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| Les petits satellites |
| Les satellites de taille intermédiaire |
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Les anneaux qui auréolent Saturne lui
confèrent une apparence unique dans le système solaire.
Cependant, la planète proprement dite présente de
grandes similitudes avec Jupiter . Ses dimensions sont presque
les mêmes: son rayon équatorial - 60 268 kilomètres
- est égal à 9,45 rayons terrestres, au lieu de
11,21 pour Jupiter. Sa masse est de l'ordre de 95 fois celle de
la Terre, au lieu de 318 dans le cas
de Jupiter. Sa densité moyenne est ainsi de 0,7; en d'autres
termes, plongée dans une piscine imaginaire remplie d'eau,
Saturne flotterait à la surface comme un ballon. Cela suggère
que Saturne est, à l'instar de Jupiter, formée des
éléments constitutifs de la nébuleuse solaire
primitive, c'est-à-dire surtout d'hydrogène et d'hélium.
On verra cependant que ces deux composants ne demeurent pas uniformément
mélangés à l'intérieur de la planète,
et que la structure interne de Saturne est qualitativement différente
de celle de Jupiter. Il n'en demeure pas moins que Saturne est,
comme Jupiter, essentiellement une énorme boule de gaz
comprimé sous son propre poids, et que ce que nous en voyons
est constitué de nuages composés d'éléments
mineurs qui se condensent aux faibles températures existant
à la périphérie de cet astre.
Comme Jupiter, Saturne tourne très vite puisque sa période
de rotation interne est de 10 heures 40 minutes. Elle présente
un fort aplatissement, plus grand que celui de Jupiter: son rayon
équatorial est supérieur de 10,8 p. 100 à
son rayon polaire, tandis que celui de Jupiter est supérieur
de 6,5 p. 100 au rayon polaire.
Saturne possède également une source d'énergie
interne, c'est-à-dire qu'elle émet plus d'énergie
(sous forme de rayonnement) qu'elle n'en absorbe en provenance
du Soleil. L'origine de cette source interne est cependant différente
de celle de Jupiter.
Les sondes Pioneer-11 et Voyager-1 et -2 ont
apporté une moisson d'informations sur la composition,
la structure thermique et la
dynamique de l'atmosphère extérieure de Saturne.
Combinés avec les observations effectuées depuis
la Terre, au sol, à bord d'avions ou par le télescope
spatial Hubble, ces résultats permettent de décrire
la planète de façon relativement détaillée.
Prenons la fiction d'un observateur venant de l'espace interplanétaire
et se dirigeant vers le centre de la planète; que découvrirait-il?
Un "nuage" d'hydrogène atomique et peut-être
d'hydrogène moléculaire, en forme de tore centré
sur Saturne, entoure la planète. Le tore est situé
dans le plan équatorial et s'étend entre 8 et 25
rayons saturniens (soit de 480 000 à 1,5 million de kilomètres)
et a une épaisseur d'environ 14 rayons saturniens (840
000 km). On pense que ce nuage, dont la densité est de
l'ordre de 20 atomes par centimètre cube, provient d'hydrogène
échappé de l'atmosphère de Titan puis attiré
autour de Saturne par l'attraction gravitationnelle de cette planète.
Il est possible que le tore contienne aussi de l'hydrogène
moléculaire avec peut-être même une densité
plus élevée que celle de l'hydrogène atomique.
L'exosphère, c'est-à-dire l'atmosphère extérieure
de Saturne située au-dessus de la zone où les divers
constituants gazeux demeurent uniformément mélangés
sous l'effet de la turbulence, est à une température
de 400 kelvins environ. La densité de l'hydrogène
moléculaire croît rapidement au-dessous de 61 400
kilomètres d'altitude, comptée à partir du
centre de la planète, c'est-à-dire à environ
1 300 kilomètres au-dessus du niveau de pression 1 atmosphère.
Du méthane est probablement présent également
dans cette zone.
L'homopause, c'est-à-dire la région au-dessous de
laquelle les composants non condensables ou non dissociés
par le rayonnement sont uniformément mélangés,
se trouve à environ 200 kelvins et à 1 150 kilomètres
au-dessus du niveau 1 atmosphère. En dessous de l'homopause,
les proportions relatives des deux composants majeurs, l'hélium
et l'hydrogène, sont respectivement de 7 p. 100 en volume
(14 p. 100 en masse) et de 93 p. 100. Dans Jupiter, les proportions
de ces mêmes éléments sont 10 et 90 p. 100.
Sont aussi présents dans la stratosphère, c'est-à-dire
entre l'homopause et la tropopause située au niveau 0,1
atmosphère, outre le méthane dans une proportion
de 1 à 2 millièmes, divers produits de la dissociation
du méthane sous l'action du rayonnement ultraviolet solaire:
l'acétylène (C2H2), l'éthane (C2H6) et probablement
le propane (C3H8) et le méthylacétylène (C3H4).
Ces éléments sont en très petite quantité.
D'autres molécules plus complexes pourraient aussi avoir
été formées. Par ailleurs, la phosphine (PH3)
a été détectée, dans une proportion
de quelques parties par million, jusqu'au niveau 5 à 10
hectopascals (0,005 à 0,01 atmosphère). Les hydrocarbures
formés dans la stratosphère ne devraient pas être
présents dans la troposphère, au contraire de la
phosphine, qui provient de l'intérieur de la planète.
La température décroît jusqu'à la tropopause,
où elle n'est plus que de 85 kelvins, puis recroît
continûment à mesure que l'on s'enfonce dans l'intérieur
de la planète. L'ammoniac, qui se condense à des
températures plus basses que 145 kelvins, se trouve, dans
des proportions de quelques dix-millièmes, au-dessous du
niveau 1 atmosphère. C'est probablement aussi au-dessous
de ce niveau que devraient se situer les nuages colorés
que l'on observe. Les informations sur la température des
couches troposphériques plus profondes découlent
du fait que le rayonnement radioélectrique émis
par Saturne provient de ces couches. À 21 centimètres
de longueur d'onde, l'émission provient du niveau 10-20
atmosphères, où la température est de l'ordre
de 230 kelvins.
Aux plus grandes profondeurs, la structure de Saturne, comme celle
de Jupiter, ne peut être déduite que de modèles
théoriques qui sont soumis aux contraintes de trois types
d'information: il s'agit tout d'abord de la valeur du rapport
hydrogène-hélium dans l'atmosphère extérieure,
ensuite de l'intensité de la source interne d'énergie,
enfin de l'écart à la symétrie du champ gravitationnel
rayonné par la planète autour d'elle. Ces trois
quantités ont été mesurées avec précision
par les sondes Voyager.
La mesure du champ gravitationnel donne des informations sur la
répartition des masses à l'intérieur de la
planète. On en déduit que Saturne doit posséder
un noyau dense, solide, composé principalement de silicates
et de métaux, et peut-être de glaces d'eau, d'ammoniac
et de méthane. Cependant, ce noyau doit être de faible
dimension (15 000 km de rayon environ) et sa masse ne devrait
pas excéder 10 à 20 masses terrestres.
La source interne d'énergie est 1,76 fois plus intense
que le rayonnement solaire absorbé par la planète.
Une première hypothèse considère que cette
énergie est un résidu de la chaleur emmagasinée
par la planète au moment de sa formation. Fonctionnant
comme un radiateur initialement chauffé qui se refroidit
peu à peu, Saturne émettrait un flux d'énergie
du centre vers l'extérieur de la planète qui, convertie
en énergie radiative, serait responsable de l'émission
planétaire observée. Cependant, les modèles
d'évolution indiquent que, compte tenu de sa masse plus
petite que celle de Jupiter, Saturne devrait avoir perdu sa chaleur
initiale depuis quelque deux milliards d'années. Une autre
hypothèse, plus plausible, est la suivante: à deux
ou trois millions d'atmosphères, l'hydrogène change
de nature et devient monoatomique tandis que sa densité
et sa conductivité augmentent brutalement. Il est devenu
de l'hydrogène métallique. Or, si la température
dans la région considérée est suffisamment
basse, les calculs de thermodynamique indiquent que l'hélium
n'est plus soluble dans l'hydrogène métallique;
des gouttes d'hélium liquide se forment et émigrent
vers le centre de la planète, libérant ainsi de
l'énergie gravitationnelle. Si ce processus, qui rend effectivement
compte de l'énergie interne observée dans le cas
de Saturne, est vrai, on doit observer moins d'hélium dans
la couche atmosphérique externe de Saturne que dans celle
de Jupiter. C'est précisément le résultat
auquel les mesures des sondes Voyager ont abouti: nous l'avons
déjà vu, l'abondance de l'hélium dans la
troposphère de Saturne n'est que de 7 p. 100 en volume
alors qu'elle est de 10 p. 100 dans celle de Jupiter. Par ailleurs,
la température de Jupiter étant plus élevée
dans la zone considérée, le mélange se trouve
au-dessus du seuil de non-miscibilité et le processus de
formation de gouttes d'hélium ne s'est pas encore déclenché.
Il aura lieu quand Jupiter se sera suffisamment refroidi.
En résumé, lorsqu'on se dirige de la périphérie
vers le centre de la planète, on rencontre successivement:
- une couche d'environ 30 000 kilomètres d'épaisseur,
contenant essentiellement 93 p. 100 d'hydrogène moléculaire
et 7 p. 100 d'hélium; aux températures suffisamment
élevées se trouvent probablement tous les autres
éléments mineurs qui constituaient la nébuleuse
primitive (carbone, azote, oxygène, métaux, silicates,
etc.), mais dans des proportions qui restent à déterminer;
- une couche inhomogène de 5 000 kilomètres d'épaisseur
contenant de l'hydrogène métallique au sein duquel
des gouttes d'hélium continuent à se former et tombent
en "pluie" vers le centre de la planète;
- une couche de 10 000 à 12 000 kilomètres d'épaisseur
d'hydrogène métallique et d'hélium, ce dernier
dans une proportion supérieure à celle que l'on
trouve dans Jupiter ou dans le Soleil;
- finalement, un noyau de silicates et de métaux, et peut-être
de glaces, de l'ordre de 15 000 kilomètres de rayon.
Il faut cependant garder présent à l'esprit que
ce schéma n'est qu'un modèle susceptible d'être
profondément remanié à mesure de l'enrichissement
de nos connaissances sur la planète géante.

À première vue, Saturne se présente
comme une image adoucie de Jupiter. La symétrie axiale
est encore évidente; bandes claires et sombres alternent
comme dans le cas de Jupiter, avec cependant beaucoup moins de
contraste; les couleurs des motifs sont moins vives. Tout se passe
comme si les divers nuages s'étaient mélangés
pour produire une tonalité générale presque
uniforme. La circulation atmosphérique présente
aussi de grandes ressemblances avec celle de Jupiter: un grand
nombre de perturbations atmosphériques à très
longue durée, baptisées ovales à cause de
leur forme, sont présentes. Il existe, comme dans Jupiter,
plusieurs alternances de courants allant d'est en ouest, et d'ouest
en est, mais, d'une part, leurs vitesses sont plus grandes sur
Saturne et, d'autre part, on remarque dans cette dernière
planète un courant équatorial ouest-est extrêmement
intense.
La composition chimique des nuages n'est pas mieux connue que
dans le cas de Jupiter. La couche nuageuse supérieure -
qui n'est peut-être qu'une brume - est très probablement
constituée de cristaux d'ammoniac. Plus bas se situerait
une couche de gouttes de sulfure acide d'ammonium (NH4SH) ou bien
d'ammoniac dilué dans de l'eau. Cependant, toutes ces substances
étant incolores, les couleurs des nuages et des taches
doivent être dues à d'autres composants, d'origine
inconnue. Comme dans le cas de Jupiter, la présence de
phosphine (PH3) dans la troposphère suggère que
le phosphore pourrait être un de ces composants.
L'altitude des différentes couches nuageuses n'est pas
très bien déterminée non plus. Puisque l'ammoniac
se condense aux températures inférieures à
145 kelvins, la base du nuage d'ammoniac doit être située
aux environs du niveau de pression 1 atmosphère. Par ailleurs,
les mesures dans l'infrarouge indiquent la présence d'une
absorption nuageuse dans la troposphère au-dessus du niveau
0,5 atmosphère. La couche de cirrus d'ammoniac s'étendrait
donc de 0,5 à 1 atmosphère, c'est-à-dire
sur une trentaine de kilomètres d'épaisseur. En
revanche, on ne dispose pas de l'information nécessaire
pour déterminer l'altitude des nuages colorés; ils
pourraient être situés au niveau 2 ou 3 atmosphères.
À l'instar de Jupiter, la rotation globale de Saturne peut
être déterminée par l'étude de la variation
de la direction du champ magnétique à partir de
mesures des émissions radioélectriques de la planète.
La comparaison avec les positions des nuages permet ainsi de déterminer
les vents sur Saturne. Il apparaît que les vitesses des
courants vers l'est sont beaucoup plus élevées que
les vitesses des courants vers l'ouest et que, par ailleurs, elles
sont en moyenne beaucoup plus élevées que sur Jupiter.
En particulier, le courant équatorial ouest-est qui, à
vrai dire, s'étend en latitude entre _ 300 et + 300, atteint
la vitesse de 500 mètres par seconde aux latitudes + 100
et _ 100, tandis que sur Jupiter il ne dépasse pas 150
mètres par seconde. Une vitesse de 500 mètres par
seconde représente les deux tiers de la vitesse du son
dans Saturne. Contrairement à ce qui se passe dans Jupiter,
il n'existe pas dans Saturne de corrélations entre la structure
des courants observés et les couleurs des différentes
régions de la planète. Par contre, au-dessus du
niveau 0,3 atmosphère, les vitesses des nuages sont en
général bien corrélées avec les vents
thermiques, c'est-à-dire avec les vents calculés,
moyennant certaines hypothèses, à partir de la structure
thermique. Ce fait suggère que l'énergie thermique
en provenance de l'intérieur de la planète est transformée
dans la troposphère supérieure en énergie
atmosphérique qui maintient le mouvement horizontal des
couches atmosphériques (c'est-à-dire les vents).
En revanche, la corrélation mentionnée ci-dessus
disparaît au-dessous du niveau 0,3 atmosphère et
aux niveaux inférieurs où se situent les nuages
colorés. On peut préciser qu'une chimie intense
s'opère dans ces couches, prenant le pas à certains
égards sur les effets dynamiques et thermiques.
Une autre caractéristique importante - semblable celle-là
à ce que l'on trouve sur Jupiter - est la présence
de phénomènes atmosphériques de très
longue durée, que l'on a classés en trois groupes.
Le premier groupe concerne des ovales symétriques, stables
et de couleurs variées (blanc, brun, rouge), à qui
l'on a donné des noms pittoresques: la Grande Berthe à
750 de latitude nord, les Taches brunes 1, 2 et 3 à 420
nord, la Tache ultraviolette à 270 nord, la Tache d'Anne
à 550 sud. Ces ovales semblent tourner comme des roulements
à billes entre des courants adjacents dirigés de
l'est vers l'ouest, et se déplacent relativement lentement.
Ils sont beaucoup plus grands que les cyclones terrestres: la
Tache brune 1, par exemple, a 5 000 kilomètres de long
dans sa plus grande dimension et 3 300 kilomètres dans
sa plus petite dimension. Les motifs d'un deuxième groupe
ressemblent aux panaches blancs observés sur Jupiter et
sont appelés moins poétiquement les motifs convectifs.
Ils s'écoulent vers l'ouest avec le courant centré
à 390 nord. Les éléments nuageux individuels
sont blancs, brillants, de forme irrégulière et
de courte durée de vie. On ne comprend pas bien l'origine
physique de ces motifs ni pourquoi ils sont visibles à
cette latitude. Un troisième phénomène est
le "ruban" situé à 460 de latitude nord.
Cette ligne ondulante sombre se déplace vers l'est avec
le courant existant à cette latitude. Chaque creux ou bosse
du ruban s'étend sur environ 5 000 kilomètres dans
la direction est-ouest. Au nord du ruban, dans les creux, se trouvent
des tourbillons cycloniques dont les éléments spiralent
vers le centre dans le sens des aiguilles d'une montre. Au sud
du ruban, sous les bosses, se trouvent des tourbillons anticycloniques
dont les éléments spiralent dans le sens inverse
des aiguilles d'une montre. Des phénomènes persistants
de ce type sont inconnus sur la Terre.
Les interactions des taches paraissent aussi très mystérieuses.
Alors que sur Jupiter les taches qu'on a vu se rencontrer se sont
fondues en une seule, il est apparu au moins une fois sur Saturne
que deux taches se sont rapprochées puis, au lieu de se
rencontrer, l'une des taches a tourné autour de l'autre,
comme si les circulations des deux taches agissaient l'une sur
l'autre. Ce comportement semble exclure qu'il s'agit de solitons
, c'est-à-dire d'ondes de translation individuelles puisque
ces derniers se traversent en principe l'un l'autre sans entrer
en interaction.
L'interprétation des mouvements dynamiques de l'atmosphère
de Saturne apparaît ainsi encore plus difficile que celle
de Jupiter. Schématiquement, on peut considérer
qu'on se trouve en face de deux types de problèmes à
résoudre. Le premier, commun à Jupiter et à
Saturne, concerne la modélisation de la circulation générale
atmosphérique et l'interprétation des tourbillons
et des divers motifs dynamiques observés. Deux modèles
de circulation générale sont à l'heure actuelle
invoqués, et l'on ne dispose pas d'informations suffisantes
pour décider lequel d'entre eux est le plus plausible.
Le modèle de Gareth P. Williams - qui ressemble en bien
des points à un modèle de l'atmosphère terrestre
- considère que l'atmosphère se trouvant au-dessous
du niveau de pénétration de la lumière solaire
a des effets négligeables sur la circulation atmosphérique.
Au contraire, le modèle élaboré par Friedrich
H. Busse suppose que les vents observés dans la couverture
nuageuse de Jupiter et de Saturne sont les signes visibles d'une
structure de rotation s'étendant à travers tout
l'intérieur fluide de chaque planète.
Le second problème, propre à Saturne, provient de
l'absence apparente de corrélation entre les structures
horizontales des nuages visibles et les vents observés
aux mêmes niveaux et latitudes. La solution du problème
nécessite sans doute une analyse fine des phénomènes
physico-chimiques existant à l'intérieur des nuages.
Il est douteux que l'on puisse résoudre ce problème
sans l'aide d'observations in situ qui seraient faites à
partir d'une sonde descendant dans l'atmosphère profonde
de la planète (soit au moins jusqu'au niveau 10 atmosphères).
Les courants électriques qui parcourent
la couche d'hydrogène métallique située à
l'intérieur de Saturne sont à l'origine d'un
champ magnétique intense dont les caractéristiques
ont été déterminées par les sondes
Pioneer et Voyager lors de leurs passages près de la planète.
Le champ magnétique de Saturne est, en première
approximation, celui d'un dipôle dont le moment est 540
fois plus grand que celui du dipôle terrestre, mais 36 fois
plus petit que celui du dipôle jovien. Comme le diamètre
de Saturne est très supérieur à celui de
la Terre, l'intensité du champ magnétique qui règne
à l'altitude de la couche nuageuse est légèrement
inférieure à celle du champ magnétique à
la surface de la Terre. Par rapport au mouvement de rotation de
la planète, ce dipôle a la même orientation
que celui de Jupiter, donc une orientation contraire à
celle du dipôle terrestre: le pôle magnétique
nord se trouve dans l'hémisphère Nord. Une caractéristique
importante distingue le champ magnétique de Saturne de
ceux de la Terre et de Jupiter. Alors que les axes des dipôles
magnétiques terrestre et jovien sont inclinés d'environ
100 sur l'axe de rotation de la planète, ces deux axes
coïncident à 10 près dans le cas de Saturne.
Les théories de l'origine des champs magnétiques
planétaires doivent tenir compte de cette découverte.
La magnétosphère de Saturne est bien développée,
intermédiaire entre celles de Jupiter et de la Terre, avec
une onde de choc, une magnétogaine, une magnétopause
et une queue allongée dans la direction antisolaire. Elle
a une forme régulière par suite de la coïncidence
de l'axe magnétique et de l'axe de rotation de la planète.
La position de l'onde de choc varie de 18 à 25 rayons saturniens,
soit entre 1 et 1,5 million de kilomètres dans la direction
du Soleil, suivant la pression du vent solaire. Par suite de la
rotation rapide de la planète, il se forme un disque de
courant dans le plan équatorial, qui modifie le champ magnétique
dans la magnétosphère externe.
La magnétosphère interne est dépourvue de
zones de piégeage stables à cause de la présence
des anneaux qui absorbent les particules chargées.
À grande distance, le champ dipolaire, dont l'axe coïncide
avec l'axe de rotation, est déformé par l'action
du vent solaire; il est comprimé dans la direction du Soleil
et s'étend en une longue queue dans la direction opposée,
du côté nuit. Les populations de particules énergétiques
- électrons, protons et ions - sont intermédiaires
entre celles de la Terre et de Jupiter. Les limites extérieures
de la magnétosphère, onde de choc et magnétopause,
sont assez instables. Elles reflètent les variations rapides
de la pression du vent solaire, et cela a conduit les sondes Pioneer
et Voyager à les traverser plusieurs fois lors de leur
approche de la planète. Par exemple, les dimensions de
la magnétosphère avaient augmenté de plus
de 70 p. 100 en trois jours, entre l'arrivée et le départ
de Voyager-2.
Saturne possède une ionosphère qui a été
détectée par les perturbations qu'elle a provoquées
sur le signal de télémesure des sondes Pioneer et
Voyager. Cette ionosphère s'étend jusqu'à
plusieurs milliers de kilomètres au-dessus de la couche
nuageuse. D'une température de l'ordre de 1 000 kelvins,
elle est principalement constituée d'hydrogène atomique
ionisé, et sa densité est légèrement
inférieure à celle de l'ionosphère terrestre.
En approchant de Saturne, les récepteurs placés
à bord des sondes Voyager ont détecté une
intense émission radioélectrique. Cette émission
est de même nature que les émissions sur basses fréquences
de la Terre et de Jupiter, c'est-à-dire qu'elle est due
à des précipitations d'électrons le long
des lignes de force du champ magnétique dans les régions
de hautes latitudes. L'émission se fait à la fréquence
gyromagnétique, qui est proportionnelle à l'intensité
du champ, donc à des fréquences légèrement
inférieures à celle du rayonnement kilométrique
terrestre, entre 50 kilohertz et 1 mégahertz. C'est une
émission intense, provenant d'une source d'une puissance
d'environ 1010 watts située dans les régions polaires
de l'hémisphère Nord, à une latitude de 800,
dans la direction faisant face au Soleil, et d'une source semblable
mais moins intense, située dans l'hémisphère
Sud. Les sources sont donc fixes par rapport au Soleil. Cependant,
leur intensité est fortement contrôlée par
la rotation de la planète, contrairement à ce que
l'on pourrait attendre puisque l'axe du dipôle magnétique
et l'axe de rotation de la planète sont quasi alignés.
Les émissions radio présentent une périodicité
de 10 heures 39 minutes 24 secondes, qui est interprétée
comme celle du champ magnétique, c'est-à-dire des
régions internes de Saturne où celui-ci prend naissance.
Cette modulation prouve l'existence d'anomalies magnétiques
localisées en longitude et près de la surface, qui
n'ont pu être détectées par les magnétomètres
des sondes Pioneer et Voyager. L'origine des électrons
qui provoquent l'émission radio n'est pas encore claire.
Il peut s'agir soit d'électrons du vent solaire trouvant
un accès aux lignes de force de la magnétosphère
interne, soit d'électrons accélérés
à l'intérieur même de la magnétosphère
lors d'orages magnétiques semblables à ceux que
l'on observe sur Terre. Ces émissions radio semblent d'ailleurs
reliées à des variations de la pression du vent
solaire et à l'apparition d'aurores polaires détectées
en ultraviolet.
Observés pour la première fois par Galilée en 1610, les anneaux de Saturne sont probablement l'un des plus beaux spectacles qu'on puisse voir dans le ciel avec une simple paire de jumelles. Leurs survols par les sondes Voyager en novembre 1980 et août 1981 nous ont révélé un magnifique système composé d'un nombre incalculable de milliards de "cailloux" en orbite autour de Saturne et formant des milliers de structures étonnantes. Les sondes Voyager ont non seulement photographié l'un des plus beaux objets du ciel, mais aussi l'un des plus intéressants scientifiquement, et l'un des plus mal compris actuellement.

Au cours de l'été de 1610, Galilée, qui fut
un des premiers à utiliser une lunette pour observer le
ciel, fit une moisson de découvertes. En particulier, il
découvrait "quelque chose autour de Saturne";
il crut tout d'abord avoir découvert deux gros satellites
de part et d'autre de la planète, mais il remarqua que
ces deux compagnons de Saturne ne présentaient aucun mouvement
apparent par rapport à la planète, ce qui l'intrigua
beaucoup. Il fut encore plus stupéfait quand, deux ans
plus tard, il constata que ces deux compagnons avaient apparemment
disparu. Pendant plus de quarante ans, les astronomes furent intrigués
par l'aspect changeant de l'environnement de Saturne; les uns
voyaient deux satellites, d'autres une planète aplatie,
d'autres encore des structures complexes, et les observateurs
polémiquaient sur la qualité de leurs instruments
ou bien sur l'acuité visuelle de leurs collègues.
Ce n'est qu'en 1654 que Christiaan Huygens trouvait la solution
du problème : Saturne est entouré d'un anneau brillant
situé dans le plan équatorial de la planète;
au cours des vingt-huit ans que dure une révolution de
Saturne autour du Soleil, ces anneaux sont vus alternativement
par la tranche, puis de manière plus ouverte, d'où
leur aspect changeant à travers les lunettes imparfaites
de l'époque (il ne faut pas oublier que les lunettes du
XVIIe siècle étaient loin d'avoir la qualité
d'une simple paire de jumelles de grande diffusion actuellement).
Jean-Dominique Cassini, le premier directeur de l'observatoire
de Paris alors nouvellement créé, découvrait
une division (qui porte maintenant son nom), démontrant
ainsi que les anneaux n'étaient pas homogènes, et
il suggérait qu'ils étaient formés d'une
multitude de petits satellites. De nombreux astronomes des XVIIe
et XVIIIe siècles croyaient cependant que les anneaux étaient
solides, et il fallut attendre 1785 pour que Pierre Simon de Laplace
démontre qu'un anneau solide serait instable et détruit
par les effets de marée de la planète. Laplace suggérait
alors que les anneaux étaient en fait constitués
d'une série de minces anneaux solides concentriques. En
1857, James Clerk Maxwell démontrait théoriquement
que les anneaux étaient constitués de "particules"
solides indépendantes en rotation différentielle
autour de la planète. En 1898, James Edward Keeler obtenait
un spectre de Saturne et de ses anneaux et montrait, en mesurant
la vitesse radiale des anneaux grâce à l'effet Doppler-Fizeau,
que ces anneaux tournaient bien autour de Saturne de manière
différentielle comme devaient le faire une multitude de
petits satellites indépendants obéissant aux lois
de Kepler, les particules les plus proches de Saturne tournant
en moins de 8 heures (soit plus vite que la planète sur
elle-même) et les plus éloignées en plus de
12 heures. L'étude théorique de Maxwell était
ainsi confirmée. En 1911, Henri Poincaré soulignait
l'importance des collisions mutuelles des particules qui composent
ces anneaux et remarquait que ces phénomènes de
collisions actuellement à l'uvre au sein des anneaux
devaient avoir joué un rôle fondamental au début
de l'histoire du système solaire. Il fallut cependant attendre
les années 1970 et 1980 pour que des études théoriques
quantitatives du rôle de ces collisions soient entreprises.
Il est intéressant de constater que, de Galilée
à Poincaré en passant par Huygens, Laplace et Maxwell,
quelques-uns des plus grands noms de la physique ont été
associés à l'étude de ces anneaux. La découverte
des anneaux d'Uranus en 1977, de ceux de Jupiter en 1979 et de
ceux de Neptune en 1989, le survol de Saturne par les sondes Pioneer
et Voyager entre septembre 1979 et août 1981 et la découverte
de structures étonnantes au sein des anneaux de Saturne
ont relancé l'intérêt pour ces anneaux.
Pourquoi y a-t-il des anneaux autour des planètes géantes?
Pourquoi l'étude des anneaux est-elle si importante en
astrophysique?
Alors qu'on s'est longtemps demandé pourquoi Saturne était
la seule planète entourée d'anneaux, l'existence
d'anneaux autour des planètes géantes nous paraît
maintenant naturelle. Très près d'une planète,
les forces de marées brisent tout corps de grosse taille
en petits "cailloux", et le jeu des collisions mutuelles
de ces petits corps conduit à la formation d'un disque
dans le plan équatorial de la planète. Si on considère
un satellite en orbite autour d'une planète, chaque point
de ce satellite est soumis à une force d'attraction de
la planète, force qui dépend de la distance à
la planète (elle est inversement proportionnelle au carré
de la distance). Chaque point du satellite est donc à chaque
instant soumis à une force d'attraction légèrement
différente de celle qui s'exerce sur son voisin, compte
tenu du fait qu'ils ne sont pas exactement à la même
distance de la planète. Si on compare cette attraction
différentielle de la planète sur les différents
points du satellite avec l'attraction propre du satellite (forces
d'attraction gravitationnelle des différents points du
satellite entre eux, auxquelles il faut ajouter les forces de
cohésion dans le cas d'un satellite solide), on met en
évidence autour de chaque planète une limite, en
deçà de laquelle un corps est brisé en morceaux
plus ou moins gros, et au-delà de laquelle il peut subsister.
C'est ainsi que si la Lune était à moins de 18 000
kilomètres de la Terre (au lieu de 400 000) elle serait
brisée en morceaux de 200 kilomètres environ de
dimension. Autour de Saturne, aucun gros satellite ne peut subsister
à moins de 140 000 kilomètres du centre et on observe
en fait une myriade de particules de un micromètre à
plusieurs kilomètres, toutes rassemblées au sein
d'anneaux. Cette limite en deçà de laquelle il n'existe
aucun gros satellite est appelée la limite de Roche depuis
sa mise en évidence par le mathématicien français
Édouard Roche en 1850. Par ailleurs, les petits corps en
orbite autour d'une planète subissent des collisions mutuelles
au cours de leur ronde incessante. De l'énergie est perdue
au cours de ces collisions souvent violentes et ce phénomène
conduit rapidement à la formation d'un disque de faible
épaisseur dans le plan équatorial de la planète.
Le calcul montre que, à partir d'un nuage de particules
autour de Saturne, un magnifique anneau est formé en moins
d'un an par le jeu des collisions inélastiques mutuelles
des particules. Ce temps est évidemment très court
par rapport à l'âge du système solaire.
Les anneaux de Saturne ne sont pas seulement l'un des plus beaux
objets du ciel; ils passionnent les astronomes dans la mesure
où ils sont le siège de phénomènes
très répandus dans l'Univers mais qui ont lieu beaucoup
plus loin de nous et sont donc nettement moins accessibles à
l'observation. De nombreux d'objets célestes, bien que
très différents quant à leur nature et à
leurs dimensions, se présentent sous forme d'un disque
plat autour d'un corps ou d'un renflement central. Les anneaux
de Saturne, étudiés depuis des siècles, constituent
le système en forme de disque le plus proche de nous (si
l'on excepte les anneaux de Jupiter, encore mal connus et apparemment
moins riches) et devraient nous révéler d'importantes
informations sur la dynamique de systèmes aplatis beaucoup
moins accessibles tels que les galaxies spirales, les disques
d'accrétion autour des trous noirs ou des étoiles
à neutrons, ou encore la nébuleuse protosolaire
juste avant la formation des planètes.
Vus depuis la Terre, les anneaux de Saturne nous apparaissent
comme un système de zones concentriques de différentes
luminosités séparées par des divisions sombres.
De l'intérieur vers l'extérieur, on distingue successivement
l'anneau D, de très faible luminosité, qui commence
à quelques milliers de kilomètres de la couche supérieure
des nuages de Saturne (elle-même située à
60 000 kilomètres du centre de Saturne), puis un anneau
C fortement transparent qui a environ 20 000 kilomètres
de largeur; un anneau B, le plus brillant, s'étend ensuite
sur 25 000 kilomètres; une division de 5 000 kilomètres
de large, appelée division de Cassini, sépare l'anneau
B de l'anneau A, qui s'étend sur 15 000 kilomètres
et marque, à 136 000 kilomètres, l'extrémité
des anneaux observables depuis la Terre. Deux anneaux minces,
l'anneau F et l'anneau G, se trouvent respectivement à
140 000 et à 170 000 kilomètres du centre de Saturne.
Un anneau très ténu, observable depuis la Terre
seulement au moment où les anneaux sont vus par la tranche,
l'anneau E, s'étend jusqu'à une distance de plus
de 550 000 kilomètres, bien au-delà de la limite
de Roche (cf. figure). Saturne et ses anneaux sont vus depuis
la Terre sous un angle apparent de 48 secondes d'angle et, en
raison de la turbulence de l'atmosphère terrestre, il est
difficile de distinguer une structure de moins de quelques milliers
de kilomètres de dimension. Les particules des anneaux
tournent autour de Saturne en obéissant aux lois de Kepler,
les plus proches ayant une période de révolution
de 7 heures 46 minutes, et les plus éloignées une
période de 14 heures 27 minutes. Alors que les études
des anneaux dans le domaine visible révèlent des
zones plus ou moins brillantes correspondant à l'abondance
ou à la déficience relative de matière en
fonction de la distance à la planète, l'étude
du rayonnement infrarouge montre la présence de raies d'absorption
qui sont caractéristiques de l'eau : les particules sont
donc recouvertes de givre contenant quelques impuretés.
Les anneaux sont des émetteurs radio très faibles;
ils sont en revanche d'excellents réflecteurs des ondes
radar à des longueurs d'onde de 3 et de 12 centimètres,
ce qui implique que de nombreuses particules sont de dimensions
supérieures à ces longueurs d'onde.
Lors du survol de Saturne par les sondes Voyager, l'essentiel
des surprises est venu de l'observation des anneaux, à
tel point que après le passage de Voyager-1 en novembre
1980, la sonde Voyager-2 a été reprogrammée
pour donner une plus grande priorité à l'observation
des anneaux. Contrairement à ce que semblait indiquer leur
observation depuis la Terre, les anneaux ne sont pas constitués
de larges zones relativement homogènes, mais ils se composent
en fait de milliers de minces anneaux concentriques donnant à
l'ensemble l'aspect d'un microsillon. Les détails les plus
fins découverts par Voyager-1 ont été observés
avec une meilleure résolution par Voyager-2 et se subdivisent
eux-mêmes en des structures encore plus fines. Alors que
l'image traditionnelle d'un anneau était celle d'un ensemble
de particules en mouvement autour de la planète, subissant
des collisions mutuelles et rassemblées en une structure
circulaire parfaitement symétrique et à bords mal
définis, les sondes Voyager ont révélé
des anneaux non circulaires ou excentriques, des anneaux torsadés,
des anneaux en forme de serpentin, des anneaux irréguliers
avec des accumulations locales de matière, des anneaux
à bords nets et des ondes. Toutes ces structures posent
un défi aux physiciens et leur fournissent de nouveaux
mécanismes qu'ils s'empressent d'appliquer à d'autres
objets.
Des structures radiales, sortes d'immenses traces de doigts de
plus de 20 000 kilomètres de long sur le microsillon des
anneaux, ont été découvertes grâce
à la sonde Voyager-1, et on les a vues se former en moins
de 10 minutes lors du passage de Voyager-2. C'est probablement
la manifestation d'orages magnétiques au sein des anneaux:
de petites particules d'une dimension de l'ordre du micromètre
sont soulevées par l'action du champ magnétique
de Saturne et forment des boursouflures au-dessus et au-dessous
du plan des anneaux.
Au moment où la sonde Voyager-2 a traversé le plan
des anneaux à environ 2,8 rayons saturniens, elle a enregistré
plus de dix mille impacts de petites particules d'une taille de
l'ordre du micromètre pendant les 5 minutes qu'elle passa
dans une zone d'environ 2 000 kilomètres d'épaisseur
de part et d'autre du plan des anneaux, et le mécanisme
d'orientation de la plate-forme d'observation est tombé
en panne à ce moment-là. Ce milieu paraît
très hostile.
Le fait que les anneaux possèdent des bords très
nets et non diffus ainsi que la présence de milliers d'anneaux
minces nettement séparés les uns des autres indiquent
qu'un mécanisme de confinement de la matière est
actuellement à l'uvre au sein des anneaux. Il semble
que les responsables de ce confinement soient de petits satellites
ou de grosses particules (de l'ordre du kilomètre) qui
ont créé des divisions sombres relativement vides
de matière et repoussent les anneaux voisins. L'étude
théorique de l'interaction d'un satellite et d'un anneau
formé de petites particules subissant des collisions mutuelles
montre que les deux se repoussent. À cause des collisions,
une force d'attraction comme la gravitation peut conduire, dans
ce cas particulier, à un effet de répulsion!
Les passages de la Terre dans le plan des anneaux de Saturne (phénomène
qui se produit tous les 15 ans) a donné lieu à de
très nombreuses observations en mars 1980 et en mai 1995
à l'aide de grands télescopes et du télescope
spatial Hubble; ils ont permis de mesurer indirectement l'épaisseur
des anneaux et de l'estimer à environ 1 kilomètre.
Cette détection très indirecte intègre en
fait la lumière diffusée, les satellites, les gros
blocs, un gauchissement éventuel des anneaux, etc., et
il est probable que l'épaisseur locale est encore plus
faible. À partir des mesures des sondes Voyager, on peut
l'estimer à quelques dizaines de mètres. Avec plus
de 300 000 kilomètres de diamètre et moins de 1
kilomètre d'épaisseur, les anneaux de Saturne représentent
le disque le plus fin que l'on connaisse actuellement dans l'Univers.
Une lame de rasoir devrait avoir moins de un micromètre
d'épaisseur pour rivaliser avec ces anneaux! Il n'est pas
impossible qu'un halo très ténu de petites particules
existe autour des anneaux.
L'étude de la couleur des anneaux révèle
que, bien qu'ils soient essentiellement recouverts de glace et
de givre, ils se distinguent nettement les uns des autres en fonction
de la distance à Saturne. La sonde Voyager a émis
un signal radio qui, après avoir traversé les anneaux,
a été reçu et étudié sur Terre;
elle a par ailleurs observé la lumière en provenance
de l'étoile d Scorpii au moment où elle traversait
les anneaux; elle a enfin observé les anneaux sous tous
les angles avant son approche et après sa rencontre avec
Saturne, comparant ainsi les quantités de lumière
réfléchie, diffusée et transmise. La comparaison
détaillée de la "difficulté" qu'ont
les ondes radio et les ondes lumineuses à traverser les
anneaux permet de tirer des conclusions précieuses sur
le nombre de particules, leur densité et leur taille. Le
dépouillement complet de ces observations a demandé
des années; il a révélé que des corps
de toutes tailles se trouvent au sein des anneaux, qu'ils aient
1 kilomètre ou 1 micromètre. Il est intéressant
de remarquer que les particules les plus petites, d'une dimension
inférieure au centimètre, sont plus ou moins rapidement
éliminées de l'environnement de Saturne à
cause des effets du rayonnement solaire: freinées par ce
rayonnement, elles s'écrasent sur la planète. La
présence d'un grand nombre de petites particules au sein
des anneaux signifie donc qu'elles sont arrivées bien après
la formation de Saturne et qu'il existe une source de petites
particules (fragments de collisions ou encore de petites éruptions
à la surface des satellites). On estime que la masse totale
des anneaux de Saturne est du même ordre que celle d'un
satellite moyen (1019 kg). Si la matière pouvait se condenser
(mais c'est impossible à l'intérieur de la limite
de Roche), ces anneaux formeraient un satellite comparable à
Dioné ou à Encelade.
L'origine des anneaux est évidemment inconnue; on ne sait
toujours pas s'ils sont composés du matériau primitif
qui existait au moment de la formation de Saturne et qui n'a jamais
pu s'agglomérer aussi près de la planète
à l'intérieur de la limite de Roche ou bien s'il
s'agit d'un corps capturé plus tard par Saturne qui aurait
été brisé à l'intérieur de
la limite de Roche. Les astronomes penchent actuellement plutôt
pour la première hypothèse, mais, même si
les anneaux sont jeunes, ils présentent un grand intérêt
pour la cosmogonie dans la mesure où la nébuleuse
protosolaire est passée un jour par cet état où
des corps plus ou moins gros en orbite autour du Soleil subissaient
des collisions mutuelles avant de s'agglomérer en planètes,
et où des mécanismes de confinement ont aussi joué
un rôle important dans la formation des planètes
et des satellites.
Le jeu de l'attraction mutuelle de Saturne, de ses satellites
et de toutes les particules des anneaux, les collisions entre
particules, l'influence du champ magnétique de Saturne
et du rayonnement solaire sur les petites particules des anneaux
font des anneaux de Saturne un merveilleux laboratoire naturel
de nombreux phénomènes célestes, laboratoire
qui continuera à passionner physiciens et astronomes!
En 1970, on connaissait dix satellites autour
de Saturne; le plus gros, Titan, avait été découvert
au XVIIe siècle par Christiaan Huygens. En 1994, on en
connaissait vingt et un. Quatre ont été découverts
en mars 1980 depuis la Terre, alors que lon voyait les anneaux
par la tranche, et sept ont été découverts
par les sondes Voyager-1 et -2.
Le système saturnien est unique dans le système
solaire au point de vue de ses propriétés physiques
et orbitales (tabl. 1). Alors quavec Mercure, Vénus,
la Lune, la Terre, Mars et les satellites de Jupiter, on connaissait
deux catégories de tailles de corps solides dune
part, de «gros» corps sphériques de diamètre
supérieur à 3 000 kilomètres, dautre
part, de petits corps non sphériques, de grand axe inférieur
à 300 kilomètres , le système saturnien
comprend trois classes de satellites: un «gros» satellite,
Titan (5 150 km de diamètre), quatorze «petits»
satellites non sphériques (dimensions inférieures
à 400 km) et six satellites sphériques de taille
intermédiaire (diamètres compris entre 400 et 1
500 km): Mimas, Encelade, Téthys, Dioné, Rhéa
et Japet.
Titan possède une importante atmosphère (la pression
au sol est égale à 1 500 hectopascals) et est entièrement
couvert de nuages. Cest le seul satellite du système
solaire dans ce cas.
Les orbites des satellites sont elles aussi exceptionnelles à
de nombreux titres:
deux petits satellites sont situés en deçà
de lanneau F (Atlas et Prométhée), et un autre
est juste au-delà (Pandore); ces deux derniers satellites
(Prométhée et Pandore) sont dailleurs les
satellites «gardiens» de lanneau F;
deux petits satellites (Épiméthée
et Janus), situés pratiquement sur la même orbite,
voient leur distance mutuelle varier périodiquement;
Dioné et Téthys possèdent des petits
satellites lagrangiens, cest-à-dire des satellites
situés sur leurs orbites, mais à 600 de part et
dautre du satellite principal;
trois paires de satellites montrent des commensurabilités
orbitales; il sagit de Mimas et de Téthys (périodes
orbitales de 0,94 j et de 2 Z 0,94 j = 1,88 j), dEncelade
et de Dioné (périodes de 1,37 j et de 2 Z 1,37 j
= 2,73 j), de Titan et dHypérion (périodes
de 15,94 j et de 21,27 j: quand Titan accomplit quatre révolutions,
Hypérion en accomplit trois);
le système saturnien possède le seul satellite
du système solaire dont la période de rotation est
chaotique, cest-à-dire varie dune orbite à
lautre; il sagit dHypérion.

Titan a une densité moyenne de 1,9.
Il est donc vraisemblablement constitué dun mélange
de glaces (glace deau, plus éventuellement glaces
dautres composés volatils) et de silicates en proportion
voisine. Les six satellites de taille intermédiaire ont
une densité moyenne comprise entre 1,0 et 1,4, et sont
donc majoritairement constitués de glaces. On ne connaît
pas la densité des petits satellites.
Aucune donnée directe ne peut apporter de renseignement
sur la structure interne de ces satellites.
Les satellites peuvent être divisés en quatre groupes
en fonction de leur albédo:
Titan, dont la surface est nuageuse, a un albédo
de 0,2;
la majorité des satellites (dix-huit) a un albédo
important (supérieur à 0,3), cest-àdire
quils réfléchissent une part importante de
la lumière solaire; Encelade, cas exceptionnel, possède
même un albédo supérieur à 0,9; ces
albédos élevés indiquent que la surface comprend
une importante proportion de glaces, mélangées à
des silicates; dans le cas dEncelade, il sagit de
glaces quasi pures;
Phoebé possède un albédo extrêmement
faible (0,06); son orbite est rétrograde; ces deux caractéristiques
indiquent quil sagit vraisemblablement dun astéroïde
capturé;
Japet possède un hémisphère ayant
un albédo élevé (0,5) et vraisemblablement
composé de glaces, et un hémisphère très
sombre (albédo égal à 0,05); lorigine
de cette dualité reste un mystère.
Situé très loin du Soleil, tous ces satellites ont
une température superficielle très basse (_ 200
0C environ).
Dix petits satellites ont été
observés par les sondes Voyager avec une certaine résolution:
huit satellites «internes», et deux lointains (Hypérion
et Japet). Les huit petits satellites internes semblent être
de «simples» blocs de glaces non sphériques
et criblés de cratères dimpact. Lorigine
dun tel nombre de petits corps près de Saturne nest
pas claire (gros corps sétant fracturé, accrétion
incomplète?...).
Quoique un peu plus sombre, Hypérion ressemble aussi beaucoup
aux satellites internes.
Le cas de Phoebé est à part. Ce satellite gravite
sur une orbite rétrograde, et ressemble aux astéroïdes
les plus primitifs. Le problème vient de sa forme. Alors
que tous les autres satellites ne sont pas sphériques
ce qui est normal, car leur faible taille et la faible gravité
superficielle nont pas permis leur différenciation
et lacquisition dune forme sphérique malgré
leur composition glacée (fusion possible dès 0 0C)
, Phoebé est un corps sphérique de 220 kilomètres
de diamètre. On ne comprend pas pourquoi et comment un
corps apparemment silicaté (fusion nécessitant une
température voisine de 1200 0C) et dun tel diamètre
a pu devenir sphérique, alors quHypérion,
par exemple, corps de dimensions 410 kilomètres Z 260 kilomètres
Z 220 kilomètres ne lest pas devenu, malgré
sa composition glacée.

Alors que lon sattendait à
ce que les six satellites de taille intermédiaire se ressemblent,
les missions Voyager ont révélé des corps
bien différents. Tous ces satellites sont sphériques,
ce qui révèle quils sont composés dun
corps suffisamment plastique (la glace) pour que leur forme soit
approximativement confondue avec une surface équipotentielle
bien que la gravité soit très faible.
Dun diamètre de 392 kilomètres,
Mimas présente une surface entièrement criblée
de cratères dimpact, ce qui atteste du grand âge
de cette surface (supérieur à 4 milliards dannées).
Le trait morphologique caractéristique de Mimas est un
gigantesque cratère dimpact, Herschel, de 130 kilomètres
de diamètre (un tiers du diamètre de Mimas!), de
10 kilomètres de profondeur, et possédant un piton
central de 6 kilomètres de hauteur. La présence
de tels reliefs montre que la gravité était trop
faible (par rapport à la plasticité de la glace)
pour les «effacer». Le reste de la surface de Mimas
est parcouru de vastes fractures qui sont peut-être les
conséquences directes de limpact qui est à
lorigine de Herschel. Les modèles théoriques
prévoient quune météorite à
peine plus grosse aurait fait éclater Mimas.
Encelade est le satellite de Saturne le plus
énigmatique. Alors quil a une taille voisine de celle
de Mimas (500 km de diamètre), et que, comme ce dernier,
il devait avoir une activité géologique quasi nulle
(il dispose de très peu dénergie interne),
sa surface en montre dévidents signes récents.
La moitié de cette surface est criblée de cratères,
mais moins que celle de Mimas. Elle nest donc que modérément
«ancienne». Et il existe toutes les transitions entre
ces surfaces relativement cratérisées (donc relativement
anciennes) et des surfaces non cratérisées, cest-à-dire
très jeunes (de 100 à 500 millions dannées)
au regard de lâge du système solaire. Un processus
a donc renouvelé de façon continue la surface de
ce satellite.
Bien quaucun trait morphologique indiscutablement volcanique
ne soit identifiable, il semble bien quil existe un «volcanisme»
(volcanisme deau plus ou moins ammoniaquée) qui a
recouvert et renouvelé la surface au cours des âges.
Il existe une autre indication indirecte de lexistence de
ce volcanisme: cest au niveau de lorbite dEncelade
que lanneau E de Saturne est le plus dense, comme si cet
anneau était alimenté par des projections volcaniques
«enceladéènnes», à linstar
de Io, qui alimente un tore de plasma soufré [cf. JUPITER].
Pour compliquer le tout, les surfaces les plus jeunes présentent
une morphologie de crêtes et de sillons qui nest pas
sans rappeler la morphologie des terrains clairs de Ganymède,
ou des terrains récents de Miranda. Comme pour ces deux
autres satellites, lorigine précise de cette morphologie
est actuellement incomprise.
Le grand problème que pose Encelade est lorigine
de lénergie qui a pu entretenir une activité
géologique et un volcanisme jusquà des époques
si récentes. Les seules sources dénergie internes
connues sont, dune part, la radioactivité naturelle,
dautre part, les marées. Pour engendrer un volcanisme,
il faut atteindre une température supérieure à
0 0C dans le cas de la glace deau pure, et de _ 100 0C dans
le cas de la glace ammoniaquée. Dans le cas dEncelade,
aucun de ces deux processus ne semble suffisant daprès
les calculs théoriques, à moins de supposer que
ce satellite est extraordinairement riche en uranium, ce qui est
contredit par sa faible densité. Des évolutions
orbitales multiples ont été modélisées,
mais aucune na pu engendrer dénergie «marémotrice»
suffisante et de façon continue. Encelade est donc une
«machine thermique» dont on ne connaît pas la
source de chaleur.
Téthys a un diamètre de 1 060
kilomètres. La moitié de sa surface ressemble à
celle de Mimas: elle est saturée de cratères, donc
très ancienne. Lautre moitié montre nettement
moins de cratères, et est donc plus récente (de
3 à 3,5 milliards dannées environ). Un processus
géologique a donc rajeuni la surface. Lorigine de
lénergie pose moins de problème que dans le
cas dEncelade, puisque Téthys a un diamètre
deux fois plus grand, et une masse (et une production de chaleur
dorigine radioactive) huit fois plus importante.
Téthys présente aussi un gigantesque cratère
dimpact, Odysseus, de 400 kilomètres de diamètre.
Ce cratère nest pas très profond: la plasticité
de la glace et la gravité étaient suffisamment fortes
pour que le fond du cratère rejoigne une surface équipotentielle,
ce qui nétait pas le cas pour le grand cratère
de Mimas. À 900 de ce cratère géant, Téthys
est parcouru par une immense vallée qui ressemble à
une fracture; cette structure, Ithaca Chasma, a 2 000 kilomètres
de longueur, 100 kilomètres de largeur, et quelques kilomètres
de profondeur. On ne sait pas de façon formelle si cette
structure est une conséquence indirecte de limpact
qui a créé Odysseus, ou une conséquence de
lactivité interne propre à la planète.
Dioné a à peu près le
même diamètre que Téthys (1 120 km), et possède
aussi, comme ce dernier, des terrains relativement peu cratérisés,
donc relativement jeunes, preuve dune certaine activité
géologique interne. En revanche, Dioné ne montre
pas de cratères météoritiques géants,
ni de fossés identiques à Ithaca Chasma, mais des
vallées plus ou moins sinueuses, des craquelures, et des
rides assez larges. Là encore, lorigine de la morphologie
de ces structures nest pas claire.
Rhéa est le plus gros des satellites
intermédiaires de Saturne (diamètre de 1 530 km),
et cest bizarrement celui dont lactivité géologique
est la moins apparente (avec Mimas). Rhéa se présente
en effet comme entièrement criblé de cratères,
ce qui atteste le très grand âge de sa surface. Un
examen plus attentif du nombre et de la taille de ces cratères
met cependant en évidence deux âges de terrains différents:
la moitié de Rhéa aurait un âge supérieur
à 4 milliards dannées, alors que lautre
moitié naurait «que» 3,5 milliards dannées.
Une étude des terrains les plus jeunes révèle
dailleurs des formes rappelant des structures volcaniques.
Le rajeunissement de la surface serait donc dû à
un volcanisme (deau plus ou moins ammoniaquée). Lorigine
de lénergie nest, là non plus, pas un
problème, compte tenu de la taille du satellite.
Lobservation de la surface révèle aussi des
figures tectoniques discrètes: fractures extensives et
rides compressives. Ces figures tectoniques sont dues à
de légères variations de volume du satellite provoquées
par des changements de phase de la glace à lintérieur
de Rhéa. La gravité de Rhéa est en effet
suffisante pour quil puisse exister un petit noyau de glace
II au centre du satellite. De très légères
variations de température entraînent la transformation
(réversible) glace I glace II, et, par là
même, de légères variations de volume [cf.
GLACE].
Japet (diamètre: 1 460 km) présente
deux hémisphères fondamentalement différents:
lhémisphère «avant» (dirigé
vers lavant de Japet dans son mouvement autour de Saturne)
est complètement noir, alors que lhémisphère
«arrière» ressemble à Rhéa ou
à Mimas, tant du point de vue de lalbédo que
de celui de la densité de cratères. La position
de lhémisphère sombre «à lavant»
peut suggérer une origine externe de ce faible albédo:
lavant du satellite aurait été recouvert dune
couche de poussière très sombre. Cette hypothèse
semble cependant contredite par plusieurs faits ou réflexions:
pourquoi les hémisphères avant des autres
satellites ne sont-ils pas noirs?
cette surface sombre nest traversée par aucun
cratère visible qui aurait fait apparaître la glace
claire située au-dessous;
les limites entre terrains clairs et sombres sont très
nettes, et parfois rectilignes;
certains cratères des terrains clairs ont leur fond
envahi par une substance sombre.
Une autre origine (encore très hypothétique) de
ces terrains sombres a donc été proposée:
ils seraient dus à un volcanisme de méthane. La
surface de cette glace de méthane se serait ensuite assombrie
sous laction du vent solaire et des particules chargées
de lenvironnement saturnien, qui auraient décomposé
et transformé le méthane en carbone et autres produits
organiques, dune part, en hydrogène, dautre
part. Mais pourquoi seul Japet aurait-il eu ce volcanisme de méthane,
et pourquoi uniquement sur la face avant?
Titan est un monde à part, unique dans
le système solaire. Son diamètre (5 150 km) est
compris entre celui de Mercure et celui de Mars (tabl. 2). Sa
densité moyenne (1,88) indique quil est vraisemblablement
constitué dun mélange de glaces (deau
surtout, et éventuellement de méthane CH4 et dammoniac
NH3). Divers modèles ont été élaborés
pour connaître sa structure interne. Ces modèles
vont dun corps absolument non différencié
à un corps complètement différencié,
avec des silicates au centre et des couches concentriques de diverses
glaces deau: de lintérieur vers lextérieur,
glaces VI, V, II, I.
Titan possède une atmosphère et une couverture nuageuse
orangée qui nous cache sa surface; des observations dans
linfrarouge menées depuis la fin des années
1980 ont cependant révélé quelques détails
de cette surface, en particulier la présence éventuelle
dun «continent» élevé. Latmosphère
fut lune des principales cibles scientifiques de Voyager-1.
La pression au sol est de 1 500 hectopascals, ce qui, étant
donné la faible gravité, indique une masse de 10,2
kilogrammes par centimètre carré, contre seulement
1 kilogramme par centimètre carré pour la Terre.
La température au sol est de _ 178 0C. Cette atmosphère
est principalement constituée dazote moléculaire
(N2), avec un peu dargon, de méthane et dhydrogène,
et de traces de corps organiques plus complexes comme CO, C2H6,
C3H8, C2H4.
Tous ces corps organiques complexes se condensent dans la partie
la plus froide de latmosphère, au-dessous de 200
kilomètres daltitude. Ils forment alors un aérosol
de fines particules (diamètre de 0,3 mm environ) qui constitue
une «brume» orangée uniforme qui nous cache
entièrement la surface de Titan.
Cette atmosphère est affectée dune dynamique
chimique et physique complexe. Les photons ultraviolets solaires
décomposent le méthane en un atome H et un radical
CH3, tous deux extrêmement réactifs. Les réactions
entre ces atomes, ces radicaux et lazote sont la source
de tous les corps organiques complexes présents dans latmosphère,
et aussi de lhydrogène. La quantité daérosols
organiques augmente donc progressivement dans latmosphère,
et il est vraisemblable que ces particules tombent lentement vers
la surface de Titan («neige» organique). Lhydrogène,
quant à lui, séchappe lentement dans lespace
à raison de 1027 atomes par seconde, et forme un immense
tore dhydrogène dilué au niveau de lorbite
de Titan.
La température (vers _ 180 0C) et la pression (1 500 hectopascals)
près du sol sont telles que le méthane doit être
pour latmosphère de Titan dans la même situation
que leau pour latmosphère terrestre. Il existe
très probablement des nuages et des pluies de méthane
à la surface de Titan, avec un système atmosphérique
convectif et une météorologie complexe. La grande
inconnue est la quantité de méthane restant à
létat liquide à la surface de Titan (flaques
ou océans?). Des modèles dignes de romans de science-fiction
ont été élaborés: océan de
méthane près des pôles, marécages de
méthane bouillant au niveau des zones tempérées,
déserts arides près de léquateur. Mais
létat précis de la surface de Titan ne sera
pas connu tant quun radar naura pas été
mis en orbite autour de Titan.