Carte d'identité de Vénus:

| Diamètre | 12 000 Km ( 0,95 fois la Terre ) |
| Masse | 0,817 fois la Terre |
| Rotation en | 243 jours |
| Tour du Soleil | 224 jours |
| Distance Soleil | 108 000 000 Km |
| Satellite | aucun satellite |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Vénus est la deuxième planète du système solaire que lon rencontre en séloignant du Soleil. Elle gravite sur une orbite quasi circulaire dont le rayon moyen est de 108 millions de kilomètres. De ce fait, Vénus reçoit un rayonnement solaire presque deux fois plus intense que la Terre, et sa période de révolution sidérale est de 224,7 jours terrestres. Paradoxalement, la rotation de la planète est extrêmement lente (243 jours terrestres) et seffectue dans le sens rétrograde. Le caractère circulaire de lorbite et la très faible inclinaison ( 20) de laxe de rotation par rapport au plan orbital nentraînent pas deffets saisonniers très marqués.
En raison de sa taille (rayon équatorial égal à
6 051,95 km, soit 0,949 rayon terrestre) et de sa masse (48,70
Z 1023 kg, soit 0,815 masse terrestre), Vénus est souvent
considérée comme comparable à la Terre. Sa
densité moyenne (5,25) indique que Vénus doit, à
linstar de la Terre, être constituée de roches
silicatées, et être une planète différenciée.
Malgré labsence de données sismologiques,
un modèle de structure interne fondé sur les données
topographiques et gravimétriques a été proposé.
Vénus posséderait en son centre un noyau de 2 900
kilomètres de rayon, constitué de fer; labsence
de champ magnétique suggère que le fer serait à
létat solide. Ce noyau serait entouré dun
manteau silicaté de viscosité plus importante que
celle du manteau terrestre (1020 Pa.s), due à sa composition
anhydre. Sa lithosphère thermique serait épaisse
de 300 kilomètres, alors que sa lithosphère élastique
aurait une épaisseur comparable à celle de la Terre,
soit 35 kilomètres. Sa croûte serait composée
de silicates de densité 2,8 (basalte) concentrant les éléments
radioactifs, daprès les analyses pétrochimiques
effectuées par les sondes soviétiques. Son épaisseur
crustale, déterminée par des modèles de déformation
tectonique et des modèles de relaxation viscoélastique
des reliefs et des modèles de compensation isostatique,
est estimée entre 10 et 30 kilomètres. Un tel modèle
de structure interne serait compatible avec lhypothèse
dune activité volcanique associée à
une certaine activité tectonique.
Souvent considérée comme la planète jumelle
de la Terre, en raison de leurs paramètres physiques similaires,
Vénus marque ses différences. Vue de lespace,
la Terre se caractérise par une sphère aplatie aux
pôles, entourée dune atmosphère nuageuse
laissant visible la surface, recouverte à 70 p. 100 docéans.
Au contraire, Vénus est entourée dune épaisse
atmosphère nuageuse qui concentre lénergie
solaire, provoquant un effet de serre pouvant être à
lorigine de lévaporation complète danciens
océans vénusiens.
Malgré des conditions particulièrement difficiles
(température moyenne au sol de lordre de 460 0C,
et pression moyenne de lordre de 95 bar, ou 9,5 MPa, soit
la pression régnant à 950 m de profondeur dans les
océans terrestres), des expériences soviétiques
(notamment Venera-13 et Venera-14, en 1982) se sont déroulées
à la surface même de la planète. Elles ont
permis de découvrir localement laspect de la surface,
et danalyser sommairement la composition du sol.
Du fait de lopacité de latmosphère,
lobservation de la surface de Vénus na pu être
réalisée quau moyen de radars (terrestres
ou placés à bord de sondes spatiales). En raison
de leurs propriétés physiques, les données
radars renferment un certain nombre dinformations sur les
états de surface, telles que la rugosité, la topographie,
les propriétés physico-chimiques. En revanche, les
caractéristiques géométriques des images
radars introduisent des déformations, et nécessitent
certaines précautions dans leur interprétation.
Les observations terrestres ont commencé dans les années
1960 et ont été réalisées à
laide de radiotélescopes et dantennes américains
(Arecibo, à Porto Rico, Goldstone, en Californie, et Haystack,
dans le Massachusetts) et soviétiques. Dans les meilleures
conditions, 30 p. 100 seulement de la surface a pu être
observée depuis la Terre avec une résolution de
lordre de 2 kilomètres. Les expériences spatiales
américaines et soviétiques ont permis daméliorer
considérablement notre connaissance de la surface de Vénus.
En 1978, le radar altimétrique placé à bord
de la sonde de la N.A.S.A. Pioneer Venus a couvert 93 p. 100 de
la surface, avec une précision altimétrique de lordre
de 200 mètres (pour une surface au sol de 100 km sur 100
km). En 1983, les radars imageurs des sondes soviétiques
Venera-15 et Venera-16 ont cartographié environ 35 p. 100
de la surface de lhémisphère Nord, avec une
résolution spatiale de lordre de 1 à 2 kilomètres.
À partir de 1990, laltimètre et limageur
radars embarqués à bord de la sonde américaine
Magellan ont acquis des données altimétriques et
des images radars sur plus de 98 p. 100 de la surface, avec respectivement
une précision altimétrique de 50 mètres pour
une surface au sol de lordre de 10 kilomètres de
côté, et, pour les images, une résolution
de 120 mètres (à léquateur) à
250 mètres (aux pôles). Lensemble de ces données
radars a permis de connaître la topographie de Vénus
avec une précision supérieure à celle de
la Terre!
Limagerie radar a montré que la surface vénusienne
présente une assez grande diversité morphologique
résultant à la fois dune histoire volcanique
et tectonique complexe. En raison de la faible population de cratères
dimpacts météoritiques distribués uniformément
sur la surface, lâge moyen de la croûte vénusienne
est estimé à 500 millions dannées environ.
Lubiquité des structures volcaniques, de morphologies
et de compositions variées, contraste avec la distribution
des structures volcaniques terrestres, concentrées aux
limites de plaques. Les structures tectoniques résultant
dune déformation crustale extensive et/ou compressive
présentent des morphologies linéaires (chaînes
de rides et de fractures), arquées (chaînes de montagnes)
et circulaires (coronae). Elles affectent lensemble de la
surface, se distribuant en une mosaïque de larges structures
dune centaine de kilomètres séparant des blocs
rigides de même dimension. Par conséquent, ces caractéristiques
volcaniques et tectoniques semblent indiquer que la dynamique
interne de Vénus se manifeste en surface différemment
de celle de la Terre, caractérisée par la tectonique
des plaques.
Vénus se caractérise par son atmosphère chaude
et massive: la pression au sol est de lordre de cent fois
la pression terrestre (9,5 MPa), et la température est
très élevée (460 0C). Le dioxyde de carbone
CO2 (96,5 p. 100) et lazote N2 (3,5 p. 100) constituent
à eux seuls plus de 99,9 p. 100 de latmosphère.
La chaleur qui règne à la surface ne tient pas au
fait que Vénus se trouve plus près du Soleil que
la Terre, mais à un puissant effet de serre, latmosphère
faisant écran au rayonnement thermique infrarouge du sol.
La pression élevée est due au dégazage intense
de la roche à haute température. Des composés
soufrés sont présents dans latmosphère,
sous forme danhydride sulfureux SO2 (0,015 p. 100) et, éventuellement,
dacide sulfhydrique H2S et doxysulfure de carbone
COS, alimentant lépaisse couche de nuages située
entre 50 et 70 kilomètres daltitude, essentiellement
constituée de gouttelettes dacide sulfurique H2SO4.
La couche nuageuse recouvre uniformément la planète,
dont elle dissimule la surface, 5 p. 100 seulement du rayonnement
solaire atteignant le sol.
La dynamique de latmosphère est dominée par
la rotation rapide de la zone qui est centrée sur la couche
nuageuse, et qui tourne sur elle-même en 4 jours terrestres,
beaucoup plus vite que la planète, dont la période
de rotation est de 243 jours. Les deux rotations ont lieu dans
le sens rétrograde. Lorigine de cette superrotation
doit être probablement recherchée dans limportante
masse de latmosphère, couplée par frottement
à la planète solide et, par leffet de marée
thermique induisant une forte asymétrie de la masse
atmosphérique , au champ gravitationnel solaire.
Les mécanismes dentretien de la superrotation, par
transport convectif et turbulent de moment angulaire assurant
le confinement en altitude et la redistribution en latitude de
lénergie de rotation, sont mal compris. Le déclenchement
de leffet de serre pourrait être dû à
une période dactivité tectonique et volcanique
intense durant le premier milliard dannées dexistence
de la planète, avec vaporisation dans latmosphère
dune quantité deau équivalant à
celle qui est contenue dans les océans terrestres, augmentant
la température et provoquant le dégazage du dioxyde
de carbone, avec amplification progressive de leffet de
serre. Leau aurait ensuite été perdue par
photodissociation et échappement gravitationnel de lhydrogène.
Laltimètre radar
de la sonde Magellan a permis de réaliser une carte altimétrique
précise de lensemble de la planète. La répartition
des altitudes est assez régulière, groupée
autour dune sphère de 6 051,95 km de rayon, défini
arbitrairement comme le rayon moyen planétaire (R.M.P.),
daltitude de référence nulle.
Bien que présentant en général une surface
relativement plate, Vénus possède quelques reliefs
importants dans certaines régions (fig. 1). Le point le
plus élevé culmine à 11,5 km au-dessus du
niveau de référence déterminé à
léquateur; il correspond à Maxwell Montes,
situé dans lhémisphère Nord de la planète.
Le point le plus bas ( 2 km) se situe au niveau dune
fosse (Diana Chasma), au sud de léquateur. Ainsi,
le dénivelé moyen atteindrait 13 kilomètres
environ, contre 20 kilomètres sur Terre. Sur la base de
leurs altitudes moyennes, on distingue trois grandes catégories
dunités morphologiques: les «plaines ondulées»,
les «hautes terres», les «basses terres».
Les plaines ondulées , dont laltitude varie entre
0 et 2 kilomètres, constituent 65 p. 100 de la surface.
Les hautes terres , dont laltitude est supérieure
à 2 kilomètres, ne constituent que 8 p. 100 de la
surface. Elles apparaissent dans trois régions: Ishtar
Terra au nord, Aphrodite Terra et Beta Regio à léquateur.
Ishtar Terra et Aphrodite Terra ont toutes deux des tailles comparables
à celles de continents terrestres. Ishtar Terra se caractérise
par un haut plateau, Lakshmi Planum, de 4,5 km daltitude,
entouré de hauts reliefs, respectivement, dans le sens
des aiguilles dune montre, en partant du sud, Danu Montes,
Akna Montes, Freyja Montes et Maxwell Montes. Ces hauts reliefs
apparaissent clairs sur les images radars acquises par la sonde
Magellan, du fait de leur morphologie complexe. Aphrodite Terra
présente un alignement de hauts reliefs circulaires pouvant
atteindre 5,7 km daltitude, se distribuant le long de léquateur
sur plus de 15 000 kilomètres. Beta Regio est constituée
de deux reliefs importants atteignant 4,5 km de hauteur et qui
correspondent à deux volcans, Theia Mons et Rhea Mons.
Les basses terres , dont laltitude moyenne est inférieure
à 0 kilomètre, constituent environ 27 p. 100 de
la surface. Elles se situent à divers endroits de la planète,
notamment dans Guinevere et Sedna Planitiae, entre Ishtar Terra
et Beta Regio.
À la différence de la répartition du relief
terrestre, la distribution du relief de Vénus est unimodale,
centrée à 0,5 km daltitude. En effet, sur
Terre, les altitudes se distribuent suivant deux modes: le fond
des océans, essentiellement composé de basalte,
se caractérisant par une bathymétrie moyenne de
4000 mètres, et les continents, essentiellement
constitués de granite, sélevant à une
altitude moyenne de 200 mètres. Ainsi, un seul mode daltitudes
suggère que la croûte de Vénus est composée
dun seul type de matériau. Les analyses pétrochimiques,
effectuées in situ par les sondes soviétiques Venera,
semblent indiquer que la composition des roches de surface serait
à rapprocher de celle des basaltes des fonds océaniques
terrestres. De plus, les analyses ont montré que les roches
se caractérisaient par des teneurs en éléments
radioactifs (potassium, uranium et thorium) assez élevées
et variables dun site à lautre.
Selon les régions où se sont
posées les sondes Venera, la surface présente des
aspects assez différents: uniformément lisse ou
fragmentée, parsemée de débris de dimensions
variables, juxtaposition de dalles constituées de roches
poreuses et présentant des bords nets et anguleux. Toutefois,
aucune trace dérosion mécanique par leau
et le gel, principaux agents érosifs sur Terre, na
été relevée sur les images radars, démontrant
labsence deau liquide à la surface de Vénus.
Des traces dérosion éolienne et de dépôts
de fines particules témoignent de la présence de
vents de plus de 1 mètre par seconde susceptibles daffecter
la surface par des phénomènes dabrasion et
de transport de particules. En outre, laltération
chimique doit également jouer un rôle important en
raison des conditions physico-chimiques de latmosphère
(haute température et haute pression, environnement corrosif).
Linterprétation
géologique des images radars acquises par la sonde Magellan
semble indiquer la présence de trois types dunités
géologiques: les cratères dimpact météoritiques,
dont la distribution en taille-fréquence renseigne sur
lâge moyen de la surface; les formations volcaniques,
qui renseignent sur la dynamique interne de la planète,
la structure thermique et chimique du manteau vénusien;
les structures tectoniques, qui apportent des informations sur
linteraction de la dynamique mantellique sur la croûte
vénusienne.
Les cratères dimpact se distribuent uniformément
sur la surface, avec des diamètres séchelonnant
entre 2 et 280 kilomètres. Labsence de petits cratères
suggère que latmosphère vénusienne
agit comme un filtre, consumant les météorites avant
que ceux-ci natteignent la surface. La densité des
cratères météoritiques permet destimer
lâge moyen de la surface à 500 millions dannées
environ. Cet âge, relativement jeune dans lhistoire
du système solaire, implique que le renouvellement de cette
surface sest produit soit de façon catastrophique
il y a 500 millions dannées, soit de façon
évolutive et en équilibre avec la cratérisation,
tout au long de lévolution de la planète.
Daprès les caractéristiques de limagerie
radar (géométrie, rugosité et réflectivité),
de nombreuses figures géologiques seraient dorigine
volcanique, ce qui implique que Vénus aurait connu une
intense activité volcanique. Malheureusement, aucune éruption
volcanique na été observée lors des
différentes missions spatiales, laissant planer le doute
sur la continuité de cette activité volcanique jusquà
nos jours. Ce volcanisme se présente sous des formes variées
(édifices volcaniques typiques, coulées de lave,
dômes magmatiques et dykes), témoignant dune
diversité de nature et de viscosité des magmas émis.
Ainsi, la variété morphologique des structures volcaniques
suggère que les processus magmatiques intrusifs et extrusifs
coexistent, et que les réservoirs magmatiques sont relativement
proches de la surface. Les variations morphologiques seraient
dues non seulement aux différences de tailles, de profondeurs,
de géométries et de la position altimétrique
des réservoirs, mais aussi à la structure de la
lithosphère et à son évolution. Les grandes
structures volcaniques sont interprétées comme lexpression
en surface de panaches mantelliques, suggérant que le manteau
vénusien est thermiquement dynamique. Toutes ces structures
se distribuent largement sur la surface, ce qui contraste fortement
avec lorganisation des structures volcaniques terrestres,
disposées essentiellement le long des frontières
de plaques. Toutefois, leur distribution nest pas aléatoire.
Il semble quil existe une grande dépendance entre
laltitude et le type des édifices volcaniques. Cette
dépendance peut sexpliquer par la combinaison de
la pression atmosphérique en fonction de laltitude,
et de la profondeur du réservoir magmatique. Ainsi, dans
les plaines, la pression étant plus importante, le réservoir
magmatique se situerait à faible profondeur, produisant
des laves très fluides et très chaudes. Au contraire,
sur les reliefs, les laves émises seraient plus visqueuses
et proviendraient de réservoirs plus profonds. Les structures
tectoniques (failles, plis, etc.) déterminées à
partir de leurs caractéristiques morphologiques, de leur
altitude et de leur distribution sont recensées sur lensemble
de la planète. Toutefois, des régions sont plus
particulièrement affectées, comme les hauts reliefs
dIshtar Terra, situés aux latitudes septentrionales,
et le long de la ceinture équatoriale, sur Aphrodite Terra
et Beta Regio.
Deux types de structures tectoniques sont définis suivant
leur mode de formation: les structures témoignant dune
déformation crustale en extension et celles qui résultent
de déformations compressives.
Les premières sorganisent suivant une géométrie
linéaire chaînes de fractures, large vallée
(rift) et une géométrie circulaire
joints polygonaux, coronae. Ces dernières sont des structures
propres à Vénus, uniques dans le système
solaire. Elles se caractérisent par une dépression
circulaire, de 100 à 2 600 kilomètres de diamètre,
délimitée par un anneau composé de rides
et de fractures, souvent daltitude plus élevée.
La périphérie des coronae est souvent soulignée
par un fossé plus ou moins continu. Lensemble est
souvent fracturé radialement et concentriquement, et associé
à des structures volcaniques. Au nombre de 175, les coronae
se distribuent sur lensemble de la planète, avec
une concentration plus élevée le long dAphrodite
Terra, et préférentiellement à des altitudes
intermédiaires. Plusieurs scénarios sont proposés
pour expliquer leur formation, allant dune remontée
mantellique (type point chaud) à un enfouissement annulaire
des terrains périphériques sous les terrains situés
au centre de la corona (type subduction).
Les secondes se présentent généralement suivant
une géométrie linéaire arquée. Dans
les plaines, les structures compressives se
caractérisent par la forme de chaînes de rides (plis)
pouvant déformer la surface crustale sur une largeur supérieure
à 100 kilomètres et une longueur de 100 à
1 000 kilomètres. Il existe aussi des chaînes de
montagnes situées dans la région dIshtar Terra,
caractéristiques par leur corrélation entre laltimétrie
et limportance de la déformation compressive présentant
des plis, des chevauchements et des cisaillements. Il faut ajouter
à ces deux groupes de structures tectoniques extensives
et compressives des terrains de faible altitude, appelés
tesserae, caractérisés par une morphologie complexe
dominée par des systèmes de rides et de vallées
se recoupant aléatoirement. Leur origine est controversée:
origine extensive et/ou compressive? Plusieurs modèles
géophysiques ont tenté de reproduire leur mode de
formation, impliquant soit de grands mouvements mantelliques horizontaux,
soit des glissements crustaux gravitaires à la périphérie
dun panache mantellique, soit des mouvements mantelliques
compressifs horizontaux à lorigine dun plateau
topographique plissé, suivis par une relaxation gravitaire
de ce dernier marquée par la présence de structures
extensives tardives.
Daprès la densité
de cratères dimpacts météoritiques
recensés, Vénus possède une surface relativement
jeune, denviron 500 millions dannées, vierge
de tout processus dérosion de type terrestre, mais
profondément remaniée par le volcanisme et la tectonique.
Lhistoire géologique de ses derniers 500 millions
dannées a pu être retracée à
partir de la chronologie relative des différentes unités
géologiques (par leurs relations de superposition et/ou
de recoupement), ainsi quà partir de la densité
de cratères dimpact les affectant. Ainsi, les tesserae
et les plaines seraient les unités géologiques les
plus anciennes de Vénus, âgées de 300 à
500 millions dannées. Les rifts, les coronae et les
vastes étendues de lave recouvrant les plaines se seraient
formés il y a 130 millions dannées. Enfin,
les grands volcans seraient les structures géologiques
les plus jeunes, âgées de 70 millions dannées
environ.
Ainsi, la présence de structures tectoniques associées
à des structures volcaniques semble indiquer que la surface
de Vénus a été soumise à dimportants
mouvements verticaux, et, plus localement, à des mouvements
horizontaux dampleur limitée, ces 500 derniers millions
dannées. Toutefois, lorganisation des structures
tectoniques et volcaniques diffère de celles qui sont observées
sur Terre, régie par la dynamique mantellique (tectonique
des plaques). En effet, cette organisation serait plutôt
à rapprocher de celle qui caractérise une planète
monoplaque.
Le champ de gravité
de lensemble de la planète a été estimé
à partir des variations de laccélération
de la sonde Magellan mises en évidence par le décalage
Doppler-Fizeau du signal radio émis depuis la Terre en
direction de la sonde et retransmis vers la Terre (fig. 2). Les
anomalies de gravité traduisent les changements du champ
de gravité à léchelle de la planète
dus aux reliefs et aux variations de densité des matériaux
à la surface ou en profondeur. À partir de ces données,
une évaluation peut être faite du degré de
compensation des reliefs, soit par une variation de lépaisseur
crustale, soit par des processus dynamiques mantelliques (convection).
Sur Vénus, il existe une forte corrélation entre
les anomalies de gravité et les reliefs, et cela à
différentes longueurs donde. Cette corrélation
indiquerait soit une très grande rigidité de lintérieur
lui permettant de supporter des surcharges topographiques à
des échelles de temps géologiques assez longues,
soit la formation relativement récente des principaux reliefs
et, par conséquent, labsence de compensation isostatique.
Une autre explication pourrait résider dans lexistence
dun support dynamique de la topographie. Les hauts reliefs
comme Ishtar Terra, Ovda Regio (région occidentale dAphrodite
Terra) pourraient être le résultat dun épaississement
crustal, comme le suggèrent les anomalies négatives
de Bouguer et disostasie. Mais, Beta Regio et Atla Regio,
autres hauts reliefs, seraient maintenus par des forces dynamiques
liées à la présence de points chauds en profondeur,
comme le suggèrent les anomalies de Bouguer négatives
associées à des anomalies isostatiques positives.
Vénus apparaît comme une planète monoplaque
dont la surface est affectée par des structures tectoniques
et volcaniques distribuées sur lensemble de sa surface.
À la différence de la Terre, régie par la
tectonique des plaques recyclant les deux tiers de sa surface
(plancher océanique) tous les 200 millions dannées
environ, la dynamique de Vénus serait de type point chaud,
conséquence majeure de labsence deau liquide
sur la planète. En effet, sur Terre, leau liquide
est réinjectée au niveau des frontières de
plaques en subduction, permettant, dune part, de diminuer
la viscosité du manteau terrestre, dautre part, de
créer un matériel secondaire constituant les roches
continentales. Comme le suggère lanalyse des courbes
hypsométriques de Vénus, un seul type de matériau
constituerait la croûte vénusienne; il sagit
dun argument supplémentaire pour une dynamique interne
de type primaire (point chaud). Enfin, lâge récent
de la surface, 500 millions dannées, suggère
que celle-ci a été recyclée soit de façon
catastrophique, cest-à-dire lors dune «tectonique
des plaques» antérieure, soit de façon épisodique.
Latmosphère de Vénus, très
massive puisque la pression au sol (de 92 à 95 Z 103 hPa)
est près de cent fois supérieure à la pression
terrestre, est essentiellement constituée de dioxyde de
carbone CO2 (96,5 p. 100). Cest en 1932 que le CO2 fut identifié
pour la première fois par observation de bandes dabsorption
dans le proche infrarouge. Dautres éléments
furent ensuite détectés par spectroscopie infrarouge
(CO, HCl, HF), mais ce nest quen 1967, lors de linjection
dans latmosphère de Vénus de la sonde soviétique
Venera-4, première dune douzaine de sondes datterrissage
(Venera-4 à Venera-14, Vega-1, Vega-2), que les concentrations
des principaux constituants furent mesurées plus précisément.
Le CO2 et lazote N2 (3,5 p. 100) constituent à eux
seuls plus de 99,9 p. 100 de latmosphère. On trouve
également des gaz rares (0,007 p. 100 dargon, 0,001
p. 100 de néon), de lanhydride sulfureux SO2 (0,015
p. 100) avec peut-être en quantités comparables de
lacide sulfhydrique H2S et de loxysulfure de carbone
COS, de la vapeur deau dont labondance varie avec
laltitude (de 0,001 à 0,02 p. 100). Lacide
chlorhydrique HCl a été détecté en
1968 depuis la Terre par des observations spectroscopiques. Bien
que son abondance soit faible (moins dune molécule
par million), il joue un rôle important dans la photochimie
de latmosphère gazeuse et des nuages. Lobservation,
à la fin des années 1950, démissions
radio centimétriques, identifiées comme étant
dues au rayonnement thermique du sol et indiquant une température
de surface extrêmement élevée, fut confirmée
par les mesures radio de la sonde américaine Mariner-2
en 1962, puis par les premières missions soviétiques
Venera. La température au sol est proche de 460 0C. Le
profil de température entre 0 et 100 kilomètres
(fig. 3) diffère notablement du profil terrestre. Dans
le cas de la Terre, on observe une inversion de température
vers 12 kilomètres daltitude, la température
se mettant alors à croître avec laltitude et
présentant un maximum vers 45 kilomètres (la zone
de gradient thermique positif définissant la stratosphère).
Ce phénomène est dû à la présence
dozone O3 et, dans une moindre mesure, doxygène
moléculaire O2, qui absorbe le rayonnement ultraviolet
solaire et chauffe latmosphère. Sur Vénus,
dont latmosphère est pauvre en oxygène et
en ozone, on observe une décroissance régulière
de la température jusquà 50 kilomètres
(0 0C), limite supérieure de la troposphère, puis
une décroissance plus lente dans la mésosphère,
entre 50 et 90 kilomètres ( 100 0C). Il nexiste
donc pas de stratosphère, la troposphère supportant
directement la mésosphère. Au-delà, dans
la région désignée sous le nom de thermosphère,
le chauffage est assuré, comme pour la Terre, par le rayonnement
ultraviolet solaire, et la température croît jusquà
30 0C. Côté nuit, la température décroît
pour atteindre 170 0C. La thermosphère nocturne
est couramment appelée cryosphère.
Une autre caractéristique essentielle de latmosphère
de Vénus est lépaisse couche nuageuse daspect
uniforme qui recouvre la planète, sétendant
entre 30 et 90 kilomètres daltitude, et qui présente
une stratification marquée, remarquablement stable. La
couche supérieure, localisée entre 70 et 90 kilomètres
daltitude dans une région froide ( 70 0C),
est une brume daérosols de taille inférieure
au micromètre, particulièrement développée
au-dessus des régions polaires. La couche principale, dont
la base se situe à 47 kilomètres daltitude,
est elle-même divisée en trois sous-couches et composée
de gouttelettes dacide sulfurique H2SO4 dont la distribution
granulométrique présente plusieurs modes, deux ou
trois suivant la sous-couche, correspondant à des tailles
typiques de particules de 0,1, 1 et 10 micromètres. Des
composés chlorés (peut-être FeCl3) sont probablement
présents aux altitudes inférieures à 60 kilomètres.
Au-dessous de la couche principale, on trouve une brume ténue
sétendant jusquà 30 kilomètres.
Cest par des mesures spectroscopiques et de polarisation
que les nuages de Vénus furent dabord étudiés
dans les années 1960. La présence dacide sulfurique
ne fut clairement établie, sur cette base, quen 1973
et confirmée par les analyses in situ au cours de plusieurs
missions soviétiques à partir de Venera-12 (1978)
et de la mission américaine Pioneer Venus (1979). Il faut
noter la détection controversée déclairs
atmosphériques par les sondes Venera-11 et Venera-14, Pioneer
Venus nayant en revanche rien décelé. Sur
le plan théorique, la possibilité de génération
du champ électrique nécessaire, par séparation
des gros aérosols se chargeant négativement durant
leur descente dans latmosphère, se heurte à
la trop faible quantité daérosols de taille
supérieure à 10 micromètres.
Cest la présence de SO2 et de H2O en quantité
relativement importante (respectivement 50 et 200 molécules
par million à la base de la couche nuageuse) qui est responsable
de la température très élevée régnant
dans la basse atmosphère, et non le fait que Vénus
se trouve plus près du Soleil que la Terre. Lémission
thermique infrarouge de la surface est en effet absorbée
par ces gaz, jouant le rôle décran, avec une
élévation considérable de la température
atmosphérique (effet de serre). Le CO2 participe également
à labsorption du rayonnement thermique mais, présentant
des fenêtres assez larges entre ses bandes dabsorption,
ne peut à lui seul rendre compte de la valeur très
élevée de la température. La troposphère
de Vénus ne reçoit pas de lumière solaire
aux longueurs donde inférieures à 400 nanomètres,
lultraviolet étant absorbé par SO2 et les
aérosols dans la couche nuageuse. Même dans le visible,
seulement 5 p. 100 de la lumière solaire atteint le sol.
Ce fait constitue une différence essentielle entre latmosphère
de Vénus et les atmosphères de la Terre et de Mars,
quasi transparentes au rayonnement solaire. Le flux ultraviolet
ne pénétrant pas dans la troposphère, les
processus photochimiques y jouent un rôle secondaire. La
seule exception notable est la photodissociation de S3, qui se
traduit par labsorption troposphérique du flux solaire
entre 400 et 500 nanomètres.
Lorsquon cherche à modéliser les réactions
entre les composés de O, C, N, S, H, Cl, F dans la basse
atmosphère, on se heurte au fait que les coefficients des
réactions dans les conditions extrêmes de température
et de pression régnant sur Vénus ne sont pas déterminés
expérimentalement. On travaille alors dans lhypothèse
de léquilibre thermochimique. Leffet de la
température et de la pression très élevées
est daugmenter considérablement la réactivité
de constituants qui, dans des conditions normales, ninteragiraient
que beaucoup plus faiblement. À basse altitude, la composition
chimique est réglée par les échanges avec
les minéraux de surface qui, à cette température,
libèrent dans latmosphère une grande quantité
de substances volatiles. La très forte valeur de la pression
sexplique dailleurs par ce phénomène.
Si lon suppose le dioxyde de carbone à léquilibre
thermochimique avec le sol (calcite CaCO3), on obtient par le
calcul une pression de lordre de 100 Z 103 hectopascals
à 460 0C, tout à fait comparable à la pression
mesurée. Ce genre de calcul repose sur lhypothèse
discutable que la composition minéralogique de Vénus
est voisine de celle de la Terre. Pour donner quelques exemples,
les quantités mesurées de HF et HCl sexpliquent
bien en supposant que ces espèces gazeuses sont en équilibre
thermochimique avec respectivement CaF2 et NaCl. De même,
labondance de O2 semble réglée par léquilibre
pyrite (FeS2)-anhydrite (CaSO4). La composition de la troposphère
de Vénus déduite des conditions déquilibre
thermochimique entre le gaz et la roche, et à plus haute
altitude entre les espèces gazeuses, reproduit de façon
assez satisfaisante les mesures. Elle est à peu près
indépendante de laltitude mais des variations sont
cependant possibles. La décroissance de labondance
de CO entre 60 kilomètres daltitude et le sol, passant
de 50 à 15 molécules par million, a pu être
interprétée. CO réagissant avec S3 pour former
COS et S2, la diminution de S3 lorsquon sélève
dans latmosphère, liée à sa photodissociation
par le flux ultraviolet solaire, se traduit par une augmentation
de labondance de CO avec laltitude. Un des problèmes
les plus intéressants, faisant intervenir à la fois
le sol, latmosphère gazeuse et les nuages, est létude
des mécanismes de destruction et de recyclage du soufre
présent dans latmosphère. Le cycle du soufre
peut être résolu en trois cycles (fig. 4): un cycle
géologique, avec formation de H2S et de COS par action
sur la pyrite FeS2 de H2O et CO2 respectivement, et deux cycles
atmosphériques; au cours du cycle atmosphérique
lent, les produits de la décomposition photolytique de
COS (S) et H2S (HS), réagissant avec O2 (provenant de la
décomposition photolytique de CO2), forment SO2, la réaction
thermochimique inverse se produisant à basse altitude;
au cours du cycle atmosphérique rapide, SO2 forme SO3 en
réagissant avec O (produit de photolyse de CO2) puis H2SO4
à partir de H2O. La synthèse photochimique de H2SO4
a lieu au-dessus de 50 kilomètres puisque le flux ultraviolet
solaire ne pénètre pas dans la troposphère.
Les gouttelettes dacide sulfurique forment une pluie et
sévaporent aux plus basses altitudes, avec transformation
thermochimique inverse de H2SO4 en SO2 et H2O qui remontent, entraînés
par la convection troposphérique, pour finalement reformer
H2SO4, réamorçant ainsi le cycle. Ce mécanisme
explique le maximum de vapeur deau enregistré vers
50 kilomètres daltitude, la présence de composés
chlorés, et non sulfurés, dans la partie inférieure
de la couche nuageuse, et la décroissance observée
des gaz soufrés au-dessus de 50-60 kilomètres daltitude.
Le SO2 de latmosphère, réagissant avec la
calcite CaCO3 du sol, forme CaSO4 avec régénération
de la pyrite par action de FeO et CO2 sur CaSO4, bouclant ainsi
le cycle géologique. Les abondances relatives de SO2, COS
et H2S, encore controversées (Pioneer Venus ayant trouvé
beaucoup plus de SO2, les sondes soviétiques des quantités
comparables), dépendent de lintensité relative
du cycle géologique et du cycle atmosphérique lent.
Lexistence de variations à long terme du SO2 de 40
hectopascals environ et de certaines incohérences entre
la composition du sol mesurée par les sondes Venera-13
et Venera-14 et la quantité de SO2 présent dans
la basse atmosphère suggèrent la possibilité
dun volcanisme actif, jouant le rôle de source épisodique
de SO2.
La composition atmosphérique entre 50 et 200 kilomètres
peut être calculée à partir dun modèle
photochimique dont les constituants de base sont CO2, H2O, HCl
et SO2. Comme pour Mars se pose la question de la stabilité
de latmosphère de CO2. Sous linfluence du rayonnement
ultraviolet solaire, photodissociant CO2, il devrait se former
assez rapidement du monoxyde de carbone CO et de loxygène
O2 en quantités importantes, ce qui nest pas observé.
La réponse réside probablement ici aussi dans laction
des produits de décomposition de leau (hydrogènes
impairs H, OH, HO2) qui réagissent avec CO pour reformer
CO2 avec, dans le cas de Vénus, un effet additionnel dû
aux composés chlorés (Cl, ClO, ClO2, COCl). Un autre
résultat important est la prédiction dune
couche de O2 entre 80 et 100 kilomètres. O2 se forme à
cette altitude essentiellement par action de ClO sur O, produit
de photolyse de CO2, laction de COCl conduisant à
sa destruction au-dessous de 90 kilomètres avec formation
dune dépression de O2 entre 60 et 80 kilomètres.
La quantité totale de O2 entre 60 et 100 kilomètres
est donc liée au cycle du chlore; elle est dautant
plus importante que la destruction de O2 par le chlore est inopérante.
Lobservation spectroscopique depuis la Terre permet de poser
une limite supérieure sur la quantité de O2, donc
de dégager une efficacité minimale de laction
du chlore. Lhydrogène atomique, formé par
photolyse de HCl, H2O et recombinaison de HCO2+ à haute
altitude, séchappe de latmosphère avec
un flux de 107 atomes par centimètre carré et par
seconde, en partie par échange de charge H-H+ (60 p. 100),
en partie par collision avec les atomes doxygène
chauds formés par recombinaison dissociative de O2+. Le
taux déchappement de O est de 3 Z 106 atomes par
centimètre carré et par seconde. Les températures
moyennes de la haute atmosphère étant très
différentes côté jour (10 0C) et côté
nuit ( 150 0C), la densité des constituants les plus
lourds (CO2, CO, O, N2) est environ cent fois plus importante
côté jour à 180 kilomètres daltitude.
Leffet de marée atmosphérique se traduit par
un flot rapide du jour vers la nuit, entraînant les éléments
légers (H, H2, He) qui saccumulent donc côté
nuit, avec un enrichissement dun facteur 100 à 1
000.
Leffet de marée thermique atmosphérique, qui
se traduit par une répartition asymétrique de lénorme
masse gazeuse de latmosphère vénusienne soumise
au gradient thermique jour-nuit (absorbant côté jour
95 p. 100 de la lumière solaire), a probablement joué
un rôle déterminant dans létablissement
des caractéristiques orbitales actuelles de la planète.
Très peu inclinée sur le plan de son orbite (20),
Vénus tourne sur elle-même en un temps extrêmement
long, avec une période de 243 jours terrestres, et dans
le sens rétrograde. En labsence datmosphère,
la force de marée solide, liée à laction
du champ gravitationnel solaire sur un corps asymétrique
en rotation, avec génération dun couple tendant
à ralentir la rotation, aurait dû rapidement synchroniser
la rotation et le mouvement orbital, la planète présentant
toujours la même face au Soleil. Le fait que la rotation,
bien que lente, ne soit pas synchrone, le jour vénusien
étant de 117 jours terrestres, tient très probablement
à lexistence dun couple gravitationnel agissant
sur le bourrelet généré par leffet
de marée thermique, couple qui est retransmis par frottement
à la surface solide. Ce couple, sexerçant
dans le sens rétrograde, compense exactement le couple
de marée solide, sexerçant dans le sens direct
(la planète tournant dans le sens rétrograde), avec
maintien dune rotation rétrograde résiduelle.
Le fait que lorbite de Vénus soit circulaire et laxe
de rotation quasi perpendiculaire au plan orbital, contrairement
aux cas terrestre et martien, implique labsence de saisons.
Lapparente simplicité théorique qui semble
résulter des conditions orbitales peu différenciées
de Vénus a été démentie par lobservation
à distance et lexploration in situ, dont le stade
ultime fut le largage en 1985, par les sondes datterrissage
Vega, de deux ballons-sondes qui, dérivant à une
altitude de 50 kilomètres sur une distance dune dizaine
de milliers de kilomètres, ont retransmis de nombreuses
informations sur le système de vents. La dynamique de latmosphère
de Vénus est en fait très complexe, essentiellement
à cause de sa masse, entretenant un système de circulation
atmosphérique atypique, encore assez mal compris.
Le fait le plus marquant de la dynamique de latmosphère
de Vénus est la rotation rapide de la couche atmosphérique
située entre 50 et 70 kilomètres daltitude
(fig. 5), découverte en 1960 par lanalyse du déplacement
de marques sombres observées sur des clichés de
la planète pris en lumière ultraviolette. Latmosphère
tourne environ soixante fois plus vite que la planète solide,
la superrotation seffectuant dans le même sens que
la rotation planétaire (sens rétrograde) avec une
période de 4 jours terrestres. La structure verticale de
la vitesse de lécoulement zonal a été
mesurée par les différentes sondes de descente,
montrant que le phénomène samorce vers 10
kilomètres daltitude, avec des vents dune dizaine
de kilomètres à lheure, samplifiant
régulièrement jusquà 65 kilomètres
(vents de 540 km/h) pour décroître ensuite et sannuler
vers 95 kilomètres daltitude. La distribution verticale
de la vitesse du vent zonal peut être reliée au gradient
latitudinal de température en supposant léquilibre
cyclostrophique dans la troposphère et la mésosphère.
Léquilibre cyclostrophique, bien vérifié
par lobservation (fig. 5), est un état dynamique
dans lequel la composante horizontale de la force centrifuge liée
à la rotation est exactement compensée par la force
due au gradient de pression. Sur la Terre, léquilibre
intervient entre gradient de pression et force de Coriolis, et
lon parle déquilibre géostrophique.
La couche en rotation rapide est encadrée par deux régions
aux régimes thermiques complètement différents:
Dans la thermosphère, au-dessus de 90 kilomètres,
le temps caractéristique de refroidissement par conductivité
thermique avec acheminement de la chaleur vers la mésopause
(frontière supérieure de la mésosphère)
puis dissipation radiative est court devant la durée du
jour vénusien. Du fait de la symétrie plane jour-nuit,
il se crée une circulation du point subsolaire vers le
point antisolaire à haute altitude, le gradient de pression
au terminateur (limite jour-nuit) étant si élevé
que lécoulement se fait à la vitesse du son
(800 km/h pour CO2), dans une situation proche de lécoulement
dun gaz dans le vide. La circulation jour-nuit à
haute altitude est compensée par une circulation inverse
au voisinage de la mésopause. Les flux de matière
dans les deux sens étant les mêmes, la vitesse découlement
de la nuit vers le jour à la mésopause est très
inférieure à la vitesse découlement
inverse à haute altitude, où la densité est
beaucoup plus faible. Le déplacement du bourrelet déléments
légers observé côté nuit denviron
3 heures locale par rapport au point antisolaire en direction
du matin montre lexistence dun vent zonal rétrograde
(est-ouest) de période 5-10 jours vers 130 kilomètres
daltitude, non directement lié à la superrotation
de la couche à 50-70 kilomètres, dont on sait quelle
sinterrompt vers 90 kilomètres daltitude.
Dans la troposphère, au-dessous de 50 kilomètres
daltitude, le temps caractéristique de refroidissement
est au contraire grand devant la durée du jour, lénergie
ne pouvant être évacuée que très difficilement
sous forme radiative à cause de leffet de serre.
La différence entre les conditions régnant côté
jour et côté nuit est donc très faible et,
du fait de la symétrie cylindrique de révolution
des gradients latitudinaux de température moyennés
sur des périodes très supérieures au jour
vénusien, léchange de chaleur na pas
lieu avec le point antisolaire mais avec le pôle. Il se
crée probablement, comme sur la Terre, deux cellules de
Hadley situées de part et dautre de léquateur.
Lair chaud, sélevant en régions tropicales,
est transporté vers les pôles, où il redescend
avant dêtre réacheminé vers léquateur.
Sur la Terre, la cellule de Hadley natteint pas les pôles,
la force de Coriolis, liée à la rotation rapide
de la planète, créant à latitude moyenne
une instabilité (instabilité barocline) responsable
du système de cyclones et danticyclones qui assure
le transport méridien aux latitudes moyennes.
Entre la cellule convective thermosphérique jour-nuit à
haute altitude et la cellule convective troposphérique
équateur-pôle à basse altitude, assurant la
circulation de la chaleur des régions chaudes vers les
régions froides, existe une large zone atmosphérique
(de 30 à 90 kilomètres daltitude), centrée
sur la couche nuageuse, dont le régime thermique est complexe,
contraint par des écoulements tout à fait différents
à la base et à son sommet. Cest dans cette
couche que prend place la superrotation. La source de lexcès
de moment angulaire peut être recherchée soit dans
laction de la planète solide, qui peut communiquer
par frottement une partie de son moment angulaire rétrograde
à latmosphère, soit dans laction du
Soleil exerçant un couple gravitationnel sur latmosphère
rendue asymétrique par leffet de marée thermique.
Dans les deux cas, la question est de savoir par quels mécanismes
le moment angulaire a pu être transporté de haut
en bas (origine solaire) ou de bas en haut (origine planétaire).
Lexistence dun régime de vent zonal stable
suggère un équilibre entre flux de moment angulaire
montants et descendants, mais également entre flux horizontaux
vers les pôles et vers léquateur assurant la
redistribution du moment angulaire à toutes les latitudes.
Lobservation du déplacement dhétérogénéités
de la couche nuageuse suggère lexistence dune
cellule de Hadley localisée entre 50 et 70 kilomètres
daltitude, avec une vitesse du vent méridien au sommet
des nuages (donc orientée vers le nord) de lordre
de 10 kilomètres à lheure. La plus grande
partie de lénergie solaire étant absorbée
en haut des nuages, au lieu de lêtre à la surface
de la planète comme sur la Terre, la formation dune
cellule de Hadley à laltitude des nuages na
rien de surprenant. Des considérations théoriques
prévoient lexistence dans la zone à 30-50
kilomètres, séparant la cellule à laltitude
des nuages de la cellule troposphérique, et à 70-90
kilomètres, juste au-dessous de la cellule jour-nuit thermosphérique,
de cellules à circulation indirecte (branche ascendante
aux pôles, descendante à léquateur),
assurant la transition entre les cellules à circulation
directe. Lanalyse du profil vertical de température
montre par ailleurs la stabilité thermique de chacune de
ces deux régions. La circulation méridienne serait
donc assurée par un système fortement stratifié
consistant en un empilement de cellules convectives directes et
indirectes (fig. 6). La question du maintien de la superrotation
nest pas résolue. Leffet de la turbulence à
petite échelle devrait être dacheminer le moment
angulaire vers le bas, avec uniformisation rapide du vent zonal
avec laltitude. Il faut donc imaginer un processus de transport
ascendant compensant le transport descendant turbulent, la circulation
méridienne avec élévation des masses dair
chaud en région tropicale constituant la meilleure explication.
Les ondes planétaires, dont la structure sombre en forme
de Y couché apparaissant avec une période de 4,2
jours constitue sans doute lune des manifestations, pourraient
également participer au transport vertical dans certaines
couches atmosphériques. Cependant, leffet de la circulation
méridienne devrait être également de transporter
du moment angulaire vers le nord, diminuant lintensité
du vent zonal en région équatoriale, ce qui nest
pas observé. Il faut donc admettre que la turbulence horizontale
à grande échelle, liée à linstabilité
barotrope du vent zonal ou au développement des vents de
marée thermique, transporte du moment angulaire vers léquateur,
homogénéisant la circulation zonale; mais un tel
transport na pas encore été observé.
Une autre difficulté tient à lexistence de
cellules à circulation indirecte, avec inversion du sens
de transport méridien (du haut vers le bas à léquateur).
Lobservation infrarouge de la planète montre une
inversion de température au-dessus du pôle Nord,
avec un collier sombre entre 530 et 700 de latitude traduisant
un abaissement de la température et une structure claire
dipolaire de dimension caractéristique 1 000 kilomètres
en rotation rapide (période de 2,7 jours), centrée
sur le pôle et présentant un excès de température
de 50 kelvins environ par rapport aux régions équatoriales.
Ce phénomène est dû à un abaissement
de la couche nuageuse denviron 15 kilomètres, probablement
lié à la superrotation.
Tout comme sur Mars, la disparition de leau sexplique
par la photodissociation de H2O avec échappement de lhydrogène
ainsi créé du champ gravitationnel de Vénus
et incorporation de loxygène à la croûte.
La valeur actuelle du taux déchappement est de lordre
de 107 atomes par centimètre carré et par seconde.
Avec un taux déchappement si faible, à supposer
quil soit resté constant au cours des âges,
la quantité totale deau perdue depuis la formation
de Vénus est équivalente à un océan
de quelques mètres de profondeur seulement réparti
sur lensemble de la planète. Vénus aurait
donc été, de tout temps, extrêmement sèche.
Le problème soulevé par ce calcul est quil
ne permet pas dexpliquer le développement initial
de leffet de serre. Les abondances actuelles de CO2, H2O
et SO2 permettent dexpliquer lentretien de leffet
de serre. Mais cest la température élevée
qui est elle-même responsable de la présence en quantité
importante de ces constituants par leffet du dégazage
induit. Il faut donc trouver un mécanisme susceptible de
libérer dans un stade primitif dévolution
de la planète un constituant gazeux capable dabsorber
le rayonnement infrarouge thermique du sol en quantité
suffisante pour amorcer leffet de serre. Ce gaz ne peut
être que leau, à condition de supposer que
Vénus ait un jour disposé de réserves deau
comparables à celles de la Terre. On peut faire par exemple
lhypothèse que la planète a connu au début
de son histoire une période de volcanisme intense, rejetant
dans latmosphère suffisamment de vapeur deau
(1010 molécules par centimètre carré et par
seconde) pour provoquer un élèvement de la température
au sol, intensifiant le dégazage du CO2 et donc du même
coup leffet de serre, le processus samplifiant et
conduisant à létablissement des conditions
actuelles à la surface. La possibilité dune
activité tectonique et volcanique beaucoup plus intense
par le passé, durant le premier milliard dannées
de lexistence de Vénus, est appuyée par les
mesures de labondance de largon 40, provenant, comme
sur la Terre, de la décomposition radioactive du potassium
contenu dans la croûte, largon produit en profondeur
étant dégazé au rythme de lactivité
tectonique. Il existe environ quatre fois moins dargon dans
latmosphère de Vénus que dans celle de la
Terre. Cette différence pourrait être due au fait
que la période de dégazage intense sur Vénus
a été plus courte que sur la Terre, prenant peut-être
fin il y a environ 3,5 milliards dannées. Le taux
déchappement de lhydrogène (dans sa
phase hydrodynamique) aurait été, durant le premier
milliard dannées, beaucoup plus élevé
que maintenant, une quantité deau équivalant
à celle qui est contenue dans les océans terrestres
pouvant être théoriquement perdue par échappement
hydrodynamique en moins dun demi-milliard dannées.
La mesure de la quantité de deutérium D, et donc
du rapport D/H, fournit une estimation de la quantité dhydrogène
(donc deau) perdu par la planète dans la phase déchappement
thermique postérieure, car latome de deutérium,
plus massif, séchappe moins facilement que latome
dhydrogène. Lenrichissement en deutérium
de latmosphère de Vénus (par rapport à
la teneur des océans terrestres) est denviron un
facteur 100, ce qui conduit à une quantité deau
initiale (après interruption de la période déchappement
intense) égale à moins de 1 p. 100 de la quantité
totale deau contenue dans les océans terrestres.