plusieurs découvertes importantes ont été
faites au cours des dernières décennies. En 1976,
des observations spectroscopiques révèlent que la
surface de Pluton est recouverte, au moins partiellement et peut-être
même en totalité, de méthane gelé.
En 1978, on lui découvre un satellite, Charon. Entre 1979
et 1995, le diamètre et la masse de Pluton sont correctement
mesurés: avec 2 300 kilomètres de diamètre,
cette planète est plus petite que la Lune et a une masse
cinq cents fois plus faible que celle de la Terre. En 1988, lobservation
dune occultation détoile par Pluton met en
évidence son atmosphère. En 1989, lexploration
de Triton par la sonde Voyager-2 nous fait découvrir un
objet qui lui ressemble probablement tellement quon pense
avoir trouvé son frère jumeau.
Pluton effectue une révolution autour du Soleil en 247,7
ans sur une trajectoire inhabituelle pour une planète:
elle nest ni circulaire ni située dans le plan de
lécliptique. Lorbite est inclinée de
17 degrés par rapport à ce plan, ce qui conduit
la planète à sélever de 1,25 milliard
de kilomètres au-dessus de celui-ci, distance qui est du
même ordre de grandeur que la distance Soleil-Saturne. Lexcentricité
de lorbite (0,25) est de loin la plus grande de toutes les
planètes. Elle est telle que, depuis 1979, Pluton est plus
proche du Soleil que Neptune. En 1989, il est passé à
son périhélie, et ce nest quen 1999
quil redeviendra la planète connue la plus distante
du Soleil. En 2113, Pluton passera à son aphélie:
sa distance héliocentrique sera supérieure à
7,5 milliards de kilomètres.
On pourrait penser que lorbite de Pluton coupe celle de
Neptune et que les deux planètes pourraient un jour entrer
en collision. En fait, il nen est rien. Bien quune
vue «de dessus» des orbites de Pluton et de Neptune
donne limpression quelles se coupent, lorbite
de Pluton est inclinée de telle manière quà
aucun endroit les deux orbites ne sont proches lune de lautre.
Au périhélie, Pluton est au-dessus du plan de lorbite
de Neptune dune distance qui est supérieure au quart
de la distance Neptune-Soleil. En fait, linclinaison de
lorbite de Pluton et son mouvement sur son orbite sont tels
quils laissent une marge de sécurité maximale
contre les risques de collision. Pluton et Neptune ne sapprochent
jamais à moins de 2,5 milliards de kilomètres lun
de lautre, bien que les points les plus proches de leurs
orbites respectives soient beaucoup moins éloignés
que cela; il est intéressant de noter que cette distance
minimale entre Pluton et Neptune est bien supérieure à
la distance minimale entre Pluton et Uranus, qui est seulement
de 1,6 milliard de kilomètres. Non seulement le périhélie
de Pluton est éloigné de lorbite de Neptune,
mais les mouvements de Pluton et de Neptune sur leurs orbites
sont synchronisés de telle manière que, au moment
où Pluton passe au périhélie, Neptune est
situé sur son orbite à plus de 60 degrés
par rapport au Soleil. La période moyenne du mouvement
de Pluton autour du Soleil est exactement égale à
1,5 fois celle de Neptune, ce qui signifie que tous les 495 ans
(temps au bout duquel Neptune a effectué trois révolutions
autour du Soleil, et Pluton deux) les deux planètes se
retrouvent dans la même position relative. Au moment où
Neptune, dans son mouvement sur son orbite, «dépasse»
Pluton, Pluton est à laphélie. Ce synchronisme
nest évidemment pas accidentel; il sagit dun
phénomène dynamique appelé «résonance
stable». La résonance entre Neptune et Pluton a été
découverte grâce à lutilisation de puissants
ordinateurs qui ont permis de reconstituer le mouvement de ces
planètes depuis 5 millions dannées. De telles
résonances stables jouent un rôle essentiel dans
le mouvement des planètes et des satellites du système
solaire, et elles permettent dexpliquer en grande partie
la configuration actuelle des corps du système solaire;
les planètes et leurs principaux satellites ont des mouvements
tels quil ny a aucun risque de collision entre eux.
Si une petite force perturbatrice était actuellement exercée
sur Pluton pour lamener à modifier son mouvement
autour du Soleil, la résonance avec Neptune la ramènerait
dans létat de résonance actuel. Si, dans un
passé lointain, Pluton était sur une orbite non
résonante proche de lorbite actuelle, la force perturbatrice
de Neptune a changé son orbite jusquà la «verrouiller»
pour toujours dans létat actuel de résonance.
Pluton paraît une anomalie quand on le compare aux quatre
planètes telluriques ou aux quatre planètes géantes.
Ce monde glacé ressemble plutôt à un gros
astéroïde ou à Triton; certains ont même
suggéré que Pluton était un satellite évadé
de lenvironnement de Neptune.
Les observations dans le domaine infrarouge ont permis didentifier
la présence de méthane à la surface de Pluton.
Elles semblent indiquer que la surface de la planète est
sombre et rougeâtre à léquateur et que
des zones polaires sont recouvertes de glace de méthane.
La brillance de ces calottes polaires évolue à mesure
que la distance au Soleil varie. Des phénomènes
saisonniers liés à la sublimation des glaces chauffées
par le Soleil se développent à la surface de Pluton.
En revanche, la surface de Charon ne semble pas contenir de méthane;
elle est couverte de glace deau.
Lobservation de loccultation dune étoile
de douzième magnitude par Pluton le 9 juin 1988 a mis en
évidence une atmosphère autour de Pluton. La lumière
en provenance de létoile a diminué graduellement
à mesure que cette dernière disparaissait derrière
Pluton, et non brutalement, ce qui aurait été le
cas si la planète était dépourvue denveloppe
gazeuse. Latmosphère de Pluton semble contenir du
méthane ainsi quun gaz plus lourd (peut-être
de loxyde de carbone ou de lazote). La pression atmosphérique
à la surface natteint quun cent-millième
de la pression atmosphérique terrestre. Les caractéristiques
de latmosphère de Pluton varient probablement beaucoup
au cours des saisons; la pression est maximale au moment où
Pluton est proche du Soleil et peut diminuer dun facteur
dix quand Pluton est près de son aphélie.
En 1978, on constatait quun agrandissement des photographies
de Pluton montrait une image légèrement allongée:
un satellite de Pluton venait dêtre découvert.
Il a été nommé Charon.
Lorbite de Charon est inclinée de 118 degrés
par rapport à celle de Pluton dans son mouvement autour
du Soleil. Si, comme cela est probable, Charon se déplace
dans le plan équatorial de Pluton, alors cette planète,
comme Uranus, a son axe de rotation qui est voisin du plan de
son orbite. Avec Vénus et Uranus, Pluton est peut-être
la troisième planète à être caractérisée
par un mouvement de rotation rétrograde sur elle-même.
Au cours de son mouvement autour de Pluton, Charon passe devant
et derrière la planète. Ces éclipses et occultations,
observées depuis 1985, ont permis de mesurer les diamètres
de ces deux corps ainsi que leurs pouvoirs réflecteurs.
Charon gravite à environ 19 000 kilomètres de Pluton
et a un diamètre de lordre de 1 190 kilomètres.
Comparé à la taille de la planète centrale
(dont le diamètre est de 2 300 km), ce satellite est le
plus gros du système solaire! À linstar du
couple Terre-Lune, Pluton peut être considéré
comme une planète double: Pluton et Charon ne sont séparés
que par huit diamètres plutoniens, la Terre et la Lune
par trente diamètres terrestres. La période de révolution
du satellite (6,39 jours) serait égale à la période
de rotation de Pluton. Pluton et son satellite formeraient alors
le seul couple du système solaire en rotation et révolution
synchrones; les autres satellites ont en général
une période de rotation sur eux-mêmes égale
à leur période de révolution autour de la
planète cest pourquoi ils présentent
toujours la même face à la planète centrale
, mais la période de rotation de la planète
est différente. Lalbédo de Pluton est de lordre
de 50 p. 100 et celui de Charon de 37 p. 100. Ces deux corps ont
une densité de lordre de 2. Pluton possède
probablement un noyau rocheux et un manteau contenant des glaces
deau et de méthane. Sa surface est donc beaucoup
plus brillante quon ne le supposait quand on croyait que
Pluton était un corps rocheux.